Une petite fessée n’a jamais éduqué personne !

« Une petite fessée n’a jamais tué personne ! »

 

Pardon, mais un peu quand même : en France, deux enfants meurent chaque jour de maltraitances infligées par leurs parents et 45 % des Français soupçonnent un cas dans leur entourage, selon un sondage réalisé en 2015 par l’association l’Enfant bleu.

 

A cette horripilante et fallacieuse remarque, je pourrais maintenant répondre que la fessée est interdite par la loi. Puisqu’il faut ça pour qu’en France, on prenne conscience que les châtiments corporels ne sont PAS des mesures éducatives, mais des violences pures et simples, c’est un pas dans la bonne direction.

Est-ce que ça empêchera les gens de frapper leurs enfants dans l’intimité de leur salon ? J’en doute malheureusement. D’autant plus quand on sait que 70 %  des français étaient contre cette loi.

Pour certains, parce qu’ils ont reçu la fessée en héritage et sont convaincus qu’il n’y a que ça qui marche. Bizarrement, pas mal de Français adeptes de la bonne vieille autorité parentale limite despotique détestent qu’on leur dise quoi faire et ne pas faire. Une interdiction de maltraiter ses gosses comme on veut, ça leur donne une furieuse envie de leur en coller une direct. Un problème d’autorité, peut-être ?

Pour d’autres, parce qu’ils ne savent pas comment faire autrement et sont enfermés dans un rapport de force avec leurs enfants, la fessée ou les châtiments corporels leur donnent le sentiment de reprendre le dessus. C’est là que le chemin est encore long (pour les autres, la boussole est cassée), car si l’interdiction était nécessaire, il reste surtout à guider les parents vers un nouveau chemin. Cela passe par l’information sur le développement cognitif de l’enfant, un soutien sans jugement à la parentalité au quotidien et la proposition de pistes concrètes pour réagir sans violence. Du coup, je suis assez fière de contribuer modestement à cette vaste entreprise à mon échelle  :)

 

J’ai reçu quelques fessées dans mon enfance et je m’en souviens. Non pas que ça ait été très douloureux physiquement, mes parents ne cherchaient pas à me faire vraiment mal. Pourtant je ressens encore très nettement en moi ce mélange de honte, d’appréhension et de colère quand mon père disait « Viens ici tout de suite !» et que j’allais docilement vers lui pour recevoir la fessée promise. C’était un mélange de « Vilaine fille que je suis, je le mérite bien » et de « Et si je me barrais en courant, tu ferais quoi ? ».

Est-ce que j’en suis morte ? Non.

Est-ce que j’en ai appris quelque chose de constructif ? Non.

Une mesure d’éducation constructive, c’est celle qui fait comprendre. Qu’est ce que je comprends, quand sans crier gare on me tombe dessus pour me coller une raclée sans explication ? Et si on m’explique ce que j’ai fais, est-ce que la claque rajoute une quelconque précision, un éclairage supplémentaire à l’explication ? Si on tape un enfant qui a traversé la route sans regarder, parce que « il faut bien qu’il comprenne qu’il ne doit pas faire ça ! », au bout de combien de fessées pourra-t-on le laisser jouer seul, avec confiance dans le fait qu’il a compris ?

Une mesure d’éducation constructive, c’est celle qui inspire, qui montre l’exemple. Quelle crédibilité a-t-on pour enseigner à son enfant qu’il n’est pas permis de taper ou de faire du mal à autrui, l’un des grands interdits de notre société, et qu’en parallèle on  le tape ? Que ressent-on, nous adultes, face à quelqu’un qui moralise, qui fait de grands discours, mais qui fait tout le contraire de ce qu’il dit ? Injustice, colère, mépris… On est loin du fameux « respect » que tant pensent encore inspirer avec la fessée.

Beaucoup trop de gens autour de moi brandissent encore la carte du respect pour défendre la fessée et les violences en générale envers les enfants, qu’elles soient verbales ou physiques. En réalité ils parlent de crainte. Et s’il faut se faire craindre par son enfant pour qu’il ne nous fasse pas de mal, c’est qu’on est loin du respect.

 

Une mesure d’éducation constructive, c’est celle qui fait apprendre. Qu’est ce que j’apprends si mon parent, ma figure d’attachement, mon référent et la personne qui est sensée m’aimer le plus au monde, me fait du mal pour mon bien ? Qu’aimer donne le droit de faire mal, d’être violent ? Qu’est ce que j’apprends d’un parent qui tape pour se faire comprendre, obéir, écouter ? Que si on est supérieur en force à quelqu’un, on peut obtenir raison avec ses poings ? Et quand l’enfant devient un adolescent qui se cherche et qui fait 3 têtes de plus que sa mère, qu’est ce que ça donne, d’avoir appris ça toute son enfance?

Une mesure d’éducation constructive, c’est celle qui donne envie de faire mieux. Depuis quand a-t-on envie de faire mieux face à quelqu’un qui nous fait nous sentir mal ? Envie de ne plus se faire prendre, oui. Envie de disparaitre, de ne plus se faire remarquer, oui. Envie de mentir pour éviter la sentence, oui. Envie de se venger, oui. Envie de repousser les limites, pour voir ce qu’il fera si je fais encore pire, oui.

Envie de faire sincèrement mieux ? Non. Que celui qui a déjà eu envie de donner le meilleur de lui-même pour quelqu’un qui te fait te sentir comme une merde me contredise !

Une mesure d’éducation constructive, c’est celle où parent et enfant sont gagnants tous les deux. Un enfant avec qui on fait usage de la force entre rapidement dans un rapport de force avec son parent. Un rapport de force = un gagnant et un perdant.

Soit le parent perd : l’enfant, dès les premiers coups, s’endurcit pour ne plus sentir (« même pas mal »), quitte à se couper de ses émotions et à manquer d’empathie par la suite, provoque toujours plus pour prouver au parent que les châtiments ne l’atteignent pas, le parent est « obligé » de sévir toujours plus tout en voyant que cela ne marche pas. C’est triste, c’est dur et ce n’est surement pas pour une relation de ce type qu’on fait des enfants.

Soit le parent gagne : l’enfant a mal, il se juge coupable, il a bien mérité d’être frappé, il est mauvais, il est nul. C’est triste, c’est dur et ce n’est surement pas pour une relation de ce type qu’on fait des enfants.

Une mesure d’éducation constructive, c’est celle qui donne lieu à une réaction constructive de la part de l’enfant. Celle qui donne envie de réparer, d’apprendre de son erreur, de trouver une solution au problème, de faire un geste d’amour, de prendre une bonne résolution… Après une fessée, que fait l’enfant ? Il pleure, il boude, il s’isole pour ruminer… Et il passe à autre chose. Il a « payé » pour ce qu’il a fait, il est quitte avec le parent. Il peut remettre ça une prochaine fois, l’ardoise est effacée.

Une mesure d’éducation constructive, c’est celle qui aide l’enfant à devenir un adulte responsable. Est-ce que j’avance dans cette voie, quand je ne dois pas faire quelque chose « parce que sinon c’est la fessée ! » ?  Est-ce que cela veut dire que je peux le faire en dehors du regard du parent, du moment que je ne me fais pas prendre ? C’est parce qu’on pense que la peur du gendarme éduque les enfants qu’aujourd’hui beaucoup d’adultes, soit disant responsables, roulent à 180 km/heure sur des nationales, font voyager leur gosse sans dispositif de sécurité et conduisent avec 2 grammes dans le sang s’ils n’ont pas de risque de se faire épingler. Parce que le vrai enjeu, bien-sûr, c’est l’amende, pas ta vie, celle de ton gosse ou de celle du gamin que tu vas renverser.

Ce dernier argument, c’est aussi celui qui me fait refuser les punitions et les récompenses d’une manière générale dans l’éducation de Bébé Carrousel ;  à mes yeux, c’est enfermer un enfant dans un référentiel externe où c’est le parent qui détient la vérité, qui sait ce qui est « bon » et ce qui « mauvais » et où l’enfant évalue sa propre valeur selon l’appréciation ou la dépréciation de l’adulte. Traduire les comportements de son enfant en termes de punitions et de récompenses, c’est pour moi le rendre tributaire d’un regard extérieur pour évaluer sa valeur et ses actions et lui ôter la chance d’apprendre à se responsabiliser.

J’aspire à ce que bébé Carrousel agisse et pense par elle-même, qu’elle se forge sa définition du bien et du mal par elle-même (avec notre aide), qu’elle fasse ses choix pour elle-même (et pas pour me plaire, ne pas me décevoir, se conformer aux attentes de X ou Y), qu’elle refuse de faire certaines choses parce qu’elle a compris qu’elle peut blesser ou faire des dégâts autour d’elle, qu’elle accepte les contraintes de notre société parce qu’elle les a comprises, qu’elle prenne la responsabilité de ses actes et de ses erreurs quand elle en commettra, qu’elle trouve des solutions, qu’elle soit capable de refuser un ordre injuste si un jour elle y est confrontée (si les collabo avaient été élevés dans la bienveillance, qui sait ce que l’histoire aurait donné ?), qu’elle connaisse sa valeur intrinsèque et ne se sente pas obligée de faire quoi que ce soit pour se faire accepter (hello, la « pute de l’année » dans le journal de l’EDHEC)… Autant de choses que je ne lui apprendrais pas en la frappant pour ses faux pas.

Mon avis est tranché et j’imagine que cet article peut blesser des parents qui ont recours à la fessée. Je conçois complètement qu’on puisse donner une fessée sous le coup de la colère (ou de la peur parfois), quand la main qui part avant que le cerveau ait pu la stopper, sous le coup de l’énervement. Ça s’entend très bien, c’est un défi d’élever un enfant, et le faire avec bienveillance et dans le respect des principes qu’on s’impose, c’est déployer une énorme énergie qu’on n’a pas toujours en stock ! Ça m’arrivera certainement même si je ferai tout pour l’éviter.

Ce que j’ai de plus en plus de mal à concevoir, c’est qu’on défende encore la fessée comme un principe éducatif incontournable, efficace, nécessaire, indispensable, utile, bénéfique. C’est d’entendre que si tu n’en donnes pas, tu vas te faire bouffer, et où va la jeunesse, c’était mieux avant ! En 2016, quand tout Twitter s’insurge parce que Joe Starr a mis une claque dans le pif de Giles Verdez, on continue de défendre qu’il faut frapper l’être qui nous est le plus cher pour l’éduquer ?

Pourtant moi-même je l’ai pensé, j’ai pensé que c’était inoffensif voire utile dans certains cas, avant de vraiment me pencher sur la question. Parce que j’en ai reçu et que j’en suis pas morte (sic !). Parce qu’autour de moi c’est encore souvent ce qu’on dit. Parce que, comme pour tout, si on ne prend pas le temps de se poser un peu pour se poser des questions, on reproduit des schémas et des automatismes.

Alors ce que je dis dans cet article n’apprendra surement rien à ceux qui sont déjà convaincus que la fessée est inefficace et préjudiciable. Mais si mes mots réussissent à convaincre ne serait-ce que un ou deux parents de changer de voie, parce que mes mots ne viennent pas de l’Etat  ne viennent pas d’une loi, ne viennent pas d’une autorité extérieure qui voudrait nous dicter notre vie privée, mais viennent du cœur et des tripes… Ce sera déjà une belle victoire  :)

Ps  :  une petite fessée qui n’a jamais tué personne mais qui a laissé des traces a tout le monde, à en juger par les nombreuses réactions sur la page FB du blog  !  Comment expliquer cette ferveur a défendre les fessées et claques reçus de la part de nos parents, si ce n’est pour continuer dans la logique du « même pas mal » de l’enfant qui se ferme pour ne pas sentir…  ?  

 

Education bienveillante #1

Désolée pour mon absence la semaine passée, nous étions en province dans la famille. Entre le baptême de bébé Carrousel et les premiers préparatifs du mariage avec Papa Ours (entre autre, choisir le lieu et la date, rien d’important…), je n’ai pas pris le temps d’écrire ici ! Au passage, les nuits de Bébé Carrousel ont été tellement anarchiques pendant ce séjour qu’il m’était difficile d’aligner deux pensées cohérentes, si j’avais essayé de publier quoi que ce soit je pense que j’aurais perdu quelques lecteurs…

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Je m’attaque aujourd’hui à un sujet dense et épineux : l’éducation bienveillante ! Vaste sujet, multiples facettes et débats houleux en perspective, je ne pourrais clairement pas parler de tout ce que je veux en un article. Pour cette fois, ce ne sera qu’une introduction à cette approche. Je n’ai d’ailleurs pas vocation à être exhaustive sur le sujet, ni à donner des conseils sur comment faire avec vos enfants ! D’une part car Bébé Carrousel n’a que 7 mois et je suis bien consciente que le gros de son éducation reste à faire… Mais surtout parce que l’éducation, c’est un sujet très personnel, intimement lié à sa propre enfance en tant que parent, et que quelque soit la façon de faire, la plupart du temps chaque parent fait de son mieux et avec amour. Forcément, je suis convaincue par l’approche Positive, donc je pourrais vous sembler « catégorique » dans ma façon de présenter les choses. Mais en aucun cas je ne juge ceux qui procèdent autrement, ceux qui appliquent les méthodes traditionnelles que je réfute, chacun fait comme il veut… et surtout comme il PEUT !! Je souhaite simplement vous parler de ce que j’ai découvert ces dernières années, ma vision des choses, la façon dont nous avons envie de procéder avec Bébé Carrousel. J’observe auprès des parents autour de moi qu’il y a énormément de frustration autour de l’éducation des enfants. J’ai le sentiment que beaucoup ne sont pas satisfaits de la façon dont ils procèdent, qu’ils se trouvent inefficaces… mais ne savent pas comment faire autrement. Et les discours et les injonctions qui entourent et effrayent les jeunes parents n’aident pas. Alors, si vous trouvez ici de bonnes idées à piocher, n’hésitez pas:) En éducation bienveillante, on parle souvent de « semer des graines » auprès d’autres parents… libre à eux de les faire pousser et grandir !

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