Etre mère... et tout le reste !

École, case et sécurité

J’ai beaucoup de mal à écrire ici ces derniers temps.

Je partage des articles, je reposte les mots des autres, tout simplement parce que je ne trouve pas les miens.

J’ai l’habitude d’avoir beaucoup de choses en tête, de questions, de projets, d’émotions et que ça se bouscule un peu. Mais là ça déborde de partout jusque par les oreilles, c’est un déluge émotionnel, un tunnel sans fin de questionnements avec des échos dans tous les sens, un vacarme assourdissant sous la boite crânienne du matin au soir, du soir au matin puisque mes nuits sont peuplées de rêves plus incohérents et fous les uns que les autres, j’ai mal à la tête dès le réveil, j’ai mal au ventre à longueur de journée à force de manger mes émotions et mon stress, bref c’est la merde.

Je vous la fais courte (enfin, j’essaye) : je me sens comme dans une jungle épaisse, en pleine nuit noire, avec autour de moi mille possibilités de chemins et pas la moindre idée de celui que je dois prendre ni à quoi me fier pour le décider. Je pensais avoir eu ma dose de dilemmes psychologiques et émotionnels l’an dernier puisque j’ai passé l’année entière à peser la décision de me séparer du papa de mes filles. Mais il faut croire qu’un choix difficile en appel 10 autres, c’est pas ça le dicton ?

Alors je vous épargne, pour ce soir, le détails de toutes les questions qui me taraudent. Mais je souhaite vous parler de ma Fusée, mon insaisissable cadette lunaire tantôt jugée par le monde extérieur comme timide ou extravertie, confiante ou paralysée, pleine d’humour ou réservée, bavarde ou muette, intrépide ou prudente, hyper-sensible ou dans son monde, joyeuse ou mélancolique, facile à vivre ou complexe à accompagner, très mature ou bébé, douce ou super douce, parce que sur ce dernier point, aucun doute, qu’elle est douce ma douce.

Trop douce pour ce monde, trop douce pour ses pairs, trop douce pour cette vie, trop douce même pour cette famille bien trop souvent sur les dents.

Trop douce à se laisser bousculer et frapper sans se défendre, à se laisser prendre ses affaires, à se laisser passer devant, aux toilettes, à la grille ou au toboggan, à se laisser moquer, cracher dessus, chahuter même quand elle est posée tranquillement dans son coin. Trop douce à se réveiller en larmes quand le réveil sonne, trop douce à perdre sa joie quand que le mot « école » est prononcé.

« Malheureusement dans une classe, y’a les dominants et les dominés« , m’a dit la maitresse désabusée. « C’est comme dans la vie« .

Mais non, putain.

Peut-être dans votre monde à vous, mais pas dans le mien.

Dans le mien, sa douceur est sa force, sa lumière rayonne sans éclipser personne, et elle est ELLE sans aucune case ni étiquette, parfaite exactement comme elle est.

Je ne vois ni dominée ni dominante, quand je vois ma fille courir joyeusement vers moi à la sortie, puis se reculer contre le mur tandis que tous les autres se pressent contre la grille , incliner sa petite tête blonde sur le côté et rester toute figée tandis que sa maitresse l’appelle mais que ses camarades ne la laissent pas passer, se blottir dans mon cou et demander un calin-tétée, chanter dans le hall et réclamer du courrier, me raconter qu’elle est triste car elle pense à comme c’était bien quand elle était un bébé, dire à la Carrousel qu’elle a pleuré quand elle l’a vue au loin dans la cour et que Machine lui a dit qu’elle faisait semblant de pleurer et que c’est même pas vrai car elle était vraiment blessée dans son coeur de ne pas pouvoir la câliner, puis éclater sciemment un canard en bois sur le dos de sa grande soeur tranquillement allongée par terre à dessiner avant de lui gribouiller sa feuille.

Je vois sa complexité, je la vois hésiter entre grande et bébé, je vois sa souffrance, ses décharges, je la vois essayer de mettre des mots, reprendre le pouvoir en terrain sécurisé, se débattre avec ses ressentis et sa compréhension d’un monde vraiment bancal, et je me sens tellement impuissante.

J’en ai parlé plusieurs fois à l’équipe, toujours dans cet inconfortable position de la mère louve au cœur brisé qui ne veut pas froisser par peur que ce soit mal interprété et que ça n’amène pas le résultat escompté. Et les jugements, c’est pas que pour les enfants, dans la vraie vie les mamans y passent aussi, et j’ai mon étiquette bien placardée sur mon front depuis la pré-rentré où j’ai pleuré quand j’ai appris qu’il faudrait que je laisse ma petite à la grille matin et après-midi. A quelques amies près, mes antennes de maman connectée à son enfant et mes convictions bien ancrées sont assimilées à une malsaine fusion ou à une pure folie. « C’est la faute de la mère » c’est jamais bien loin, ou plutôt c’est toujours plus ou moins là.

Il faut dire que la mère de la Fusée, on sait plus trop bien où la placer, entre la bonne poire et l’hystérique, la serpillère et le dictateur parental, la manipulée et la manipulatrice, la pacifiste et l’explosive, la bienveillante et la démoniaque, la douce, la folle, l’extrêmiste, la surprotectrice, la briseuse de famille, celle qui réfléchit trop, l’égoïste, la sensible qui pense trop aux autres, la salope sans cœur, la coincée trop sérieuse, la pute et la « trop-une-mère-pas-assez-une-femme ». Un jugement ne parle que de celui qui le pose, et le vrai moi est quelque part au milieu de tout ça, je suppose. Une femme qui sort des cases c’est presque pire qu’un enfant, tout le monde a quelque chose à dire d’urgent pour pouvoir la ranger quelque part apparemment.

Alors je cherche comment la sortir de l’école pour l’instant, ça me parait logique mais c’est ma logique à moi, évidemment. Parce qu’elle est très bien cette maitresse en vérité, elle fait beaucoup avec peu, je ne peux même pas m’en prendre à elle. Elle est attentive à la Fusée autant qu’elle peut, formée Montessori, elle fait beaucoup de choses chouettes en classe et on a choisi l’école pour sa bienveillance.

Mais y’a des limites, la maitresse ne fait pas de magie, elle n ‘a pas des yeux dans le dos et elle n’a surtout pas le temps. Et moi je crois que ma Fusée, comme tous les enfants, mériterait ce temps. Qu’on prenne le temps de l’accompagner à sa façon, qu’on respecte son rythme et sa façon d’être, ses besoins à elles, différents. Et ce ne sont pas des choses qu’on peut demander à l’école, malheureusement.

La même question, les mêmes considérations, qui reviennent sans cesse. Même questions, protagonistes variant, contextes différents, législation évoluant et moi toujours tergiversant.

Et en écho à ma détresse, j’entends « qu’elle va s’habituer », que certaines enfants ont besoin de plus de temps pour s' »adapter à la collectivité ».

Mais est-ce que l’on veut, vraiment ?

J’ai l’impression qu’on demande à ma fille d’éteindre sa sensibilité, de se conformer, de se forger une armure trop grande pour elle, de ressembler à ce qu’elle n’est pas, de se couper de ses émotions en même temps que ce foutu cordon qui dérange tellement. Pourtant ce cordon, il sert à vivre, à grandir, se nourrir et respirer, il n’est pas là pour étouffer.

Je n’ai aucun doute que quand ses ailes de papillon auront séché, ma Fusée volera haut et loin sans se retourner, et qu’elle éclaboussera de ses couleurs lumineuses toutes les fleurs qu’elle ira butiner. Ecole ou pas école, elle aura sa place dans la vie si on la laisse être elle, voilà mon avis. En attendant j’aimerais lui offrir un endroit ou tisser son cocon en toute sécurité, à ma douce chenille chamboulée.

Mais si je me trompais ?

Dans le contexte si troublée auquel nous faisons face, je me sens tellement vulnérable face au poids de mes propres choix.

24 réflexions au sujet de « École, case et sécurité »

  1. Bonjour, Je lis toujours vos articles avec attention et j’ai justement écrit quelque chose sur le fait de laisser les enfants à la grille de l’école. J’aimerais vous l’envoyer si vous en êtes d’accord mais je ne sais comment procéder. Vous avez mon adresse mail si toutefois cela vous intéresse.
    D’autre part j’écris avec une amie une conférence gesticulée sur la Violence Educative Ordinaire et nous comptions tôt ou tard vous contacter.
    Bonne journée! Fanny

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  2. Oups je ne pensais pas que le nom de famille apparaissait…si vous pouvez supprimer le commentaire précédent après l’avoir lu… je n’ai pas trouver la fonctionnalité pour le faire… MERCI!

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  3. Comme je suis peinée à lire ce genre de choses pour la fusée…
    Estomaquée que ce genre de choses puissent arriver si tôt (j’ai été moi même malmenée mais en primaire et collège, pas dès la maternelle)
    Dépitée que cela puisse se produire aussi dans une école bienveillante…

    J’avais peur que ce genre de choses arrive à ma grande Choupie, peur qu’elle revive les mêmes douleurs que moi. Et maintenant qu’elle a pris de l’assurance (GS), j’ai peur qu’elle ne devienne un tyran, à dire des méchancetés aux autres enfants, à suivre le mauvais exemple… malgré tout ce que l’on apporte comme réflexion, bienveillance, respect et amour au sein de notre famille, je me sens parfois impuissante quant à la force de la violence et du collectif…

    Bon courage pour cette douloureuse réflexion et pour la fusée ❤️

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  4. Encore merci pour vos mots…
    Quand vous parlez de votre fusée, j’y reconnais la mienne, elles ont aussi quasiment le même âge
    Je suis à la fois ravie que vous mettiez des mots sur ce que je ressens et à la fois triste parce que je ne suis pas seule dans ce désordre intérieur auquel je ne trouve pas de solution
    J’avais pensé la changer d’école, pour une qui soit plus « humaine » car sa maîtresse est ignorante et violente, que tout le monde subit sans rien dire puisque c’est la directrice.
    Quand je lis que même si la maîtresse de la Fusée est bien, votre fille voit l’école grise.
    Que faut-il ?

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  5. Ça fait plaisir de te lire.
    Quelle curieuse période nous vivons. Et dans tout cela nos enfants doivent s’adapter encore et toujours. « Les enfants s’adaptent très bien ! » et comme ça nous arrange… mais a-t-on envie qu’ils s’adaptent à ce marasme et renient leur saine nature…
    Je te souhaite bon courage dans ton cheminement et suis sure que tu feras le bon choix.

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    1. Je vous rejoins quand à la phrase « Les enfants s’adaptent très bien/ s’adaptent à tout ! » comme c’est pratique de balancer ça à tout va ! Et est-ce une bonne nouvelle, qu’ils s’adaptent à tout ?…

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  6. bonjour! je vous conseille vivement le Livre de Lise Bartoli « L’art d’apaiser son enfant » et ses contes, elle répond à quelques unes de vos inquiétudes et je pense que vous y trouverez des réponses!

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  7. Je suis moi-même maîtresse, en disponibilité cette année parce que je n’y arrivais plus, pour plein de raisons. Et pourtant je travaillais dans une école publique très branchée Montessori. J’ai tjrs trouvé que c’était très violent l’école, parce qu’on a des classes trop chargées, pas assez de temps pour chaque élève, pas assez d’aides pour les élèves en difficulté etc. Pour autant, j’y ai laissé ma fille (elle est en MS) parce qu’elle est dans une petite école publique, avec des maîtresses bienveillantes (orientées pédagogie traditionnelle). Je crois que plus qu’une pédagogie particulière, c’est la personne qui importe (et il semble que vous faites confiance à la maîtresse de votre fille). J’avais moi aussi pensé à l’éducation en famille, mais c’est une décision lourde de conséquences que je n’ai finalement jamais prise. Par contre, on essaie d’apprendre à notre fille de s’éloigner des enfants qui lui font du mal, pas simple…
    Bonne réflexion.

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  8. Bonjour

    Je me permets de te répondre car tes mots me parlent tellement… tellement que moi j’ai fait le choix de ne pas scolariser mon garçon de bientôt 4 ans, on fait l’école à la maison, l’ief comme on dit… et c’est une aventure merveilleuse! Je ne regrette rien il est épanoui et très sociable contrairement à ce que beaucoup craignent… mais mes antennes à moi s’agitent dans tous les sens et mon stress me hante car le 9 décembre sera décisionnaire, une loi doit être votée pour interdire l’école à la maison, obliger la scolarisation à 3 ans, pour éviter la radicalisation et le séparatisme soi disant… alors que les terroristes connus n’ont pas pratiqué l’ief avec leurs parents pourtant… donc crois en toi et profites en tant qu’il en est encore temps…

    Amitiés

    Charlotte
    (Une autre louve désespérée)

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  9. Je partage les mêmes convictions que Fortuna et aussi son métier !
    Et si c’était a refaire et si j’avais les finances adéquates je ne les scolariserai jamais avant le collège !
    Je suis tiraillée arrachée d’être bienveillante avec mes élèves et de voir que si peu l’ont été avec mes enfants , pourtant dans une école choisie ..
    Je reconnais le débordement d’émotion le soir dans la voiture , le leur qui dégouline sur le mien .
    Le leur d’etre Un numéro dans une grande école , que leur repas était …. beurk , et le mien de lutter sans cesse , si votre enfant est malade , il faut venir le chercher et autres choses pas tjs gaies ..
    Les allers retours de l’école , ce trajet tampon dépressurisation me laisse perplexe chaque jour ..

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  10. Ma cadette est en petite section et la rentrée a également été difficile pour elle. Trop d enfants, trop de bruit.
    Nous avons coupé la poire en 2 et l avons retiré 2 après-midi par semaine. Cet allègement même si je l aurais souhaité encore un cran au-dessus l a déjà partiellement apaisé.

    Mon aînée avait également eu beaucoup de difficultés en maternelle, ce fut très très compliqué. Elle vient de rentrer en CP (même école) et là le changement incroyable. Elle aime y aller, adore apprendre à lire, compter et a une super maîtresse.
    L humain fait beaucoup mine de rien.
    Bon courage

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  11. Olala je retrouve mes angoisses pour mon fils, petit garçon très sensible et doux qui s’est souvent laissé marché sur les pieds et qui ne comprenais pas quand il était tout petit au parc lorsque les plus grands ne voulaient pas jouer avec lui car c’était un « bébé ». Ça m’avait brisé le coeur et surtout j’étais terrifiée du jour où il irait à l’école car souvent en décalage avec les enfants de son âge. Finalement nous avons la chance de vivre au Québec et, là-bas, l’école ne commence qu’à 5-6 ans. Du haut de ses 3 ans il est toujours en garderie (qui correspond plus ou moins à la maternelle en France) et les choses se passent bcp mieux que je le pensais. Ils ne sont que 8 enfants dans sa classe et même si dans le tas il y a des enfants plus dominants que d’autres, l’éducatrice peut prendre le temps de les aider à gérer leurs conflits. Il y a eu pas mal de fois où mon fils rentrait de l’école avec des griffures sur le visage, toujours le fait d’un même garçon assez turbulent. Mon fils était souvent triste à cause de cela et c’est normal, nous en avions beaucoup discuté je lui ai expliqué que si cet autre petit garçon se comportait comme cela c’est sûrement car il n’arrivait pas à exprimer ses émotions correctement, qu’il n’avait peut être pas la chance d’être toujours écouté et que si ça se reproduisait il ne fallait pas qu’il hésite à en parler à son éducatrice et à nous ses parents. J’ai de mon côté signalé le problème à l’éducatrice qui m’a dit que ce petit garçon avait des soucis de comportement depuis longtemps mais qu’ils travaillaient avec lui pour qu’il soit plus dans le verbal et moins dans l’agressivité. Mon fils reste heureux d’aller à la garderie même si parfois il y a des jours plus durs que d’autres car un décalage se fait sentir mais ce que j’apprécie c’est qu’il reste ce gentil garçon plein d’empathie qui cherche toujours à intégrer les nouveaux arrivants et qui est sensible à la détresse de ses camarades. Pour exemple, le petit garçon qui le griffe souvent pleurait dans la cours et l’éducatrice m’a raconté que durant tout le temps de la pause mon fils est resté a ses côté pour comprendre pourquoi il pleurait et a cherché à le consoler. J’étais si fière de lui! Nos enfants sont comme ils sont, ils sont sensibles, attentionnés et ne rentrent pas dans le moule mais on essaye d’en faire une force et de leur expliquer que rester intègre c’est la clé pour s’épanouir même si parfois il se fait chahuter malheureusement, je pense que dans la société actuelle c’est quelque chose d’inévitable, il sait que nous sommes là pour lui et que la douceur et la bienveillance restent la meilleure solution pour dénouer les conflits. Encore une fois nous sommes dans une situation différente car nous vivons au Québec et que les classes sont loin d’être surchargées comme en France, nous verrons ce qu’il en est quand il rentrera à l’école vers ses 5 ans. Courage à toi c’est vraiment dur de voir son enfant en détresse à cause des autres. C’est vraiment ma hantise pour le jour où nous rentrerons en France.

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  12. L’hypersensibilité de votre fusée me renvoie beaucoup à ma fille sur tous vos écrits.
    Ici , encore, je reconnais la douceur de mon enfant et la violence de l’école qui sont difficilement compatibles.
    Chez nous, elle voulait aller à l’école a 2 ans et m’en parlait quasiment chaque jour, elle s’imaginait que c’était un monde fantastique où on apprenait tout ce qu’on voulait (même si j’ai tenté de la rapprocher davantage de la réalité en essayant de ne pas l’effrayer) . Elle est rentrée à l’école à 3 ans et demi, étant de début d’année, en chantonnant, c’était la seule à ne pas pleurer le 1er jour, elle était très fière de pouvoir enfin rentrer dans le monde des grands. Mais elle a vite déchanté, le 2e jour elle était beaucoup moins enthousiaste et tout le reste de l’année a été très difficile, malgré une maîtresse et une atsem au top. Je me suis aperçue qu’elle avait beaucoup de mal avec la collectivité, le fait d’être en groupe, que ce soit bruyant, qu’il y ait des enfants turbulents alors qu’elle, vivait dans un monde douillet, calme et coloré… Tous les matins la question est la même  » est ce qu’il y a école aujourd’hui? » et en fonction de la réponse , son visage s’illumine ou se résigne. C’est triste à voir.
    L’année de moyenne section, elle a eu mal au ventre chaque jour d’école, la maitresse m’appelait régulièrement pour venir la chercher et j’ai eu beaucoup de mal à concilier mon travail et le besoin de ma fille . Après passage chez la psy, détection d’hypersensibilité ( et possibilité de zèbre mais nous n’avons pas encore poussé le sujet plus loin) , des dessins et des mots pour exprimer chacune des émotions négatives , le mal au ventre est passé . Bravo d’ailleurs au travail de cette psychologue qui a su bien déceler tout ce qui ennuyait ma fille et lui a donné des clés pour rester dans sa bulle et ne pas abandonner sa sensibilité.
    Ensuite il y a eu le 1er confinement, chaque jour ma fille se levait et remerciait le coronavirus… Et même si nous n’avons pas pu fêter son anniversaire avec les copines, elle dit avoir passer la meilleure période de sa vie, à la maison avec maman ou papa. Elle a appris énormément de choses, guidée par ses élans et ses thèmes préférés, jamais contrainte par les horaires ou une activité imposée, je l’ai retrouvée complètement épanouie, comme avant la petite section. Plus de crises, colères, refus, décharge le soir. Totalement conciliante aux demandes que je pouvais exprimer, voulant aider à toutes les tâches et reprenant confiance en elle.
    Aujourd’hui, en grande section, elle qui était pas mal bousculée par les garçons turbulents, trouve sa place, elle en a fait des amis. La petite maligne a su garder son monde , son imagination , sa personnalité et sa sensibilité. Elle ne s’est pas conformée au moule, mais elle attire les autres par son décalage , sa lumière et ses bonnes idées de jeux. Les autres enfants veulent faire comme elle. ça l’ennuie d’ailleurs car elle aime être tranquille par moment , du coup elle sort à nouveau du groupe pour faire autre chose, et ça se regreffe autour d’elle à partir d’un enfant curieux de sa nouvelle trouvaille, c’est sans fin.
    Sa répartie est sans égale, ses émotions sont immenses, ses yeux pétillent d’ingéniosité, c’est la meilleure négociatrice du monde, c’est aussi la meilleure médiatrice entre enfants (jamais de dispute , elle cherche des compromis) , elle est câline à souhait, jamais fatiguée, toujours ressourcée au creux de mes bras et au gré de son imagination, elle est solaire et magnifique malgré les remarques blessantes de certains adultes ( elle est trop chochotte, c’est encore un bébé elle trimballe son doudou partout, elle a du caractère celle là, elle est susceptible etc…) J’ai une totale confiance en elle et en sa capacité à trouver son chemin même si au milieu de tout ça il y a l’école et les autres, elle respire le bonheur et la liberté chaque fois qu’elle a un moment pour elle.
    Désolée pour ce trop long témoignage, je m’arrête là pour ne pas vous embêter davantage mais je pourrais continuer des heures sans doute tant ce sujet me tient à coeur.
    Je souhaite que votre Fusée trouve elle aussi sa place sans se faire abîmer . C’est une force de pouvoir rester soi même malgré la pression environnante.
    Longue et heureuse vie à nos enfants hypersensibles et tellement magnifiques ! (mais souhaitons nous de pouvoir aussi souffler un peu de temps en temps car ils ne s’arrêtent pas une seconde d’avoir de nouvelles idées) 🙂

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    1. Bonsoir,
      En cette fin de journée complètement chaotique dans ma tête et avec mes enfants… beaucoup d’émotions , beaucoup de doutes aussi … avec les larmes de ma petite grande qui éclate en sanglots en me disant au moment du coucher: je ne veux pas aller à l’école. Dimanche soir, oh, joie …
      Je réagis donc à vos réflexions.

      Courage parce qu’il en faut pour rester soi même et se faire entendre, se faire respecter et défendre sa vision des choses sans jugement de la part d’autrui, et sans pour autant l’imposer auprès d’autres adultes.
      Courage parce que nos enfants ne cessent d’ébranler nos convictions et nos émotions
      Courage parce que l’inertie de l’école et celle des mentalités sont réelles.
      Mais de l’espoir car les sciences cognitives avancent, les pédagogies alternatives se répandent au sein de l’école publique, les enseignants sont humains avant d’être enseignant, même si parfois on a l’impression qu’eux même l’oublient , pris dans la machine des « programmes » des « acquis à atteindre » et la charge immense des effectifs de classe. ( Quand je me vois débordé par 2 enfants, je ne peux m’empêcher de me dire : comment être présents pour 25 ou 30 enfants ? )
      Espoir car votre authenticité ne peut pas vous trahir.
      La sensibilité et la douceur sont deux forces merveilleuses. J’en suis convaincue aujourd’hui, après avoir douté de longues années sur ces sujets. Elles apportent un regard différents, des façons de faire différentes et bon, ne nous le cachons pas, certaines incompréhensions parfois, mais, que l’ont peut tenter d’expliquer à qui s’y intéresse vraiment :-).
      Vos enfants , de ce que j’ai lu dans vos articles paraissent équilibrées, sociables et capable de régler des conflits de manière autonomes(!extra), sensées, sensibles, ouvertes et réceptives au monde qui les entourent. Vous avez raison: Ne doutez surtout pas de leurs capacités.
      Et si pour préserver leur authenticité, cela passe par une période d’instruction à la maison, pour au moins l’une d’entre elles, ça sera bien ainsi. Et sinon, vous allez trouver les mots, les trucs et astuces pour que votre petite
      fasse sa place, avec le moins de violence possible. En tout cas c’est ce que je vous souhaite et ce que je lui souhaite.
      ( question un peu bébête mais si c’est le cas d’1 ou 2 enfants qui ont des attitudes néfastes , avez vous essayé de discuter avec les parents ?) .
      Je vous écris ça, alors que je suis en pleins doutes. Vous auriez raison de me trouver culottée. Et peut être que cela ne vous aidera pas… disons que sensible au sujets que vous évoquez, je souhaitais vous soutenir à ma manière dans votre /vos démarches, peu importe celle choisie.
      En ces temps bizarre, je pense que nous sommes dans le besoin ++++! d’entourer nos enfants de douceur, de câlins, de mots doux.,,, les voir se confronter à une adversité qu’ils n’ont pas provoqué est d’autant plus désagréable.

      En résumé : Courage et confiance

      Merci pour vos précieux partages d’expériences sur ce blog.
      Vous êtes une véritable sources d’informations concrètes et expérimentales.
      Lire vos émotions , suivre vos expériences sont riches en enseignements.
      Chapeau bas!
      Hâte de voir votre livre pointer le bout de son nez en papier 🙂

      Tout de bon
      Audrey

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  13. Bonsoir, peut-être que dans l’idée de laisser le temps il n’y a pas seulement celle de « se forger une armure » ou « laisser sa sensibilité de côté ». Avec un peu de temps votre fille se sentira peut-être davantage en confiance. Tout simplement. Tous les autres enfants ne peuvent pas être brutaux ou insensibles. Un peu de temps pour les connaître, nouer des amitiés, pour connaître la maîtresse, ça semble important. À mon humble avis. Courage…et confiance ! Quels que soient vos choix

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  14. Tes mots me parlent tellement et m’émeuvent encore une fois.
    L’école est un moule dans lequel on voudrait faire rentrer tous les enfants mais ce n’est pas possible. La bienveillance ou non des enseignants compte énormément mais même avec la meilleure équipe enseignante, il y a le nombre d’enfants qui limite matériellement leurs possibilités d’accompagnement individualisé. Et puis tous les à côté, cantine, récré où c’est parfois la jungle.
    Tu es la meilleure personne pour savoir ce qui est bon aujourd’hui pour ta Fusée. Fais toi confiance et fais lui confiance à elle aussi pour avancer.
    Plein de pensées pour vous.

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  15. Bonsoir,
    je suis la seule choquée (à part Marjorie et les mamans enseignantes) qu’en maternelle, la seule réponse que des professionnels de la petite enfance soient capables d’apporter face à une enfant qui se sent mal à l’idée d’aller à l’école parce qu’elle se laisse « bousculer et frapper sans se défendre, à se laisser prendre ses affaires, à se laisser passer devant, aux toilettes, à la grille ou au toboggan, à se laisser moquer, cracher dessus, chahuter », c’est RIEN ?
    Il me semble qu’on pourrait quand même donner quelques outils à cette petite personne, indiqué dans un commentaire.
    Le simple fait de dire qu’on n’apprécie pas et demander d’arrêter (oui, c’est tout bête, mais je n’y aurais jamais pensé moi-même car à mon époque déjà c’était « il faut apprendre à te défendre et si on t’embête, tu tapes », en parallèle de « il veut toujours t’embrasser parce que tu as une jolie bouche » (en maternelle aussi ou alors au CP)…
    Autant vous dire que j’ai raté in paquet de fois mon tour au toboggan…
    Encore que pour ce qui est de laisser passer son tour, je ne vois pas forcément ça comme un défaut. Aujourd’hui encore, je préfère faire 1 tour bien tranquille que 10 avec trop de mouvement autour. Et quand je vois la vitesse à laquelle se sont multipliées les séances de yoga, méditation, massage, etc. je me dis que je ne suis pas la seule à apprécier un peu de calme.
    Mais pour le reste, je suis certaine qu’il y a des moyens d’aider un peu la fusée à gagner en confiance sociale (car elle a autant sa place que les autres enfants dans cette école).
    Peut-être du côté de parentsdu21eme siecle ?
    Courage Marjorie, ne baissez pas les bras, vous êtes super et la meilleure Maman que vos filles puissent avoir !
    PS : Et pour l’amour de la science, il n’y a pas que des dominants et des dominés chez les animaux sociaux, il y a aussi des intermédiaires, comme l’ont mis en évidence Mowrer, Konreich et Yoffe en…1940 (bon, ok, c’était chez les rats, mais leur expérience a été largement réutilisée par la suite).

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  16. Bonjour,

    Cet article est très touchant et je souhaitais partager avec vous un conseil qu’on m’avait donné et qui m’avait aidé.
    Ce qui m’y a fait penser est cette anecdote des pleurs car la Fusée ne peut pas câliner sa sœur à l’école. En substance le conseil c’est « si vos enfants voient que vous, vous trouvez du bon, du bonheur dans la sphère autre que familiale, ils voudront en faire autant. » et dans cette situation je suis sûre que la Fusée a plein de sources de bonheur à l’école, au moins un ou une amie qui l’a comprenne, et de se focaliser là-dessus, de se recentrer sur les souvenirs les plus positifs de la journée le soir, vous redonnerait peut être confiance en l’école à elle et aussi à vous ce qui renforcerait sa confiance aussi.

    A l’école comme vous dites on y fait plein de chouettes choses et ce n’est pas parfait mais on s’y fait des amis parfois pour la vie, on apprend de façon très différente de celle de la maison et c’est une grande richesse aussi.

    Avec toutes mes pensées d’encouragement.

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  17. Bonjour’
    Peut être connaissez vous « J’me laisse pas faire dans la cour de récré ! Petit manuel d’autodéfense émotionnelle » ? Il a été d’une grande aide chez nous, nous a donné de bons outils pour répondre aux questions de notre fils alors en PS et terrifié par les « grands ». Nous avons beaucoup échangé avec la maîtresse sur ses difficultés face aux changements de lieux et de personnes référentes (classe, récré, cantine, TAP). Et puis on est intervenu auprès des animateurs de la cantine dont les comportements étaient inadmissibles. Mon fils a toujours été présent pendant les discussions. Il sait qu’on est derrière lui. On parle, on mîmes des situations, on l’arme pour la vie (c’est sûrement un peu jeune pour ça Mais de toute façon il faut le faire tôt ou tard). Je fais très attention à la façon dont je parle des autres en sa présence surtout ceux qu’il connaît et je lui parle de mes propres interactions ( avec mes collègues, mon supérieur, mes amis… ). On essaie de gérer les conflits au mieux à la maison ( notre gros point faible). On invite les copains de la classe à la maison et on lui en fait rencontrer d’autre grâce aux activités extra scolaires. Je lui répète que personne n’a le droit de lui faire mal, on parle des mots cailloux qui sont douloureux. On a besoin de toute une vie pour comprendre comment fonctionnent les interactions humaines.

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  18. Bonjour ma belle,
    Je vais t’écrire comme à une amie proche parce que quand je t’ai lu j’ai eu envie de décrocher mon téléphone pour qu’on se parle toi et moi. Parce que vois-tu je suis maman (mon fils a l’age de ta fusée) mais je suis aussi une (presque plus) maîtresse, ça y est c’est décidé, nouveau projet pro bouclé je me barre. C’est te dire si j’en ai marre de l’ Education Nationale. Mais, car il y en a un de mais, pas des enfants. Jamais des enfants. Ni des doux, ni des turbulents, je les aime c’est tout. J’aime vivre avec eux. Ensemble. le plus harmonieusement possible. Car oui, c’est POSSIBLE de vivre ensemble harmonieusement dans une classe en laissant de la place. Les conditions sont nazes (c’est aussi pour ça que je pars) mais l’adulte en face est ESSENTIEL. C’est lui qui protège, c’est lui qui légifère, c’est lui qui offre la vie collective à ses élèves. Avant même le travail. Une ambiance de merde, une jungle ça se TRAVAILLE bordel de merde. C’est à l’équipe et aux parents d’y veiller. Parce que ce que traverse ta fille n’est pas stérile en soi, c’est même une formidable matière à parler, à comprendre, à vivre avec l’autre (mon fils est un hypersensible très remuant et agressif à ses heures mais ça aussi c’est humain et ça DOIT être éduqué et très honnêtement j’ai eu autant de problème que toi l’an dernier avec la maitresse et l’école donc…), à souffrir et à être accompagné avec ça. Ce n’est pas grave en soi. Ce qui est grave en revanche c’est ce regard insupportable de l’institution sur le parent et oui sur la mère en particulier. Alors merde. Tu n’auras jamais raison en face d’instit qui veulent juste survivre à leur boulot et si possible le faire correctement mais qui ne voeint pas leur place dans le vivre ensemble de leurs élèves. Qu’à cela ne tienne! Continue de dire encore et encore que c’est dur. Trouve d’autres parents qui ont ta sensibilité et qui pourraient avec toi imposer une nouvelle parentalité, parce que non ce n’est pas normal de devoir laisser sa môme de 3 ans à la grille de voir sa gamines de 5 ans regretter d’être chez les Grands. Cette séparation très française est un non sens à tous les niveaux. Si je peux me permettre, tu viens de poser le doigt sur les règles du jeux. Il y a donc deux axes de travail si tu choisis de continuer l’enseignement traditionnel:

    – Aider tes filles à trouver leur solution pour exister là dedans, la créativité est de mise, c’est en ce sens que « laisser le temps » qui t’est balancé à la tronche à un minimum d’intérêt. Est-ce qu’elles vont découvrir un ami? Est-ce qu’elles vont trouver un adulte bienveillant? Est-ce qu’elles vont apprendre à prendre plus de place? Elles vont trouver. Garde confiance. Au pire tu les scolarise ailleurs?

    – Le deuxième axe est au niveau de la communication avec l’équipe. Honnêtement la seule chose qui fonctionne c’est de ne pas lâcher et d’arriver avec des ARGUMENTS intellectuels, intelligents, pertinent. Bref une maman qui réfléchit c’est toujours beaucoup plus difficile à « caser » (à tous les sens du terme). Ces arguments tu es as. Si tu trouves d’autres parents c’est encore mieux. Je sais que tu fonctionnes avec tes tripes mais là c’est le moment de lisser la forme et de faire parler le fond.

    Si l’école est faite pour tout le monde. Elle est faite pour chacun.

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