Accueillir bébé·VDM (Vie de Mum)

Attendre d’accoucher

Dans mon entourage proche, j’ai pleins de jeunes mamans dans leur 9ème mois de grossesse, qui attendent d’accoucher. Bizarrement, les primipares attendent quand même avec beaaaaaauuucoup plus d’impatience que celles qui attendent leur 3ème bébé, allez savoir pourquoi 😉

Les voir et les écouter me ramène en arrière, à cette période si spéciale de la toute fin de grossesse, cette période suspendue, hors du temps et du monde, qui se résume, pour beaucoup, à un maître mot : attendre. Attendre sagement pour certaines, en complotant mille subterfuges et potions de sorcières pour essayer de forcer la main à Dame Nature pour beaucoup.

Une période souvent difficile à savourer parce qu’on est grosse, parce qu’on a mal partout, parce qu’on se lève toutes les heures pour faire pipi la nuit, parce qu’on est grosse, parce qu’on est fatiguée, parce qu’on galère à mettre ses lacets et à sortir du canapé, parce qu’on est grosse, parce qu’on a hâte de le rencontrer, parce qu’on est essoufflée rien qu’a l’idée de se lever pour aller chercher un deuxième dessert au frigo, parce qu’on est grosse et qu’on est pressée de le serrer dans nos bras…

Il y a bien le gang des rabats joie, les mères de jeunes enfants qui nous rabattent les oreilles de leur « Mais putain profite! Dort! Va au ciné! Va pisser toute seule! » avec leurs yeux injectés de sang et leurs cernes en sillon tout autour. Mais je ne veux pas profiter moi, c’est bon je veux voir mon bébé maintenant ! Et puis j’en ai marre, je suis fatiguée…. Et voila la jeune mère qui part dans un rire hystérique qui frôle la folie : « hahahahahahahahahahihihihihihi tu es fatiguée, mais tu crois qu’il va se passer QUOI après en fait, hein ?! ». Oui, la mère d’enfants en bas age fait flipper, surtout si elle en a plusieurs, qu’ils ont moins de 36 mois d’écart et que au moins l’un deux présente un RGO ou une allergie alimentaire.

La mère d’enfants en bas âge manque légèrement de recul (et de sommeil, surtout), mais c’est qu’elle a surement rencontré la traitresse qui pointe souvent le bout de son nez après un accouchement : la nostalgie. J’ai fait partie des unes qui attendent d’accoucher, j’ai fait partie des autres qui invitent à savourer.

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J’y repense avec une douce nostalgie, à ces quelques semaines, ces quelques jours où chaque phrase est ponctuée d’un « si je n’ai pas encore accouché », où chaque plan est conditionné par un « sauf si je suis en train d’accoucher » qui rend le moindre RDV chez la sage-femme palpitant, où chaque matin s’éveille avec la pensée « et si c’était aujourd’hui? ». J’y pense avec émotion, à cette période de la vie chargée comme aucune autre, qui nous laisse ainsi savourer l’aube du Grand Bouleversement sans nous gâcher la magie de la surprise.

J’y repense avec le sourire, à ces moments où le papa surveille frénétiquement ses textos, accepte de passer sa soirée à s’entrainer à des positions pour l’accouchement parce que lui aussi commence à stresser (jusqu’à 8 mois, il était laaaaaarge), annule ses déplacements, n’est pas tranquille s’il sort seul en soirée, et où il est si tentant de lui faire une petite blague pour tester sa réactivité.

J’y repense avec encore un peu d’étonnement, aux coups de mes bébés dans mon ventre, ces ailes de papillons devenues marteaux piqueurs. BAM, on est deux dans ton corps, tu te rends compte ? J’y repense avec nostalgie, au bonheur de sentir grandir la vie de l’intérieur.

J’y repense avec envie, à ces moments délicieux de la première grossesse où c’est de moi dont on prenait soin, à mes épaules légères et mon esprit papillonant. Ce sentiment de se sentir spéciale et précieuse, fragile et invincible à la fois. Oh oui, j’y repense avec envie, au sentiment de puissance de porter la vie. Y a-t-il d’autres occasions dans nos vies de prendre à ce point conscience de nos pouvoirs de femme ?

J’y repense avec affection à ces minutes suspendues à l’écoute du corps, est-ce normal, est-ce une contraction, combien de temps, est-ce que c’est ça ?

J’y repense le cœur serré, à cette période où prendre soin d’un bébé est d’une évidence aussi merveilleuse que de respirer, puisqu’il ne nous suffit que de ça : respirer, et en nous la vie grandit, parfaitement, simplement. Au chaud dans notre ventre, notre enfant prend de nous tout ce dont il a besoin sans qu’on n’en porte la responsabilité. Il ne connait que la sérénité de ne vivre aucune expérience désagréable et rien de ce que l’on peut dire ou faire ou ne pas faire, ou presque, n’a le pouvoir de lui faire du mal. Il est intouchable, inatteignable, invulnérable. Grâce à nous et à la puissance incroyable de notre corps.

J’y repense souvent à ces moments de douces illusions précédant le grand saut, à ces après-midi de chimères à m’imaginer mère. Avant d’accoucher, tout peut encore être contrôlé. J’y repense souvent à mes bébés rêvés, ces bébés parfaits qui me laissaient être une mère parfaite. Une mère de bonheur et d’amour et de douceur, une mère sans failles, sans colère, sans dérapage. Parfaitement inhumaine.

J’y repense parfois, à cette jeune future mère de 24 ans que j’étais, enceinte pour la première fois et j’aimerais la prendre par la main et lui dire d’arrêter d’attendre. Arrêter d’attendre d’accoucher comme un premier pas vers le moment présent. Car après, il y aura attendre de sortir de la maternité, attendre qu’il arrête de pleurer, attendre qu’il fasse ses nuits, attendre qu’il soit sevré, attendre qu’il marche, attendre qu’il parle, attendre qu’il cesse ses colères, attendre qu’il aille à l’école, attendre qu’il soit autonome, attendre qu’il parte… attendre qu’il rentre. Quand on devient mère, on peut avoir le sentiment que l’instant présent est inaccessible car souvent inacceptable : le futur nous attire par ses promesses, le passé nous rappelle sans arrêt. C’est pourtant le seul moment qui vaille la peine, c’est bien dans le moment présent uniquement que se trouve ce bonheur tant espéré, tant promis par la maternité. Dans les moments difficiles, la tentation de se pencher pour regarder en arrière ou au-delà est grande mais c’est bien souvent prendre le risque de tomber dans le précipice.

Lâcher prise et vivre l’instant présent tel qu’il est, sans chercher à le contrôler : voilà un précieux cadeau à se faire pour toute l’expérience de la maternité…

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14 réflexions au sujet de « Attendre d’accoucher »

  1. Oh , quel beau texte ! Ça me rappelle mon 9e mois , que de doux souvenirs ❤
    Je n’étais pas pressée, j’aimais être enceinte. Mais j’ai fais 42sa et ça avait finit par me stresser.
    M’enfin j’en garde un merveilleux souvenir, de ces jolis jours de patience , un peu hors du temps.

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  2. Très bel article, merci.
    Je suis à 8 mois et 3 semaines et je suis heureuse. Une amie maman m’a demandé si j’étais angoissée ou si je me sentais prête, et j’ai répondu: « ni l’un ni l’autre, je suis dans l’instant présent.  »
    C’est la clé du bonheur.

    Aimé par 1 personne

  3. Merci pour ce beau texte. J’espère connaître cette attente un jour et je penserai à cet article pour profiter au lieu d’attendre. Mon premier enfant, je n’ai pas pu l’attendre car il est né à 6 mois. Et là, nous espérons un second. Il ne vient pas. PMA et FIV. Deux grossesses debutées et deux fausses couches. Là, j’attends que le gymiso fasse effet, puis j’attendrai un nouveau cycle et des piqures, j’attendrai à 6h du matin qu’on regarde mon endometre et mes follicules et qu.un jour on me dise qu’on va retenter. Et puis attendre, les Bhcg, les échographies comme un sursis à chaque fois. J’espère un jour attendre impatiemment sa venue.

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  4. Merci pour ce beau texte qui résonne tout particulièrement en moi à quelques semaines de rencontrer bébé numéro 2☺️. Je suis partagée en l’impatience de l’avoit posé nu sur ma poitrine et le bonheur de le sentir danser dans mon ventre quand sa grande sœur est lovée contre moi pour sa ration quotidienne de câlins 😍. Bon week-end

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  5. Très beau texte. Première grossesse, j’ai attendu impatiemment car j’ai fait un PUPP à 8 mois (sorte de grosse varicelle insomniante) et pourtant j’ai refusé le déclenchement (une amie sage-femme m’avait prévenue du risque de césarienne en cas de déclenchement). Finalement elle a arrivé 12 jours avant et c’était parfait. 2eme grossesse je n’ai pas attendu, je savais que c’était la derniere, cela se passait bien, j’ai profité (et elle est quand même arrivée avec un peu plus de 2 semaines d’avance).

    Mais aujourd’hui je profite de chaque instant. A 7 et 3 ans et demi, les nuits hachées sont derrière moi, les colères aussi (ou presque), les biberons, les tétines, les petits pots un lointain souvenir…. Et je me dis très souvent (au moins une fois/semaine) que je vis peut-être l’un des meilleurs moments de la maternité. Quand je les regarde se prêter leurs Playmobils sans cris, quand je partage les secrets d’école de ma grande le soir juste avant de dormir, quand j’écoute la petite me raconter sa journée et me montrer fièrement ses progrès en dessins de bonhomme et en écriture de la première lettre de son prénom, alors oui je me dis que la toute petite enfance est derrière moi, un brin nostalgique mais tellement heureuse de voir ce qu’elles deviennent.

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  6. Pour ma part, je ressens l’effet inverse : pas du tout pressée d’accoucher pour la 1e, et cette fois-ci, j’ai hâte de rencontrer ce 2e petit amour (sachant que l’ainée est d’une facilité déconcertante à élever et que je ne souffre pas de maux de grossesse malgré que j’arrive à la fin). Alors sûrement que ça joue !

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  7. J’ai accoucher le 21 juillet de bébé 1 et c’est vrai que le 9e mois semble interminable ! Maintenant je repense déjà avec nostalgie à ma grossesse .

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  8. Je relis ton article ce soir, hier soir je relisais mon journal de grossesse : moi aussi j’étais impatiente d’accoucher ! Mère nature ne m’a pas facilité de travail en me scotchant sur un lit de douleurs pour 4 mois et demI. Mon employeur ne m’a pas aidé à vivre une grossesse sereine en essayant de me faire passer par dessus bord !
    A huit mois, cela me paraissait interminable. Aujourd’hui, je rêve de recommencer ! On verra ce que Mère Nature et le Travail me réservent…

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