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3 mythes déconstruits dans « Comment éviter de se fâcher avec la terre entière en devenant parents »

Il y a quelques mois, les auteurs de « Comment éviter de se fâcher avec la terre entière en devenant parents » (B.Kammerer et A.Johais) m’ont fait le plaisir de m’envoyer un exemplaire du livre au moment de sa sortie.

C’est un livre que j’ai apprécié car il a apporté un éclairage différent des livres que je lis habituellement sur les sujets d’éducation. Sur chaque question polémique, on passe en revue les faits historiques, les arguments scientifiques, sociologiques, psychologiques… dans le but de pouvoir se construire sa propre opinion. J’ai parfois eu l’impression de lire des dissertations de philosophie, où on soulève beaucoup de questions, on apporte des éléments de part et d’autre, on ouvre le débat… mais on laisse les réponses en suspens 😉 Et c’est le but : que les parents tirent leurs propres conclusions et aient des arguments fondés à apporter dans les débats souvent passionés ! En définitive, ce que j’ai lu a complétement confirmé mes convictions initiales (qu’il s’agisse de l’éducation, de l’accouchement, du maternage…) mais en m’apportant des informations supplémentaires que je n’avais jamais lu ailleurs et notamment la perspective historique.

comment éviter de se fâcher avec la terre entière en devenant parents

Pour vous en donner un avant-goût, je partage avec vous 3 choses que j’ai apprises en lisant ce livre et qui cassent des mythes bien ancrés dans notre société.

 

1/ Le mythe de l’enfant-roi

Dans Le journal de Jean Héroard médecin de Louis XII (1601), on apprend quelle est la réalité du quotidien des vrais enfants de roi ; « ses activités étaient continuellement scrutées et contrôlée, de nuit comme de jour, l’intense préoccupation pour son état de santé semblant largement occulter le souci pour l’individu qu’il était. […] le journal rapporte qu’il subissait, en cas de désobéissance, de violents châtiments corporels et ce dès l’âge de 2ans. Quant à ses parents, qu’il ne voyait que deux heures par jour, ils semblaient surtout le considérer comme un petit animal mignon à compagnie distrayante. »

J’ai trouvé cette perspective historique intéressante, moi qui suis très critique sur la notion d’enfant-roi qu’on emploie aujourd’hui à tous bouts de champs. Car en ce qui me concerne, un enfant-roi est avant tout un enfant malheureux, un enfant dont les besoins émotionnels ne sont pas satisfaits et qui traduit sa frustration par des comportements inappropriés.

Comme le soulèvent les auteurs, l’enfant-roi est il « celui qui a tout le pouvoir et agit selon son gré, au mépris de son entourage, ou est-il plutôt celui sur qui reposent tous les espoirs et qui vit sous la tyrannie de ce joug ? ». Beaucoup enfants d’aujourd’hui font l’objet de toutes les attentions de la part de leurs parents, mais aussi l’objet de toutes les critiques, tous les espoirs, qui n’ont que très peu de liberté de mouvement et encore moins de décision sur les choses qui les concernent pourtant… Je vous prépare un article sur ce sujet et celui des « limites » !

 

2/ Le mythe du recul de l’âge maternel

L’un des chapitres est consacré à la pression qui pèse sur les mères n’ayant pas d’enfant à l’approche de leurs 35 ans et les auteurs prennent le temps d’analyser les études démographiques portant sur l’âge maternel.

Dans « comment éviter de se fâcher avec la terre entière en devenant parents », j’ai appris qu’actuellement, l’âge moyen de la maternité (=moyenne d’âge des femmes ayant accouché dans l’année) est de 30 ans, contre 26,7 ans en 1979. Or la moyenne de 1979 était la plus basse depuis le début du XXème siècle : en 1900, l’âge moyen de la maternité était autour de 29,3 ans, soit une valeur identique à celle du milieu des années 2000.

On en apprend plus aussi sur l’évolution du taux de fécondité par âge (=répartition des naissances en fonction de l’âge de la mère) : actuellement, la courbe est presque parfaitement symétrique autour de 30 ans, ce qui signifie qu’autant d’enfants sont nés d’une mère âgée de moins de 30 ans que de plus de 30 ans et que les taux décroissent à la même vitesse de part et d’autre de cet âge. Si on regarde la courbe de 1909, certes la courbe décolle plus rapidement après 15 ans (avec son apogée vers 25 ans, mais sa décrue est très lente et ne s’annule que vers 49 ans, ce qui signifie que déjà à l’époque de un nombre conséquent de femmes devenaient mère après 40 ans ! Le nombre de grossesse après 35 ans était supérieur il y a un siècle ! Intéressant non ?

 

3/ Le mythe de la fréquence des morts en couches

J’ai été forcément particulièrement interessée par le chapitre sur l’accouchement « naturel » ou physiologique et par les éléments retraçant l’histoire de l’obstétriques et des pratiques telles qu’elles existent aujourd’hui.

J’y ai notamment appris qu’au XVIIIème siècle, les rapports conflictuels entre sages-femmes et médecins s’illustraient au travers de la formation ; les établissements universitaires de soins gérés par les sages-femmes avaient pour consigne de traiter les parturientes « avec douceur et charité », tandis que dans les établissements tenus par les médecins, on considérait que les patientes troquaient la gratuité des soins contre la mise à disposition de leur corps comme objet d’études. Je rappelle qu’à cette époque, les femmes qui accouchaient en maternité étaient principalement des femmes trop pauvres et vivants dans des conditions trop insalubres pour accoucher chez elle.

Mais ce qui m’a particulièrement interpellé, ce sont les chiffres sur la mortalité en couches : au XVIIIème siècle (d’après une étude Ined menée en 1983), la mortalité maternelle varie de 1 à 1,3 pour 100 naissances. Un problème de santé publique, certes, mais pas l’hécaombe qu’on a coutume d’invoquer ! Le taux de 1% d’accouchement mortel est actuellement celui que l’on retrouve dans des pays où les conditions d’accès aux soins et la santé des population sont très mauvaises, comme en Afrique Subsaharienne. Les quatres principales causes étaient un mauvais état de santé général (malnutrition et carences sevère, déformations osseuses du bassin… qui sont aujourd’hui hors de propos chez nous), l’hypertension gravidique (et donc le risque d’éclampsie, surveillé aujourd’hui tout au long de la grossesse), les hemoragies et les infections du post-partum (notamment parce qu’on ignorait tout des règles d’asepsie et que les obstétriciens n’hésitaient pas à itnervenir sur les accouchement après avoir disséqué des cadavres, sans s’être lavé les mains!).  Aujourd’hui dans les pays occidentaux, le taux d’accouchement mortel est de 0,01%% ; parce que les femmes accouchent en maternité, ou parce qu’on a progressé sur tous ces points ? 😉

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Voilà pour la petite mise en bouche de « Comment éviter de se fâcher avec la terre entière en devenant parents » ; je vous invite bien-sûr à le lire si vous voulez creuser tous ces points et bien d’autres questions souvent sujette à polémique (et à ramassis de conneries…) en société 😉

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13 réflexions au sujet de « 3 mythes déconstruits dans « Comment éviter de se fâcher avec la terre entière en devenant parents » »

  1. Concernant l’âge, à l’époque citée, cette courbe ne serait pas plutôt due au nombre d’enfants ? Je veux dire oui des femmes avaient leurs enfants tard, mais est-ce leur premier ou leur dixième ? Parce qu’il me semble que la tendance d’avoir peu d’enfants est assez récente et de fait, cette interprétation des chiffres change tout 😉 En tout cas merci pour tes retours de lecture c’est toujours super intéressant !

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    1. j’allais poster la même question… Qu’une femme accouche, mettons, de son 5em enfant après 35 ans est difficilement comparable avec le fait de devenir mere pour la première fois autour de la quarantaine….

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      1. Effectivement il faudrait creuser pour voir si c’est la première maternité ou pas (je ne pense pas, puisque c’est l’objet dun indicateur spécifique) mais personnellement je ne vois pas ce que ça change ; on bassine les femmes avec les risques des grossesses tardives, donc que que ce soit pour un 1er ou un 5eme ces risques sont les mêmes non ?

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      2. Etant historienne, je peux répondre à cette question : les Françaises ont été parmi les premières, dès la fin du XVIIIe siècle, à réduire le nombre de leurs naissances (contrairement à des pays comme l’Allemagne ou l’Angleterre par exemple). Vers 1900, le nombre moyen d’enfants par femme était de 2… comme aujourd’hui ! Eh oui, l’histoire de la contraception ne date pas d’hier, ni de la légalisation de la pilule (1967) ! Mais comme on a eu un baby boom dans les années 50 (3 enfants par femme en moyenne en France), on a tendance à penser qu’il en était ainsi déjà auparavant…

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      3. Etonnant !
        Pour avoir fait pas mal de généalogie, dans les classes sociales basses / moyennes, début du 20e siècle je vois plutot des familles de 3-5 enfants en moyenne…

        Après, ca dépend peut etre si on considère le nombre d’enfants nés divisé par le nombre de femmes recensées (et donc toutes celles qui n’ont pas d’enfants / ne sont pas mariées…) ou si on prend le nombre d’enfants par « maman » ?

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      4. Non effectivement ça ne change pas grand chose concernant les risques (encore qu’entre la première et la cinquième grossesse les risques ne doivent pas être les mêmes) je pensais juste à l’age moyen ou l’on deviens mère (ces fameux « tôt » ou « tard »). Et c’est vrai qu’avec le baby boom on a tendance a penser qu’avant on faisait beaucoup d’enfants (j’ai 53 oncles et tantes !), je suis fort étonnée d’apprendre que ce n’était donc pas le cas avant ^^ Merci pour toutes ces infos !

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  2. Merci pour cet article 🙂 Je vais l’imprimer et transmettre la partie sur l’âge des grosessesses au gynéco qui m’a fait l’écho morpho… En réunion de travail, il a fait la réflexion à ma sf libérale suivi global AAD « tu as une patiente vraiment vieille, tu es sûre que tu la prends ? »… humhum… ça a bien fait rire ma sf en disant que l’âge n’avait rien à voir, mais plutot l’hygiène de vie et que des jeunes étaient vraiment vieilles…

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  3. Dans le registre « fiction » mais auquel j’ai tout de suite pensé en lisant le point 3, il y a le roman de Anne-Marie Sicotte « Les Accoucheuses » (3 tomes) qui exposent une « lutte » des sages-femmes au Québec au XIXe siècle, pour une pratique soigneuse et respectueuse et une formation des sages-femmes en opposition à la société masculine, au clergé et aux médecins.
    C’est un roman donc ca se lit super bien, et c’est plutot intéressant en meme temps !

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  4. Concernant l’âge du premier enfant, je suis remontée dans mon histoire familiale et j’ai constaté que mes grands-mères, nées en 1915 et 1917, ont eu mes parents respectifs au même âge que j’ai eu ma première fille: 34 ans. Et 44 ans pour leur dernier! Comme quoi je ne suis pas si vieille:-)

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