Maternage & Parentalité positive·VDM (Vie de Mum)

Petite victoire, grands espoirs… (#soeurs)

Mademoiselle Carrousel, Bébé Fusée, Papa Ours et moi sommes installés au salon, chez Papi et Mamie Ours. Bébé Fusée s’est endormie au sein après une tétée calme (denrée rare!), Mademoiselle Carrousel fait un puzzle tout en faisant rire tout son auditoire avec ses commentaires. Il fait bien chaud près de la cheminée, le canapé est confortable et, dehors, un rayon de soleil filtre à travers les arbres.

Je regarde avec béatitude ma petite famille rassemblée autour  de moi et, l’espace d’un instant, je voudrais que le temps s’arrête. A cet instant de simple bonheur qui n’a rien d’extraordinaire mais auquel il ne manque rien. A cet âge de Mademoiselle Carrousel, entre ses découvertes de grande qui m’emerveille et la douceur de ses mains encore un peu potelée sur mes joues quand vient l’heure du coucher. A cet âge de Bébé Fusée où le bonheur se résume à un sein pour se nourrir et contre lequel s’endormir. 

Instant fugace vite chassé par la lucidité qui me rappelle que si le temps s’arrêtait aujourd’hui, je ne verrais plus un seul film au cinéma de ma vie et serais condamnée à détacher perpétuellement des couches au fiel de boeuf, les sourcils pas épilée, les cernes jusqu’au menton et le cheveux en bataille. 

Mademoiselle Carrousel s’approche de sa petite soeur et lui caresse délicatement la joue : « Coucou petite fusée ! ». Tout le monde sourit. Elle pose sa joue contre la sienne, une main sur sa tête, les yeux mi-clos pour ce câlin entre soeur. Bébé Fusée sourit dans son sommeil. Elle prend le petit visage de sa soeur entre ses deux mains démesurément grande. Bébé Fusée s’agite un peu, tourne la tête pour retrouver sa liberté : « Fais doucement… » dit mamie Ours, « Elle dort, on la laisse tranquille d’accord ? On termine ton puzzle ? » J’ajoute. Mademoiselle Carrousel s’éloigne.

Et VLAN.

C’est Mademoiselle Carrousel qui est arrivée sur sa petite soeur comme un boulet de canon et qui lui a collé une claque qui résonne sans préavis. Encore.

Bébé Fusée hurle, Mademoiselle Carrousel rigole, le reste de l’assistance pousse un cri de surprise. Mon sang ne fait qu’un tour ; quel déchirement quand son enfant tant aimée fait du mal à son enfant tant aimée… 

Je donne bébé Fusée à Papa Ours, attrape Mademoiselle Carrousel dans mes bras et monte avec elle, se débattant, à l’étage. L’eloigner de sa soeur, voilà la priorité. M’éloigner moi même de ma colère et mon envie de secouer ma fille en lui demandant ce qu’elle a dans le crâne, c’en est une aussi. L’eloigner des regards, aussi, car avec la repetition, je sais maintenant que ma fille cherche l’attention et que taper sa sœur est un moyen efficace d’être certaine que tout le monde s’interrompe pour s’intéresser à elle.

Heureusement que l’escalier comporte 20 marches ; c’est le temps qu’il me faut pour me calmer et trouver des ressources bienveillantes pour élever ma fille et non la rabaisser. 

Mademoiselle Carrousel hurle, tempête  ; elle veut descendre. « On va redescendre mais d’abord j’ai besoin de parler avec toi« . Tempête de cris, elle frappe la porte, tourne dans la pièce comme un lion (sous ecsta) en cage. Elle ne veut pas de câlin, pas de verre d’eau, elle ne veut pas calmer son dragon, elle ne sait plus où elle en est. Je patiente en répétant inlassablement : « J’ai d’abord besoin qu’on discute ensemble de ce qu’il s’est passé ». Une telle tempête dans le corps d’une enfant de 2 ans et demi impose l’empathie : il est évident que s’il y a une personne qui souffre, c’est celle qui la vit. 

Je désigne la bibliothèque : « Tu te souviens comme, chez nous, tu aimes te mettre dans ton petit coin avec tes coussins et tes livres? ». Mademoiselle Carrousel attrape un livre au hasard, le jette sur le lit, tourbillonne encore un peu dans la pièce, revient vers le livre en tournant les pages a toute vitesse, sans les regarder. Elle ralentit ses gestes, commence a parcourir les pages des yeux, a poser son doigt sur quelques images. Sa mâchoire se decrispe, son front se détend,  ses rougeurs s’attenuent. 

Elle relève la tête, croise mon regard, je lui ouvre les bras ; elle vient s’y blottir. « Ça y est maman je suis calmée on discute. »

Bien choisir ses mots. « Personne ne tape personne dans cette maison ». « Tu as le droit d’être fâchée contre moi, contre ta soeur, tu as le droit d’avoir envie de la taper mais tu n’as pas le droit de le faire ». Ces phrases je les dis et les répète a chaque fois, elle font sûrement leur chemin…. Mais lentement. 

Par où commencer cette fois ? 

Je choisis de commencer par moi, puisque mes sentiments face à cette situation sont très puissants, autant être authentique.

« Je suis très fâchée et très triste. Je ne supporte pas de voir une de mes filles qui fait du mal à mon autre fille. Je ne peux pas l’accepter. C’est mon rôle de maman de vous proteger toutes les 2. Quand Bébé Fusée va grandir, peut être qu’elle aussi voudra te taper et alors je ferai pareil pour toi, pour te protéger.

– Tu diras à bébé fusée « ne tape pas ta grande soeur! » ?

– Oui.

– Tu diras à bébé fusée « Personne ne tape personne dans cette maison! » ?

– Exactement.

– Va y dis lui tout de suite !

– Pour l’instant, elle est en train de câliner papa pour se réconforter. Est ce que tu as vu ce qu’il s’est passé pour bébé Fusée quand elle s’est pris la claque ?

– Elle a pleuré….

– Elle a pleuré. Parce qu’elle a eu mal, mais aussi parce qu’elle ne peut pas se défendre. Si un copain lève la main sur toi, qu’est ce que tu peux faire ?

– je dis non et je m’en vais. Je vais le dire à Julie !

– Par exemple. Bébé Fusée Elle ne peut pas parler, elle ne peut pas s’en aller, elle ne peut pas arrêter ton geste. Elle ne peut pas se défendre. C’est encore plus difficile pour elle de recevoir une claque. 

– Elle sait pas parler elle peut pas dire non !

– En plus, est ce que tu as vu comme elle sourit quand elle te voit ?

– Oui elle est contente quand je lui fais des caresses!

– Exactement. Elle te connaît, elle sait qu’elle une super grande soeur. Qui lui fait des sourires, des carresses, qui lui chante des chansons, qui lui apprend pleins de choses. C’est pour ça que dès qu’elle te voit elle sourit ; elle te fait confiance. Elle pense que quand elle est près de toi tout va bien pour elle. Alors quand tu lui fais mal, elle ne comprend plus rien. Tu comprends ?

– Oui je comprends. Je veux plus taper Bébé Fusée.

– Je sais que tu ne veux plus. La prochaine fois que tu voudras encore la taper, dis le moi, dis les choses avec des mots. 

Sur ce, je la serre fort dans mes bras : « Je t’aimerais toujours, quoi qu’il arrive… » je lui chuchote, une petite phrase qu’elle adore et me dit souvent.

« Même quand je tape bébé Fusée?

– Même quand tu tapes bébé Fusée je t’aime. Je n’aime pas ton geste et je n’accepte pas que tu tapes, mais toi je t’aime.  »

On redescend l’escalier, main dans la main. Je suis prête à passer à autre chose, confiante dans le fait que j’ai posé une petite pierre sur le long chemin de l’éducation et de l’harmonie familiale, une petite pierre qui ne me permet pas immédiatement d’atteindre ma destination, mais qui y contribuera au fil du temps.

Je reprends bébé Fusée dans mes bras pour lui donner un peu le sein, lui dire un peu pardon pour cette expérience désagréable. Elle est calmée, elle aussi est prête à passer à autre chose.

Mademoiselle Carrousel s’approche doucement et colle sa tête contre celle de sa soeur : « Je t’aime, petite Fusée…« . Puis : « Pardon petite fusée ..« . 3 mots, prononcés avec douceur et spontanéité, 3 mots que je n’ai pas imposé, 3 mots qui explosent de sincérité… 3 mots qui me font dire que, pour cette fois là, j’ai fait ce qu’il fallait ; je nous ai protégées toutes les trois. L’intégrité physique de ma petite, l’estime d’elle même de ma grande, la confiance entre elle et moi… 

Ça ne l’empêchera pas d’avoir d’autres accidents de violence, ça ne me dispensera pas de répéter encore et encore, ça ne m’empêchera pas de mal réagir une autre fois.

 Mais ce jour là, elle a compris pour de vrai, elle a ressenti dans son coeur, elle a été capable d’empathie, elle a trouvé en elle-meme des ressources pour réparer, elle a pris ses responsabilités, elle a gagné un tout petit quelque chose qui lui sera utile toute sa vie. Plus qu’une pierre sur un chemin, c’est une petite graine qui a germé et qui, je l’espère, deviendra un jour une magnifique plante qui s’épanouit sans l’aide de personne. 

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26 réflexions au sujet de « Petite victoire, grands espoirs… (#soeurs) »

    1. Lol. Non, je me suis aussi éloignée pour que ni moi, ni ma puce ne soyons influencées par le regard extérieur. Mais j’ai de la chance, mes beaux parents me font rarement des réflexions, en tous cas jamais dans l’esprit de me critiquer. Et ils ont été touchés par la réaction finale de Melle Carrousel. Donc top 😉

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  1. Jai les larmes aux yeux en te lisant. De lire le courage que tu as eu en maîtrisant ta colère (j’en suis consciente mais pas toujours capable de le faire encore), de lire la prise de conscience de ta fille au fur et à mesure qu’elle arrive à se calmer, de lire les mots que vous avez échangé et les excuses de Mlle carrousel…
    C’est une source d’inspiration pour aider ma fille qui grandit et qui deviendra grande soeur dans 6 mois.

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  2. Je suis soufflée par ta capacité à être bienveillante, par les mots que tu as choisi pour calmer Mlle Carrousel. Ton article me donne plein d’espoir et de pistes pour accompagner ma Libellule dans ses futures tempêtes émotionnelles, qu’elle aura forcément un jour….merci !

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  3. Bravo et merci pour ce bel exemple. C’est si difficile, souvent, de réussir à réagir avec cette bienveillance. Prendre du recul en un instant : le concept en soi parait déjà si compliqué ! Et il y a les excuses qu’on se donne a posteriori : la fatigue, la peur ou autre. Mais au fond, on sait que la seule bonne manière de réagir, c’est celle que tu as eue !

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  4. Pas facile tout ça. Les nerfs sont mis à rude épreuve mais je pense que c’est aussi un entrainement. Comme tu le dit, une pierre après l’autre. Et puis, plus on pratique la discussion constructive (même si au début c’est vraiment difficile ) plus ça devient un automatisme.
    En tout cas, je prend note 🙂

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  5. Je me demande comment tu fais pour gérer !!! Moi je n’ai que ma belette de 6 mois, évidemment, mes nerfs ne sont pas encore mis à rude épreuve mais en te lisant, j’imaginais que quelqu’un mette une claque à ma fille… je t’avoue que ma réaction n’était pas bienveillante DU TOUT ! J’espère être capable de garder mon calme et d´avoir d’aussi belles réactions que toi le jour où miss me testera… ça me fait vraiment peur de m’énerver sur elle, de ne pas réagir comme je le voudrais. Bref, je t’admire ! Bravo à toi, tu es un exemple…

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  6. Oui, c’est difficile pour eux de se contrôler, difficile pour nous de réagir comme il le faut. Ton histoire est parfaite, parce qu’elle permet de nous inspirer, et, de ton cote, d’entériner ta victoire, de t’y accrocher pour la répéter plus facilement…
    La force de leurs sentiments est parfois effrayante, le mien voudrait jeter son frere dans un volcan… il s’agit de faire la différence entre ces pensées et les actes, pas facile !
    https://les6doigtsdelamain.com/avons-nous-le-droit-de-ressentir/

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  7. Alors là vraiment, je suis baba d’admiration. Mais comment tu fais ?

    Moi, voir un de mes enfants faire mal « gratuitement » à un autre, ça me met hors de moi, et je n’arrive pas du tout (pas encore, me dis-je pour ne pas me décourager alors qu’en 8 ans de maternité et 4 enfants je n’ai pas l’impression d’avoir tellement progressé) à surmonter ma colère et à traiter cela avec bienveillance.

    Pas plus tard qu’hier, un de mes fils a fait un croche-pied à l’autre, qui bien sûr s’est vautré. Mon sang n’a fait qu’un tour et il a pris une fessée.
    Ce n’est qu’après que j’ai respiré un bon coup, que je lui ai demandé pardon et que je lui ai expliqué à quel point ça me rendait triste et furieuse de voir un de mes enfants faire mal à un autre.
    Difficile, du coup, de ne pas culpabiliser en me disant que c’est bien gentil de s’excuser, mais que c’est avant qu’il faut faire attention, que le mal est fait, etc.
    Ce soir, il a refait mal à son frère « gratuitement » et quand je me suis approchée (avec tout sauf de la douceur sur mon visage) il a fondu en larmes. Je ne peux m’empêcher de me dire que ce n’était pas par remords mais par peur de ma réaction.

    Bon, voilà, j’ai encore beaucoup de progrès à faire, alors merci pour ce petit dialogue qui va peut-être m’inspirer une autre fois.

    Et puis s’il y a une chose que la maternité m’a apprise en revanche, c’est à admettre que je ne peux être parfaite, que mes enfants ne vont pas forcément être marqués à vie par mes erreurs, que j’ai aussi mon passé et mes « casseroles » et que la culpabilité ne fait pas beaucoup avancer.

    Mais quand même, certains jours, j’aimerais bien une baguette magique 🙂

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