Maternage & Parentalité positive

Pourquoi un enfant autonome est un enfant calme… et un futur adulte heureux !

« GNIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII » trépigne votre enfant de 18 mois, au comble du désespoir, tandis que vous essayez de lui reprendre des mains sa cuillère pour lui donner à manger.

« NooOOon !!! » hurle votre enfant de 2 ans, quand vous voulez lui tenir la main pour descendre les escaliers.

« MOUA TOUT SEUL » martèle votre enfant de 2 ans et demi quand vous essayez de lui mettre ses chaussures pour partir à la crèche.

« C’EST MOI QUI VOULAIS L’OUVRIR TOUT SEUL » pleure votre enfant de 3 ans et demi à la sortie de l’école, quand vous lui avait ouvert le sachet de son goûter.

Si vous êtes parents de jeunes enfants ou que vous en côtoyez, vous assistez surement régulièrement à ce genre de scène où l’enfant vendrait père, mère et Kinder pour faire quelque chose MOI TOUT SEUL. Préférentiellement, une tâche incontournable qui revient tous les jours (ce serait trop facile, sinon) et systématiquement son envie d’autonomie se manifeste à 7h55 quand il est l’heure de partir au boulot.  Systématiquement.

Et, tandis que vous battez en retraite pour le laisser faire seul en prenant sur vous (s’il se dépêche je peux quand même avoir le RER de 8h12), vous ne tardez pas à essuyer une nouvelle crise de nerfs parce qu’il ne réussit pas à faire ce qu’il voulait et que ça l’ENERVEEE ARRRRRRRGH MAMAN EUH !

« Je te l’avais dit que c’était trop difficile pour toi ! ». Vous vous dites que vous aviez raison de vouloir le faire depuis le départ, et la prochaine fois, c’est vous qui vous chargerez de cette tâche, point !

Bonne nouvelle les parents ! Ce qui se joue dans ces demandes d’autonomie a une importance qui va bien au-delà de ce qu’on s’imagine spontanément, et c’est ce dont je vais vous parler aujourd’hui, sur la base des explications de Céline Alvarez dans Les lois naturelles de l’enfant, ma lecture (ma lecture, que dis-je, ma découverte, ma révélation, mon épiphanie !) du moment.

Quand on prend un peu de recul, on a bien conscience que c’est une « bonne chose » que notre enfant essaye de faire des choses seul. Ce n’est, certes, pas super compatible avec l’emploi du temps débordant des MAB et des PAB (les parents au boulot), ni super raccord avec le niveau de patience des MAF et des PAF (les parents au foyer) en fin de journée, mais on perçoit spontanément que c’est globalement quelque chose de positif. On se dit que tout ce que l’enfant apprend à faire seul aujourd’hui sera acquis pour demain et qu’il poursuit ainsi harmonieusement son développement.

C’est vrai, mais ça va bien au-delà.

En fait, chaque fois que nous amenons notre enfant précocement et progressivement vers l’autonomie, nous l’aidons à développer ses fonctions exécutives.

Les fonctions exécutives, kesako ?

Les fonctions exécutives sont des compétences cognitives (=du cerveau) qui nous permettent d’agir de façon organisée chaque fois qu’on l’on cherche à atteindre un objectif. On distingue :

–          La mémoire de travail : elle permet de garder dans sa tête les informations que l’on reçoit, de les organiser et de s’en resservir.

–          Le contrôle inhibiteur : il permet de rester concentré sur son objectif malgré les distractions ainsi que de contrôler nos impulsions, nos gestes et nos émotions qui viendraient entraver l’atteinte de notre objectif.

–          La flexibilité cognitive : elle nous permet d’être créatif et de nous ajuster en cas d’obstacles ou d’erreurs.

Absolument TOUT ce que nous faisons dans la vie, des tâches les plus simples aux plus complexes, font appels à ces fonctions exécutives dès lors que l’on se trouve dans un schéma « j’ai un objectif – je passe à l’action ».

Exemple de la vie courante : pour suivre une recette de cuisine, il faut garder en mémoire les directives lues (mémoire de travail), avoir des gestes précis pour séparer le blanc des jaunes (contrôle inhibiteur), ajuster les ingrédients et les quantités lorsqu’il en manque un dans notre placard (flexibilité cognitive), etc.

Ce sont ces 3 fonctions exécutives, à l’œuvre dans de simples tâches du quotidien, qui permettent d’atteindre des objectifs aussi complexes que la découverte de nouvelles lois physiques, l’apprentissage du russe ou le déchiffrage des hiéroglyphes!  Sachant que, bien-sûr, l’objectif fixé dépendra des intérêts et motivations endogènes (=à l’intérieur) de chacun… Tout le monde n’a pas spécialement une envie dévorante de d’apprendre le russe, entendons –nous bien.  Mais, si je dispose de compétences exécutives solides, je serai capable de le faire si j’en ai vraiment envie !

En toute logique, le niveau de développement de ces compétences est décisif dans la réussite scolaire et les apprentissages : les enfants ayant un faible contrôle inhibiteur vont facilement se laisser distraire par les autres, déborder par leurs émotions et ne seront pas persévérants. Si leur mémoire de travail n’est pas assez développée, ils oublieront la consigne, ils auront du mal à organiser leurs actions, et ne se souviendront pas du sens du paragraphe qu’ils viennent de lire. S’ils manquent de flexibilité cognitive, ils auront de grandes difficultés à réorganiser leur action en cas de besoin, se décourageront vite et n’identifieront pas forcément leurs erreurs. Bref, les compétences exécutives sont à la base de tout apprentissage scolaire !

En prime, les compétences exécutives nous aident à développer des relations sociales harmonieuses et ce dès le plus jeune âge ; dans son livre, Céline Alvarez explique à quel point les visiteurs extérieurs étaient surpris de la capacité des enfants de sa classe (3-6ans) à gérer leurs conflits avec calme et créativité, à contrôler leur émotions, à prendre du recul et combien ils sont d’une manière générale plus calmes et concentrés. Tout ceci est lié !

Le nombreuses études montrent que le niveau atteint à l’âge de 3 ou 4 ans pour ces compétences exécutives est plus prédictif de la réussite future et de l’épanouissement que le QI.

Ces compétences exécutives ne sont pas innées : on ne vient pas au monde avec un niveau de compétences exécutives prédéterminé et figé, qui ferait que les enfants de la voisine ont génétiquement plus de chance de réussir dans la vie que les nôtres. Chacun de nous nait avec, en lui, un potentiel pour développer ces compétences, mais c’est l’environnement dans lequel il se trouve qui déterminera si ce potentiel se réalise ou non. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les capacités d’attention, de contrôle et de mémorisation n’éclosent pas spontanément avec l’âge lorsque les enfants grandissent, elles doivent être construites.

 Cela me semble fondamental de le souligner, car cela signifie qu’il n’y a pas de fatalité : quelle que soit l’origine sociale d’un enfant à sa naissance, s’il est placé dans un environnement qui encourage le développement de ses compétences exécutives, il pourra « réussir dans la vie », selon ce qui est englobé par les études derrière ce terme (satisfaction professionnelle, état de santé, résistance aux addictions, niveau de confiance en soi, etc.).

 

Comment faire ?

La bonne nouvelle, c’est que pour favoriser le développement de ces compétences si cruciales chez nos enfants, il n’est pas nécessaire de mettre en place des pédagogies ou matériel coûteux, et encore moins de leur enseigner à coups de grands discours (« les enfants, aujourd’hui, contrôle inhibiteur surprise ! »).  Non, il « suffit » principalement de s’armer de nos deux plus grandes alliées, patience et bienveillance, pour accompagner les élans d’autonomie avec la bonne posture. Et d’encourager au maximum nos enfants à gérer par eux-mêmes leur quotidien. En effet, toutes les activités simples de la vie courante (manger, s’habiller, mettre ses chaussures, passer le balai, étendre le linge, se laver les mains, se moucher…) permettent de développer ces 3 compétences exécutives lorsqu’on encourage l’enfant à le faire seul.

En pratique :

–          Adapter l’environnement de la maison pour que tout soit plus facilement accessible à l’enfant (ses vêtements, de quoi se débarbouiller, sa vaisselle, ses jeux, etc.).

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–          Au calme, montrer les gestes nécessaires à son autonomie de façon lente, claire et précise,  en indiquant bien l’objectif avant de commencer. Exemple : « Bébé Carrousel, je vais te montrer comment boutonner un gilet ». C’est important car si on ne donne pas d’objectif, le cerveau ne mobilise pas ses compétences exécutives. Pour entrainer son contrôle inhibiteur, on demande à l’enfant d’attendre la fin de la présentation : « Je te montre comment mettre la table et ensuite tu le fais ». Pendant la présentation en elle-même, Céline Alvarez déconseille d’accompagner les gestes de mots car c’est donner trop d’informations aux petits, notamment quand ils commencent seulement à acquérir le langage. On peut parler avant ou après, mais pas pendant la présentation, pour que l’enfant puisse se concentrer sur les gestes. Spontanément c’est quelque chose que je faisais « mal » puisque j’accompagnais toujours mes gestes d’explications en pensant rendre le tout plus clair. Enfin, Céline Alvarez recommande d’être toujours exacte et précis dans nos explications, notre vocabulaire : cela demande de mobiliser encore davantage les compétences exécutives et les enfants adorent cette précision qui les attire.

–          Lorsque l’enfant essaye de faire quelque chose seul,  respecter une distance suffisante pour ne pas entraver le processus, c’est-à-dire :

o   Ne pas l’empêcher de faire ;

o    Ne pas faire à sa place ;

o   Ne pas intervenir trop tôt pour l’aider ;

o   Ne pas intervenir pour qu’il « réussisse mieux » ou pour l’empêcher de se tromper.

Céline Alvarez préconise de n’intervenir que quand l’enfant demande expressément de l’aide ou qu’il est sur le point de se décourager (et d’envoyer tout valser ou de passer à autre chose). Et intervenir ne veut pas dire reprendre la main pour faire à sa place, mais encourager ou donner un indice, un petit coup de pouce. C’est fondamental de comprendre qu’il n’y a que l’enfant, par sa propre activité, qui peut construire son intelligence exécutive : nous ne pouvons pas la construire par notre activité d’adulte.

Cependant, je ne suis pas en train de vous conseiller d’adopter la méthode du Demerden Sie Sich : l’enfant a quand même besoin de notre aide, de notre soutien pour apprendre à faire seul, de notre regard empreint d’amour pour prendre des risques. Nous devons donc trouver la bonne distance pour apporter une présence soutenante qui ne soit pas limitante.

C’est très difficile, car d’une part parfois nous sommes pressés et ces apprentissages exigent du temps, mais surtout je trouve particulièrement déchirant d’exposer sciemment son enfant à la difficulté et au potentiel échec.  On voudrait tellement leur facilité la vie, qu’ils réussissent tout du premier coup, pour voir leurs petits visages s’éclairer ! Mais ce n’est pas leur rendre service. Pour m’aider, je me remémore ce petit mantra : « On n’apprend beaucoup plus de ses erreurs que de ses succès. C’est en se trompant qu’elle apprend. C’est un témoignage de confiance que je lui fais en n’intervenant pas, je lui montre que j’ai confiance dans sa capacité à réussir et à surmonter l’échec s’il se présente. Je sais qu’elle a les ressources pour faire face si ça ne marche pas et je suis là si besoin. ». Oui, je me parle à moi-même pour ne pas intervenir.

A une autre échelle, hier dans le RER, j’ai entendu qu’une maman allait chercher en avance sur internet les dictées surprises qui allaient tomber dans la classe de sa fille (CM2), pour l’entrainer en amont… Pourquoi faire ça ? Pour que sa fille ait de meilleures notes que les autres élèves ? Qu’elle se fasse bien voir du professeur ? Pour ne pas l’exposer à l’erreur ? Parce que la mère pense ainsi donner à sa fille un meilleur départ dans la vie ? Pourtant, si sa fille avait eu sa dictée « surprise » comme les autres, elle aurait fait des erreurs comme les autres qui lui auraient appris beaucoup plus qu’en bachotant à l’avance la dictée…

Maintenant que j’ai connaissance de la notion de compétences exécutives, je trouve aussi plus facile de trouver la patience nécessaire à l’accompagnement des élans d’autonomie de bébé Carrousel, car j’ai pris conscience de l’importance de ce qui se jouait et je peux me concentrer là-dessus quand je m’impatiente. Par exemple : en ce moment, elle s’est mis dans l’idée d’essayer de fermer les pressions de ses bodys pendant que je la change (ce que je trouve trop difficile pour elle, qui me fait perdre du temps et que je n’aurais jamais pensé à lui proposer de faire). Quand je la vois qui essaye de contrôler ses mouvements pour faire correspondre les deux minuscules pressions, je vois clairement comment cet apprentissage, au-delà de  l’utilité qu’il a pour qu’elle s’habille seule, contribue à développer son contrôle inhibiteur. Je m’émerveille de la patience qu’elle déploie à essayer de faire ça : en vérité, elle essaye 5 ou 6 fois sur environ 5 minutes avant de s’énerver, elle ne fait pas ça patiemment pendant des heures ! Mais à son échelle (20 mois) je sais que c’est déjà très long et j’ai pris conscience que ce genre d’  « exercice » spontané l’aide à développer ses facultés de concentration.

–          Lorsqu’un enfant répète de nombreuses fois un geste, même maitrisé, il est très important de ne pas l’interrompre. Même pour aller manger, se laver, se coucher ou lui proposer une nouvelle activité « pour changer » 😉 Ce qui compte pour lui n’est pas le résultat mais le chemin, le geste. Si vous voyez votre enfant absorbé à répéter un geste, pour pouvez être certains que ce qui se joue est en rapport avec le développement de ses compétences exécutives. Ca vaut le coup de patienter un peu.  Silence, cerveau en construction !

–          Donner à l’enfant les moyens de corriger seul ses erreurs.                                  

Sur ma page Facebook, j’avais publié cette vidéo de Bébé Carrousel manipulant l’abaque Montessori avec des anneaux de couleurs : lorsque l’enfant peut s’apercevoir seul de son erreur, cela génère spontanément une envie de se corriger et développe sa flexibilité cognitive. Ces processus ne sont pas du tout à l’œuvre quand c’est l’adulte qui pointe une erreur.

Pour cette raison, les activités de la vie quotidienne (par opposition à des activités purement pédagogiques) sont si propices au développement des compétences exécutives, car elles donnent un feedback immédiat : la chaussure ne rentre pas, la soupe tombe par terre, les 2 jambes sont coincé dans la même jambe du pantalon, etc.

 

–          Inviter les enfants à prendre soin de leur environnement : pour développer le contrôle inhibiteur, la précision des gestes, la délicatesse, il faut offrir aux enfants de manipuler les vrais objets de la vie quotidienne dans leurs vraies matières.  Par exemple chez nous, Bébé Carrousel mange dans de la vraie vaisselle : on lui a acheté les petites assiettes IKEA à 1,99€ les 6 (et pas notre joli service vintage qui coûte un bras hein, on n’est pas fous non plus), j’ai recyclé des pots de yaourt la laitière en verre, elle a des couverts en métal… Quand elle tape ses couverts contre le verre ou l’assiette, ça fait du bruit, si elle jette son assiette, ca casse…  Et je vous rassure, ça arrive très peu car elle est maintenant très délicate. Cela développe le contrôle inhibiteur des enfants et leur flexibilité cognitive, puisqu’ils ont tout de suite un retour sur leur action (oups, c’est cassé !), ce qui n’est pas le cas de tout ce qui est en plastique et qui fausse la donne.  On peut leur offrir de prendre soin des plantes, des animaux…  De manipuler toutes sortes d’objet « de la vraie vie » dans des vraies matières (des clés et des cadenas, des boulons à visser, des boiter à fermer et à ouvrir, des boites avec des mécanismes d’ouverture différents)…  Cela permet aux enfants de comprendre comment fonctionne leur environnement, la VRAIE vie et leur permet de développer une maitrise du geste et une dextérité jamais atteinte avec les jouets en plastique.

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–          Aider systématiquement l’enfant à s’exprimer clairement: un enfant autonome est un enfant qui sait se faire comprendre. Aider les enfants à s’exprimer avec précision, c’est directement développer leur mémoire de travail (il faut retenir les idées pour les formuler), leur contrôle inhibiteur (il faut contrôler son impatience le temps de trouver les mots) et leur flexibilité (il faut parfois reformuler pour se faire comprendre). Pour cela, c’est important de toujours écouter un enfant qui cherche à s’exprimer, sans le presser, sans l’interrompre, sans le couper, sans se moquer et en l’invitant toujours à être le plus précis possible (« Pourrais-tu reformuler cette phras, qu’est ce que tu veux dire par truc ? »).

–          Apprendre à patienter : dans sa classe, Céline Alvarez invitait les enfants qui voulaient lui parler alors qu’elle était déjà occupée avec un autre enfant, à poser la main sur son épaule : sa demande est entendue, mais l’enfant doit mobiliser son contrôle inhibiteur pour patienter. Quelle épreuve pour les enfants, mais quelle épreuve constructive ! Une bonne technique à tenter quand on est en pleine conversation avec une amie…  L’important à noter étant que si l’enfant sait qu’il est entendu il peut patienter plus facilement que lorsqu’on l’ignore (mais ça reste une épreuve qui demande de l’entrainement !).

–          Un petit jeu pour développer le contrôle inhibiteur : marcher en chaussette ou pieds nu en suivant un parcours tracé au sol avec du scotch (vous savez maintenant pourquoi les enfants adorent spontanément marcher sur les lignes de la route ou le bord des trottoirs !), avec ou sans objet en équilibre sur sa tête selon son aisance. Tous les petits exercices de méditation, de conscience de soi, aident aussi énormément à développer le contrôle inhibiteur et l’attention portée à l’environnement mais j’en reparlai.

–          Plus de liberté ! Je terminerai mon pavé avec ce point qui me semble capital, car à écouter les parents autour de moi, dans la rue ou autre, c’est loin d’être une connaissance largement partagée ! Une étude de 2014* montre que plus les enfants consacrent de temps à des activités extrascolaires très dirigées (leçons de musique, soutien scolaire, cours de sport très structurés), moins leurs compétences exécutives sont développées ! Concrètement, cela veut dire « Si vous voulez que vos enfants réussissent dans la vie, lâchez leur la grappe ! » 😉 Il serait beaucoup plus constructif qu’après les écoles, les enfants puissent jouer à l’extérieur, construire des cabanes, se balader en forêt, peindre, dessiner ou faire des activités de leur choix (excepté la télé, les jeux vidéos et autres activités sur écran !) de façon libre et autonome que de s’engager dans des activités didactiques, dirigées, où un adulte tente de leur apprendre quelque chose. Ceci n’est pas un plaidoyer contre l’apprentissage de la musique ou les activités sportives, pas du tout ; mais il faudrait que ces apprentissages puissent se faire dans un cadre plus libre, plus spontané et que cela réponde à des élans intérieurs des enfants… Céline Alvarez donne l’exemple de ce petit garçon de 4 ans chez qui elle dînait, qui a appris seul à jouer du piano et qui a atteint une aisance et une fluidité inégalée par sa grande sœur de 12 ans après plusieurs années de cours de solfège.  Dans sa classe (3-6 ans) tous les élèves sont entrés spontanément dans la lecture et lisaient avec plus d’aisance que leurs frères et sœurs plus âgés…

Aux parents qui sont découragés par « l’hyperactivité » ou « l’agitation » de leurs enfants, leur incapacité à se concentrer, à tenir en place à l’école ou à la maison, à réaliser une activité d’un bout à l’autre, de mémoriser, etc., je vous invite à considérer ces manifestations comme les « symptômes » d’un niveau faible des compétences exécutives plutôt que comme la preuve que votre enfant a besoin de se défouler dans davantage d’activités extrascolaires, comme il est courant de le penser.  Au contraire, proposez à votre enfants de longues périodes de jeux libres après l’école, en extérieur de préférence, et invitez le à faire un maximum de choses par lui-même, à participer à la vie de la maison, à prendre soin d’une plante ou d’un animal chaque jour… Les progrès peuvent être très rapides !

 

La période sensible de développement

des compétences exécutives

La notion de « période sensible » décrit un « élan intérieur » chez l’enfant, qui le pousse biologiquement à acquérir une compétence à une période donnée de sa vie.  Lors de ces périodes sensibles, l’apprentissage se fait presque naturellement (si l’environnement est « nourrissant ») et sans effort alors qu’une fois la fenêtre de tir refermée cela demandera un gros investissement. C’est ce qui explique que les jeunes enfants apprennent leur langue maternelle (et même plusieurs langues dans les familles plurilingues) sans efforts alors qu’à l’âge adulte cela demande une énergie considérable. Quand on freine l’enfant dans une acquisition qui correspond à sa période sensible, non seulement on passe à côté d’une opportunité formidable qui ne se présentera plus, mais on s’expose en prime à de véritables crises de rage de la part de l’enfant, qui est tout entier tourné vers cet apprentissage. Certains comportements inappropriés de certains enfants peuvent être interprétés à la lumière des périodes sensibles : s’ils n’ont pas la possibilité d’exercer cette intelligence en construction qui bouillonne en eux, ils utilisent leur énergie à des fins beaucoup moins utiles …

La « période sensible » pour l’acquisition des compétences exécutives se situe entre 3 et 5 ans : à cet âge, les capacités exécutives croissent à très grande vitesse et tous les conseils cités précédemment peuvent être appliqués aisément. Mais les compétences exécutives commencent à se développer avant et on peut observer, dès 3 ans, de nettes différences entre les enfants selon l’accompagnement qu’ils ont reçu vers l’autonomie dans leurs 3 premières années de vie. A 3 ans, un enfant peut déjà être « centré », savoir mieux que d’autres enfants patienter, ne pas couper la parole, se concentrer, prendre des risques calculés, coopérer, ne pas suivre la « bêtise » d’un autre enfant etc.  Tout ceci grâce à l’autonomie qu’il a eu la possibilité d’acquérir avec des parents soutenants ! Magique non ?

Attention, cela va de pair avec un caractère « fort » : l’enfant sait généralement ce qu’il veut et il est capable de l’obtenir par ses propres moyens. C’est une qualité qui est malheureusement perçue comme un défaut par l’éducation traditionnelle qui souhaite des enfants obéissants sans discuter, mais pour ma part c’est exactement ce que je souhaite pour ma fille 😉

 

 

 

En synthèse, mon message est le suivant : accompagner son enfant sur la voie de l’autonomie dès ses premières années demande de la patience et de l’énergie, mais c’est tout simplement crucial pour son épanouissement futur. Il ne s’agit pas de faire bien en société avec un enfant qui sait faire ceci ou cela très tôt, mais de prendre conscience qu’on cultive un terreau fertile sur lequel tous les apprentissages futurs vont fleurir ensuite avec aisance.  Avec des compétences exécutives solides, les enfants entrent dans tous les autres apprentissages avec facilité et enthousiasme : ils ont comme un « super outil » en eux qui leur permet de parer à toutes les situations, tous les problèmes, tous les obstacles.

 

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17 réflexions au sujet de « Pourquoi un enfant autonome est un enfant calme… et un futur adulte heureux ! »

  1. Encore un beau travail dans cet article, merci pour tes ingestions/digestions/réflexions sur tes lectures !!
    C’est rassurant de voir que finalement, toutes les découvertes récentes vont dans le même sens : faire confiance à l’enfant et le laisser imposer son « tempo », le laisser décider de ce qui est bien pour lui à un moment donné et l’accompagner dans ses découvertes…
    « accompagner son enfant sur la voie de l’autonomie dès ses premières années demande de la patience et de l’énergie » –> oui et non, finalement, c’est parfois plus facile car on ne se prend pas la tête sur comment « occuper » son enfant comme le font parfois certains parents…. je ne me suis jamais posé la question de cette manière, je suis leurs demandes et leurs envies… après, oui, il faut effectivement de la patience le matin ou le soir quand on a envie d’être « efficaces » sur le lever, le coucher. Mais bon, perso j’ai appris à voir ces moments comme une « activité » en soi, à prendre le temps ; et non comme une corvée dont on se débarrasse rapidement ; ça change tout !

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  2. Bonjour, ton article m’a mise en résonance sur une question que je me pose depuis ce weekend : notre bébé de 9 mois (marche à 4 pattes) commence à être attiré par l’escalier que l’on n’a pas encore sécurisé. Le papa dit que c’est trop dangereux, qu’il faut que l’on mette la barrière rapidement. De mon côté, je vois notre loulou avoir conscience du vide et s’arrêter au bord du lit, et plusieurs fois descendre de notre lit ou du canapé dans le bon sens (les pieds vers le bas pour atterrir debout en douceur). A ton avis, est-on dans une période sensible ? Vaut-il mieux empêcher l’accès au bas de l’escalier (trop dangereux) ou le laisser essayer et découvrir sous surveillance ? Par contre, je n’envisage pas de lui laisser l’accès au sommet de l’escalier. Je te remercie par avance de me donner ton point de vue à ce sujet.

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    1. Bonjour carole, merci pour ta confiance 🙂
      A la maison je n’ai pas d’escalier mais il y en a chez ses 3 grands parents : malgré les propositions de mes parents et beaux parents j’ai tjrs demandé à ce qu’ils ne mettent pas de barrière pour que ma fille puisse s’entraîner à les monter et à les descendre, tjrs sous ma surveillance. J’avais montré à ma fille comment m’appeler quand elle voulait monter pour que je vienne près d’elle et à part quelques exceptions elle l’a tjrs fait. Je lui ai aussi montré comment descendre de façon sécuritaire. Depuis qu’elle est très à l’aise pour monter elle monte parfois sans ma surveillance mais sent très bien que la descente est encore un peu hésitante donc elle m’appelle tjrs… Voilà comment nous avons fait mais c’est aussi à vous de voir si ce n’est pas trop contraignant pour vous au quotidien, de voir comment ton fils reagit, est ce qu’il est plutôt aventureux ou prudeux et conscient de ses limites, etc.. Bonne escalade 😉 😉
      .

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      1. J’ajouterai pour compléter le commentaire qu’un enfant qu’on laisse expérimenter est souvent, avec le temps, plus conscient de ses limites justement, et ne se met que rarement en danger. Je le constate tous les jours avec le mien, à qui j’ai laissé prendre des risques (en étant pas trop loin quand même) depuis tout petit. Il connait très bien ses limites, prend des risques calculés, et sait très bien appeler à l’aide quand il sait qu’il ne s’en sortira pas seul (ça arrive parfois). A 8 mois, il grimpait les escaliers à 4 pattes et il n’est jamais, jamais tombé. Il a attendu 10 mois pour les descendre à l’envers. Jamais d’accident à déplorer.

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    2. Et si je peux me permettre d’ajouter… Si un enfant est intéressé par un truc potentiellement dangereux, il ne s’en désintéressera pas parce qu’on le lui a interdit. Et il est probable que le jour, où, par inadvertance, on aura laisser l’objet ou l’activité accessible, il va se précipiter dessus… et là, c’est dangereux. Mieux vaut accompagner son apprentissage, et le laisser expérimenter en notre présence. Par exemple, mon fils a très tôt été interessé par les couverts, et les couteaux en particuliers. J’ai commencer à lui monter comment les tenir vers 10 mois, je crois (par le manche et pas par la lame), lui ai donné dès qu’il en manifestait l’envie l’occasion de s’exerce en minimisant le danger (=couper une banane avec un couteau à beurre). J’en ai profiter pour lui apprendre les règles de sécurité : on marche doucement avec un couteau, on le pose tout de suite quand on a finit, et lui faire ressentir le danger (poser le doigt sur la lame pour en sentir le tranchant). Résultat, il se tartinait ses toast le matin vers 18 mois, et peut m’aider à couper des courgettes à 2 ans. Mais surtout, il manipule les couteaux avec beaucoup de prudence, et de façon appropriée.
      Et pour l’escalier, ici on avait un marcheur d’enfer qui a fait du quatre-patte à 6 mois… et à qui, après un vol plané du haut de notre lit, on a appris à descendre les pieds en premiers. Pour les escaliers chez ses grand-parents, qui évidement l’attiraient irrésistiblement, Il était hors de question de le laisser démuni face à ce danger. Et bien, on l’a laisser faire, sous surveillance, et il a très rapidement maitrisé!

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  3. Grand merci pour cet article ! J’ai le livre de Cécile Alvarez dans ma pile de livres-passionnnants-à-lire mais n’ai pas encore pris le temps de m’y plonger.
    Connais tu l’association des vendredis intellos https://lesvendredisintellos.com/, ce sont des parents et des gens qui écrivent à partir de leurs lectures couplées à leurs expériences. Tu es tout à fait dans le style et tous bénéficieraient de tes talents ! A bon entendeur !

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  4. Bonjour,
    Super article comme d’hab ! (vraiment c’est top !). Je suis orthophoniste, je travaille avec des enfants de 0 à 6 ans et je retrouve tout a fait l’esprit dans lequel nous travaillons avec mes collègues. Je vais me dépêcher de lire le livre de C. ALVAREZ !
    Je vois sur la photo que vous avez modifié le tabouret ikea pr le rendre plus securitaire. C’est du fait maison ou on peut acheter ça quelque part ?
    Merci 🙂
    Armelle

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    1. Bonjour Armelle et merci bcp pour votre commentaire. C’est du fait maison : vous pouvez regarder dans mes anciens articles (vers aout) en tapant « tour d’observation » dans la recherche, c’est Montessori 🙂

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  5. Super article. Quel travail, bravo ! Je suis aussi adepte de l’autonomie et est convaincue monsieur pourtant grand stressé de nature. Nous on demande à notre fils de poser sa main sur notre poignet pour arrêter de nous couper la parole et il a adhéré à la minute où on lui a proposé. Il faut vraiment avoir confiance en nos enfants. Ce n’est pas toujours facile pour autant mais je n’ai aucun doute sur le bien-fondé de persévérer dans cette voie. Encore bravo pour ce bel article.

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  6. Merci pour cet article d’une très grande qualité! Tu as su mettre des mots sur des points essentiel pour moi. Et voila 6 mois que j’ai découvert Céline Alvarez, elle est devenue une référence à mes yeux et j’espère de tout cœur que son expérience saura ce faire entendre au gouvernement ( grr ). Je découvre ton blog aujourd’hui, je vais continuer de le découvrir ;).

    Aimé par 1 personne

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