Accueillir bébé·Maternage & Parentalité positive

Le concept du continuum ou pourquoi tout ce que je vous dis depuis deux ans pourrait être inutile

Les amis, l’heure est grave.

La lecture du dernier livre en date sur ma liste de lecture m’a sérieusement ébranlée ; et si ce que je vous raconte ici depuis 2 ans était faux, inutile ?

Alors entendons-nous bien ; je ne dis pas par là que, finalement, je pense qu’il faut en revenir à une éducation « traditionnelle » comme on l’entend en France, une bonne fessée de temps en temps, des punitions bien senties et une mise au coin régulière. Non, loin de là.

Non ce que je dis c’est : et si l’éducation bienveillante proposait des solutions à un « problème » qui pourrait, en fait, ne pas exister ?

Sur cette introduction énigmatique, rentrons dans le vif du sujet.

Le livre en question, c’est le Concept du continuum de Jean Liedloff.

continuum

Que dit le livre ?

L’auteure est américaine et a vécu deux ans et demi au plus profond de la jungle d’Amérique du Sud avec des tribus « primitives », les Yékwanas. De ses observations de la façon dont les Yékwanas se comportent entre eux, mais surtout vis-à-vis de leurs enfants, elle revient avec une vision totalement différente de la façon dont nous devrions élever nos enfants et vivre nos vies pour être enfin pleinement heureux.

Le fondement de sa théorie est celui-ci : chaque espèce possède son continuum, c’est-à-dire qu’il vient au monde en s’attendant à vivre une série d’expériences précises, dictées par ce qu’ont vécu avant lui et pendant des millions d’années les membres de son espèce qui l’ont précédés.  Au fil du temps, les espèces se sont adaptées et diversifiées ; les expériences que chaque espèce peut tolérer sont définies par les circonstances auxquelles ses prédécesseurs ont pu s’adapter (exemple : la température que l’espèce peut tolérer sans mourir).

Pour schématiser, le respect du continuum amène au bonheur, au sentiment de plénitude, de bien-être : je suis là où je devrais me trouver et j’ai confiance dans les expériences que la vie va m’apporter. Cette attente confiante, qui a prévalu chez l’Homme pendant 2 millions d’années, alors qu’il laissait, comme toutes espèces, son instinct le guider de telle sorte à respecter son continuum, a totalement disparu aujourd’hui chez l’Homme « civilisé ». L’intellect a pris le pas sur l’instinct, et aujourd’hui les attentes de notre continuum sont tellement frustrées que l’on s’estime heureux de ne pas être malade ou SDF… Alors que la « norme », l’attente naturelle que nous devrions nourrir, c’est celle de bien-être plein et entier et c’est l’état que la majorité d’entre nous devraient ressentir !

Notre intellect est bien moins équipé que ne l’est notre instinct pour gérer les besoins de notre continuum puisque notre instinct est « programmé » très finement pour cela depuis des millions d’années… En résulte une série de choix et de « changements » opérés par l’intellect de l’Homme, changements qui sont bien différentes des évolutions apportées à l’espèce par la nature afin de mieux répondre à ses besoins. L’évolution assure la stabilité de l’espèce, alors que ces changements effrénés que nous avons fait subir à notre mode de vie depuis quelques dizaines/centaines d’année contribue à déstabiliser et fragiliser notre espèce.

Ces changements dans notre mode de vie sont très récents à l’échelle de l’espèce ; le continuum n’a donc, lui, pas évolué. Cela signifie qu’un enfant qui nait en France en 2017 vient au monde avec les mêmes attentes fondamentales que le bébé Yékwana qui nait dans la jungle d’Amazonie. Pourtant, ils sont loin d’être « traités » de la même façon en venant au monde…

C’est quoi, un bébé continuum ?

Les Yékwanas, cette tribu « primitive » qui vit toujours guidée par son instinct, qui n’a pas imposé de changements non évolués à son espace, s’occupent de leurs bébés tels que le continuum l’a prévu ; ils suivent des instincts extrêmement précis et leurs faculté de raisonnement n’entre pas en jeu sur ce sujet.

Chez les Yékwanas, l’enfant n’a pas cette place « centrale » que l’on considère qu’il occupe dans nos sociétés civilisées (dans le sens où nous pensons communément nous « sacrifier » pour eux et nous faisons tout pour adapter notre mode de vie à ce que nous pensons « bon » pour lui) et en même temps, il n’est pas « repoussé »  comme il l’est chez nous ; nous tenons les bébés et les enfants à l’écart de la vraie vie, nous leur refusons le contact pour ne pas « les habituer », nous transformons la réalité pour leur en présenter une version spéciale bébé (jeux en plastique, langage qu’on transforme, vérité qu’on cache ou travestit…).

Pendant ses premiers mois de vie et jusqu’à ce qu’il sache se déplacer par lui-même, le bébé Yékwana est continuellement porté (principalement par sa mère mais par d’autres aussi en son absence) et participe à toutes les tâches de la vie quotidienne. Dans son sommeil, il est balloté quand sa mère grimpe aux arbres ou pagaie, il sent le chaud quand sa mère allume le feu, il est trempé quand sa mère traverse la rivière, il dort contre elle la nuit, il entend le bruit des animaux, des conversations, il sautille quand sa mère danse, il sent la chaleur de sa peau… et il vit ainsi un nombre considérable d’expériences, bien en sécurité contre elle.  C’est la condition sine qua non à son développement harmonieux ; passif et sécurisé, il est confronté à des situations parfois dangereuses ou inconfortables qui le renseignent sur son monde sans l’insécuriser. Quand il a faim, il se nourrit sans que sa mère ne cesse ses activités, quand il a besoin de dormir il dort sur elle, quand il a besoin de se soulager il le fait et sa mère l’éloigne en vitesse…. Toujours à son initiative à lui, avec une mère qui répond positivement, qui est toujours disponible et aimante, mais sans cesser de vivre pour autant, sans anticiper, sans proposer, sans réguler…  Jean Liedloff appelle cette période « la période dans les bras » ; cette façon de faire nourrit parfaitement les attentes d’expériences diverses et variées du continuum ainsi que le besoin de présence, de chaleur et de réassurance.

 » Un bébé a besoin de participer à la vie active d’une personne, d’être en contact physique permanent avec elle et d’être éveillé aux expériences qu’il rencontrera plus tard.
Le bébé dans les bras a un rôle passif mais tous ses sens sont en éveil. »

 » Son occupation principale consiste à être témoin des comportements, des rencontres et de l’environnement de la personne qui s’occupe de lui, adulte ou non. Ces informations le préparent à prendre sa place parmi ses semblables en toute compréhension de son rôle par rapport à eux.
Contrecarrer ce puissant besoin en donnant à un bébé toute votre attention alors que toute la sienne est centrée sur vous, engendre en lui une profonde frustration et asservit son esprit. »

 C’est la base ultime de tout le bien-être futur de l’enfant qui deviendra adulte : pour Jean Liedloff, le non respect de la phase des bras (que vit le bébé « civilisé », éloigné prématurément de sa mère, isolé dans son berceau, sa poussette, confiné dans une vie réglée et aseptisée, privé des expériences diverses de la vraie vie, toujours emballé dans des couches de vêtements…) est à l’origine d’un sentiment de manque qui poursuit l’enfant, puis l’adulte, toute sa vie.

Le sentiment que ressent un enfant porté est un sentiment de plénitude ou d’essentielle bonté. Comme le nourrisson n’a pas la capacité d’intellectualiser, il se définit en fonction de ce qu’il ressent : s’il se sent bien, bon et bienvenu selon la façon dont il est traité, alors il se définit comme tel. . Aucun autre type de sentiment que la plénitude ne peut servir de base à son bien-être et de sa confiance future en lui.

Pour l’auteure, tout ceci justifie que, nous, Occidentaux, portons en nous un sentiment de perte, une aspiration vers quelque chose qu’on ne peut pas nommer, une impression d’être décentré, de manquer de quelque chose. Nous cherchons tous à combler ce désir extrême qui a été frustré pendant la période des bras ; en désirant sans cesse de nouvelles choses ou nouvelles situations que nous pensons nécessaires pour être « vraiment heureux », en multipliant les conquêtes ou au contraire en étant incapable de vivre une relation avec qui que ce soit (« je ne suis pas capable d’être aimé(e) »), en recherchant des sensations fortes, par un manque chronique de confiance en soi, etc…  Même notre attrait pour les attractions, les films d’horreurs est une façon pour nous d’essayer de vivres ces expériences un peu « effrayantes » dans un cadre sécurisé, que nous aurions aimé vive dans notre première année de vie, bien au chaud contre notre mère.

Au fil des mois, l’enfant va se détacher de lui-même pour explorer ; une fois ce cap franchit, le bébé continuum n’a besoin de « coller » sa mère que très rarement et il est extrêmement indépendant et confiant.  Les enfants Yékwana participent à toutes les tâches de la vie quotidienne du village dès le plus jeune âge ; entretenir le feu, tirer à l’arc, construire des pagaie…  Ces enfants ont des capacités en rapport avec leur continuum ; ils sont capables de distinguer des milliers d’espèces dans la nature ou d’évaluer la force des courants de la rivière. Les petites filles commencent à râper le manioc dès l’âge de 2 ans, mais elles le font d’elle-même, poussée par l’envie de « travailler ». Les femmes les accueillent à bras ouverts, sans imposer, sans forcer, sans repousser, sans crainte.

Les Yékwanas sont convaincues de la nature intrinsèquement sociable de l’enfant : nul besoin de « forcer » les choses, d’enseigner, de lui inculquer des règles au pris de punitions ou de récompense…  Il suffit d’ouvrir aux enfants les portes du quotidien et d’attendre avec confiance que l’enfant y puise les ressources pour développer ses compétences sociales naturelles. C’est simple, les Yékwanas ne cherchent jamais à imposer leur volonté sur qui que ce soit (même quand la vie d’un de leur proche en dépend !), leurs enfants y compris : ils leur font entièrement confiance pour se comporter adéquatement, pour prendre les bonnes décisions pour eux-mêmes et les enfants le leur rendent bien puisqu’ils ne sont pas pollués par des désirs de « revanche » envers leurs parents. Quand les parents signalent qu’un acte est indésirable, l’enfant ne se sent pas remis en question lui, désavoué, « désaimé » ; c’est avec plaisir qu’il « corrige » son comportement car par ailleurs il a été assuré d’amour et d’attention pendant la période des bras.

Un bébé continuum  a accumulé tellement d’expériences pendant la période des bras qu’il a une véritable expérience du monde, une capacité d’auto-protection et une appréciation réaliste des dangers et de ses capacités ; les Yékwanas laissent entièrement les enfants prendre en charge leur sécurité et leur font confiance pour le faire dès le plus jeune âge. Dans nos sociétés, nous déchargeons les enfants de cette tâche, en les empêchant constamment de faire leurs expériences, en les surveillant et en les forçant à faire/ne pas faire certaines choses que l’on juge trop dangereuses pour eux (« ne t’éloigne pas de ma vue !! » d’un air anxieux)… Ce faisant, ils perdent confiance en eux et deviennent tout simplement incapable de prendre en charge leur propre sécurité : « Il semble que tout réside dans la prise de responsabilités. Chez les enfants occidentaux, le mécanisme permettant de veiller sur soi ne fonctionne que partiellement puisqu’une grande partie de cette tâche est prise en compte par les adultes. Ayant la redondance en horreur, le continuum supprime donc toutes les responsabilités que les adultes reprennent à leur compte. Il s’ensuit une diminution de l’efficacité étant donné que personne d’autre ne peut être plus constant et plus alerte que soi-même ».

L’exemple qu’elle donne est frappant : dans le village, il y a un grand puits de 5m de profondeur sans aucune « protection » et près duquel les enfants jouent sans aucun accident alors qu’en Amérique de nombreux cas d’enfants noyés sont rapportés chaque année dès que les parents oublient de fermer la barrière qui entoure la piscine familiale.

Chez les Yékwanas, les enfants ne se disputent pas et ne se battent pas bien qu’ils soient seuls et sans surveillance la plupart du temps ; ils ne recherchent pas d’attention excessive comme on le voit chez les enfants Occidentaux, car ils ont été rassuré à la période où il fallait qu’ils le soient. Ils ne font pas de crises de colères, ne se roulent pas par terre, n’ont pas de crises de décharge, ne pleurent pas « pour rien ».  Ils ne sont pas en compétition les uns avec les autres, notamment avec leurs frères et sœurs ; pourquoi jalouser ce dont le bébé à besoin (les bras), alors qu’eux même ont pu en profiter autant qu’ils le voulaient et s’en sont détaché de leur plein gré ?

Pourquoi c’est bouleversant ?

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais ça me remue de penser à quel point les choses sont compliquées pour nous, sociétés « évoluées », alors qu’elles pourraient être si simples.

Lire la description du mode de vie des Yékwanas, leurs relations harmonieuses et pacifiques entre adultes (empathie, reconnaissance naturelle des émotions, entraide), leur joie naturelle et le bonheur avec lequel ils accomplissent chaque jour leurs tâches et surtout la simplicité de leurs relations avec leurs enfants… cela me fait tout simplement rêver. Cela ressemble fort au paradis… perdu.

C’est dans ces moments là que l’absurdité de ma vie me frappe vraiment de plein fouet : passer 10 heures par jour à faire un « travail » qui ne m’apporte rien d’un point de vue personnel, pour gagner de l’argent pour pouvoir payer quelqu’un à s’occuper de ma fille pendant que je travaille…. Les Yéwkanas n’ont même pas de mots pour décrire le travail comme nous l’envisageons : ils sont heureux de faire tout ce qu’ils font, même les tâches les plus physiques, car la satisfaction de la phase des bras laisse place à un réel désir de développer leurs capacités via le « travail » (manuel). Nous-mêmes, sommes encore capables de faire des tâches qui peuvent sembler compliquées ou fastidieuses, dès lors qu’on s’est mis en tête que c’est notre « loisir » ; tricoter, jouer au golf ou au foot en plein cagnard, se creuser la tête sur des soduku…  Mais tout ce qui est considéré comme du travail est signe de fastidieux et la plupart d’entre nous consacrons un temps fou à essayer d’en faire le moins possible, à trouver des astuces pour moins travailler, à nous plaindre et à anticiper négativement le travail… Jean Liedloff donne l’exemple des femmes qui, chaque jour, passe beaucoup de temps à traverser la jungle pour aller remplir les gourdes d’eau : l’auteur y voit une énorme contrainte, le risque de se blesser, de glisser, la fatigue… Et pour elle, il est évident qu’il faut déplacer le camp ou trouver des solutions pour optimiser le temps de trajet. Mais ces femmes ne vivent absolument pas ces déplacements comme une contrainte ; elles parlent entre-elles, elles vivent le moment sans anticiper inutilement les dangers ou l’inconfort, elles apprécient d’exercer leur agilité et leur connaissance de la nature et de s’accomplir dans ce rôle.

Dans le même esprit : désirer acheter une maison, de nouveaux vêtements, une voiture, un Thermomix (qui me fera gagner du temps puisque je travaille pour pouvoir m’acheter un Thermomix…)…désirer toutes ces choses pour être « plus heureuse » un jour, plus tard, et pendant ce temps là vivre un présent comme un fardeau. Et quand ces choses là sont acquises, désirer autre chose, sans fin.

Désirer plus que tout avoir un enfant, la considérer comme ce que j’ai de plus cher au monde… et avoir passé les premiers mois de sa vie a essayer sans cesse de la poser dans son berceau, quitte à endurer des pleurs, à trouver des solutions pour qu’elle « se passe de moi » au lieu de continuer ma vie avec elle, tout simplement. J’ai lu sa souffrance chaque fois que j’ai essayé de la « régler » et de lui imposer « le mode de vie à l’occidental » et au lieu d’écouter mon instinct en lui donnant simplement ce qu’elle demandait sans me poser de questions, je me suis posé mille questions, je l’ai remise en question elle, je me suis remise en question moi. Et je suis passé à côté du bonheur à ce moment là, comme je passe encore souvent à côté aujourd’hui malgré mes efforts pour voir la vie autrement. Parce que le moule est cassé, que l’intellect a pris le dessus, parce que la société dans laquelle on vit est aux antipodes de ce dont nous aurions vraiment besoin.

Ça me bouleverse, parce qu’ici, sur Happynaiss, je vous dis sans cesse que c’est normal qu’à son âge ou dans telle situation, votre enfant pleure, qu’il crie, qu’il crise, qu’il vive des tempêtes émotionnelles, qu’il tape, qu’il morde, qu’il soit jaloux du bébé, que le sommeil soit compliqué…  Et en fait, dans une autre vie pourtant bien réelle, une vie qui était la nôtre il n’y a pas si longtemps, tout ça n’existe pas.  Je vous parle neurosciences, je vous parle figure d’attachement, décharge, coussin de la colère, n’utilisez pas la négation, proposez des choix fermés… J’intellectualise (enfin pas moi, au départ c’est Isa et Cath qui font le gros du boulot) des solutions à un problème causé par trop d’intellectualisation. Absurdité, encore une fois.  Dans une autre vie pourtant bien réelle, l’éducation bienveillante telle qu’on la théorise aujourd’hui n’a même pas lieu d’être.

Parce que dès la naissance, les bébés vivent la merveilleuse expérience de la plénitude et du respect du continuum et ce sans que ce soit au détriment de la mère qui ne se sent ni vampirisée ni aliénée, ni privée de sa vie sociale, ni critiquée ou écartelée entre son instinct et son intellect. Et c’est ça qui est fondamental.

« Traiter les bébés comme on l’a pratiqué pendant des centaines de milliers d’années engendre de petits êtres calmes, souples et faciles. Si les femmes actives reconnaissaient cette évidence, elles n’y verraient plus de problème et ne craindraient ni d’être ennuyées ni d’être écartées des autres adultes.

Les bébés seraient là où ils ont besoin d’être, c’est à dire avec leur mère ; et les mères seraient là où elles ont besoin d’être, c’est à dire avec leurs pairs, occupées non pas à pouponner, mais à vaquer à une activité digne d’un adulte intelligent. « 

Parce que, moi je veux bien faire un bébé continuum la prochaine fois que me prendra la folle envie de me reproduire ! Mais je fais comment ?

Je peux prendre un congé parental pour pouvoir porter mon lardon un an non-stop, mais moi serais-je là où j’ai besoin d’être ? Si je suis toute seule dans mon 60m² à Banlieue-sur-Marne à astiquer ma baignoire ou à arpenter des trottoirs pollués, j’en doute.  Il faudrait que je puisse emmener ce lardon au boulot (mais attention hein, pas mon boulot actuel, un boulot manuel et épanouissant !), au resto, faire de l’accrobranche, à mon cours de danse, chez le dentiste, que personne ne me tombe sur la grappe parce qu’aux 60 ans de mamie je danse sur Jason Derulo avec mon bébé en écharpe (« Mais enfin couche cet enfant au calme dans un lit !!! »).

En prime, mon continuum à moi, il n’a pas été respecté non plus, mon moule est cassé, mon instinct est aux oubliettes. J’ai le sentiment qu’il est impossible de respecter le continuum de son bébé sans souffrir soi-même, sans être lésée en tant que maman, quand nos propres besoins primitifs n’ont pas été entendus ; combien de fois touchons nous cette réalité du doigt, quand on ne supporte pas les émotions qu’expriment nos enfants parce que nous, on a pas pu les exprimer ?

Plus pragmatiquement, comment je fais taire la voix dans ma tête (en écho avec celle de tatie Relou que je ne sais pas faire taire non plus !) qui dit « jamais ce bébé ne deviendra indépendant s’il est collé à toi H24 ». Accessoirement, c’est la même voix qui m’empêchera sans aucun doute de laisser mon bébé saisir des couteaux par la lame, n’en déplaise à Jean Liedloff, parce que moi je n’ai pas 26 ans d’expérience chez les Yékwanas pour me montrer que les bébés savent les manipuler sans se blesser ! Et s’il me prenait l’envie d’essayer, je suis prête à parier que Mamie Poule me tuerait sur le champs pour être aussi dingue que ça !

Je suis bouleversée, car j’aimerais aller vivre là-bas ! Mais j’en serai bien incapable aujourd’hui. En fait, j’aimerais être née là-bas, et ne connaitre que cette simplicité de vie et ce bonheur évident. Bien-sûr, je ne serais pas là, à blablater sur 6 pages sur comment on a flingué notre espèce en quelques centaines d’années et j’ignorerais que, dans le monde, des parents demandent à un bonhomme en blouse quel volume de lait leur bébé doit avaler au lieu d’être attentif à sa faim, triment au boulot contre leur gré pour acheter des berceaux inclinables avec parure de drap en coton de percale dans lesquels les bébés pleurent non-stop pour qu’on les en sorte, que des bloggeuses écrivent des pages et des pages pour parler des crises des enfants provoquées en grande partie par le comportement des parents,  que des mamans comptent les likes sur la dernière photo de leur bébé qu’elles ont posté pendant qu’il est coincé dans un parc alors qu’il vient d’apprendre à marcher, qu’on tape les enfants pour leur apprendre à ne pas taper, qu’on grandit en compétition les uns avec les autres, qu’on s’entretue pour avoir raison, et que, tout simplement, ailleurs le monde part grave en vrille.

Finalement, quand je continue d’intellectualiser le mode de vie des Yékwanas, je me dis que le bonheur et la plénitude de ces enfants est très probablement une magnifique illustration des principes qui sous-tendent la parentalité positive : des enfants maternés, des enfants dont le lien d’attachement dans la première année est respectée, des enfants qui ont l’occasion de développer très tôt leurs compétences exécutives en étant très autonomes et responsabilisés, des enfants sur lesquels on porte un regard bienveillant et sur qui on ne colle aucune étiquettes de méchanceté ou de manipulation, des enfants en qui ont a pleinement confiance pour agir intrinsèquement « bien », des enfants qui ne sont ni punis ni récompensés, qu’on ne cherchent pas à soumettre, des enfants qui ont des expériences riches, ne sont exposés ni aux écrans, ni à la violence gratuite, ni à la publicité, qu’on ne traine pas dans les centres commerciaux bondés… En fait, les Yékwanas font tout naturellement et sans théorie ce que nous essayons de rétablir par l’intellect, puisque l’Homme a perdu son instinct.

Donc finalement, c’est pas si inutile ni faux ce que je vous raconte 😉 Me voilà  rassurée, je vais pouvoir continuer à écrire…

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41 réflexions au sujet de « Le concept du continuum ou pourquoi tout ce que je vous dis depuis deux ans pourrait être inutile »

  1. Pas sûre de le lire ce livre là 😉 Blague à part, il fait écho à ce que j’observe chez ma Poupette. En vacance, elle est beaucoup plus détendue, pas de crises. Parce qu’on est là, détendus. Elle joue beaucoup plus facilement seule aussi. Ma mère a arrêté de travailler pour nous élever ma soeur et moi, elle ne se rappelle pas de crises de larmes, de crises des 2 ans. À partir d’un certain âge, Elle halerait pour nous faire arrêter de jouer pour manger car on était parti dans notre imaginaire avec ma soeur. J’ai l’impression d’avoir une enfance de rêve. Et Elle a adoré nous élever, sortir se balader avec ses copines et leurs enfants, aller rendre visite à ses parents/mes grands parents. Tu peux imaginer comme je culpabilise car je sais qu’inversement de mon côté, je ne m’épanouirai pas à la maison. Mon rêve: un mi temps pour papa et un mi temps pour maman et des vacances, beaucoup de vacances tous ensemble. On a le droit de rêver 😉

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  2. Je comprends tout à fait ce que tu veux dire et les interrogations que ce livre soulève. Cependant j’ai une vision un peu différente par rapport à la remise en question de tout ce que tu ( et d’autres) partagent au sujet de la bienveillance etc. Car pour moi l’éducation bienveillante/positive tend justement à retrouver justement cette simplicité que vivent ces « tribus » c’ets meme son but finalement ( de mon point de vue) car que cherchons nous à faire sinon répondre au mieux à tous leur besoins, leur faire confiance, les accompagner en leur permettant de devenir autonome le plus possible, échanger, ne pas user de pouvoir/ d’autorité abusive, respecter leur intégrite, ne pas fapper ne pas punir etc etc afin de quoi ? de les rendre heureux et épanouis pleinement !! justement faire en sorte qu’ils vivent vraiment épanouis, libre etc, qu’ils puissent justement comprendre que le but de la vie c’es pas d’avoir un bon métier une bonne situation ou bcp d’argent mais bien de s’épanouir et s’émerveiller de chaque instant chaque découverte etc. mais la où le problème se pose c’est justement qu’à cause de cette fameuse éducation occidentale traditionnelle tout à été perverti !!!sous prétexte de progrès, de sciences, de démocratie, de liberté on nous fait croire qu’il nous faut absolument AVOIR au lieu d’ETRE ! que l’argent fait le bonheur et que nos enfants naissent manipulateur et esclavagistes alors qu’il n’en est rien !! On nous ment à grand renfort d’études et de contre études scientifiques, de psychologie mal placée, de complaisance et de manipulation justement : on cherche à faire de nous des moutons pour nous dominer nous soumettre etc etc donc oui nos enfants se roulent par terre de colère car notre société est à l’opposé de ce que la nature  » prévoit » dans les cultures les moins éloignées d’elles ! mais c’est la faute de cette société qui nous embrigade et à tout transformé. Et chacun vit chacun chez soi ( les mamans ne se regroupe plus accroupies autour du feu pour piler du manioc dans notre société « dite évoluée » et elles ont pour certaines meme peur de se retrouver avec leurs enfants non stop et certaines se réfugient dans le travail parce qu’elle ne se sentent pas capable d’effectuer la  » tache » la plus naturelle du monde : s’occuper de leurs bébés …. c’est triste . Alors oui on a peur pour nos enfants car la société actuelle nous fait peur : elle essayerait meme de controler la nature toute entière ! mais justement il est grand temps de changer les choses et le moyen pour le faire à notre échelle c’est d’éduquer ou plutôt d’élever nos enfants autrement de ne pas les « formater » à la société actuelle afin que le monde puisse revenir à l’essentiel de la vie ETRE plutôt qu’AVOIR !!! En fait si la société n’avait pas changé on n’aurait pas besoin de parler d’éducation traditionnelle VS education positive/bienveillante parce que dans la nature la bienveillance et la positivité entre individus ( adultes/enfants) EST LA NORME !!! Alors oui poursuivons nos efforts avec les moyens qui nous sont donnés et essayons d’operer des changement de conscience pour revenir à la nature parce que  » la nature est bien faite, elle fait bien les choses » et à mon sens il n ‘ y a que nos enfants et leurs enfants et leurs enfants qui pourront changer ce monde si nous leur enseignons autre chose que les « traditions occidentales » si nous leur apprenons le vrai sens de la vie et non plus à etre des moutons insatisfaits de leur sorts. il n’est pas trop tard ce qui est fait peut etre défait ! mais ca prendra du temps et une foret ne pousse pas en quelques années il en faut bien plus !!! soyons le changement que nous voulons voir dans le monde !!!

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    1. Super commentaire!!mais malheureusement nous sommes peu à penser et croire à tout cela!!Personelement j’ai la chance pour cette 2ieme enfant d’avoir un papa qui puisse assumer toutes les dépenses Dc congé parental (me suis même étonné d’adorer rester chez moi,mon job en tant qu’aux puer en maternité me passionnait) j’avais besoin de bouger de faire bcp de choses,voir bcp de monde…du coup il faut reconnaître que financièrement passer de 1500 à 705e freine ds les dépenses …et du coup j n’achète bcp d’occaz…j’avais deja Le thermomix Dc On cuisine énormément presque plus de goûter industriel,du coup Que du bio fait maison…et comme je suis très bébé (et Que j’avais lu le bouquin du continuum il y a 12ans) pour moi c’est un plaisir de coocooner ,porter,allaiter ,j’ai meme éprouve’ le besoin de me former ac mon bébé :vive l’afpb qui adore auSsi les bb bambins…l’aifm qui a fait sa 1ère exception de m’accepter ac mon bb de 7 mois….dommage j voulais faire une formation montessori Mais ils n’acceptent pas ma ptite qui grandit du coup 2 ans et demi Mais très silencieuse pdt les formations je lui ai tjs fait confiance!dc voilou il faut que les mamans ds le doute n’écoute pas cette fichu société occidentale (je me suis retrouvé ds la maman qui porte et danse à un mariage…On à tous fait théâtre ciné concert concours de belote..Mais j’en ai bien conscience montré du doigt!!!et je m’en fiche!!L’essentiel étant le bonheur de bb et maman!!!) Mais il faut écouter son cœur et son instinct de maman!!S’entourer d’assos de parents maternants,pr celles qui allaitent la lèche league…bon apres 3 ans de congé parental j Vs cache pas que ds 2 mois la reprise va être archi difficile pour moi(ma ptite reste facilement chez qui je la laisse puisque j’ai confiance !)ptite nuit blanche en prévision !!

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  3. Oui je comprends ton désarroi à la lecture de ce livre… parce que ça semble le bon mode d’emploi et qu’on n’a tout simplement pas les moyens de materner comme ça quand on a un boulot dans une entreprise, qu’on ne vit pas « en tribu ».
    J’ai vécu en Inde un moment, dans un coin très reculé, sans eau courante (et aussi sans école pour les filles, avec des gens qui mouraient de maladies tout à fait curables chez nous…) et cette vie simple était belle. Participer à la vie collective, laver le linge, faire à manger, chanter, écrire. Je me suis fait la réflexion que la dépression était une maladie de « riche », de gens qui ont trop de temps pour réfléchir ou pas assez d’activités « terre à terre » et réellement utiles comme cuisiner, traire son buffle, allumer le feu. Mais nous sommes nés ailleurs, avec d’autres avantages.
    Je trouve bien pessimiste le début du texte sur le fait que nous manquons tous « ici » de quelque chose que nous ne retrouverons jamais. Tu te sens « incomplète », toi ? Malheureuse ? Penses-tu que le fait de ne pas avoir été portée en continu quand tu était bébé est un obstacle insurmontable ? Moi non… on a ptet un manque, je ne sais pas, mais je crois qu’on peut quand même s’en sortir 🙂

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    1. Merci beaucoup pour ton partage d’expérience ! Personnellement, oui effectivement ca fait longtemps que je sens qu’il me manque toujours qq chose sans savoir quoi, d’autant plus que j’ai énormément de chance finalement ; j’ai une famille très aimante, un mari, une petite fille en pleine santé, de l’argent, la santé…

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  4. Pour ma part j’ai eu la chance de grandir dans deux cultures totalement différentes (Cambodge et France) qui m’ont permis d’adopter un regard critique sur ces deux sociétés (traditionnelle et occidentale). Enfant, avec mes frères nous avons dormi dans la chambre de nos parents jusqu’à nos 6 ans. Aujourd’hui nous avons fait le choix de vivre moins confortablement matériellement mais d’avoir du temps pour nous et notre fille. Je pense qu’il faut tenter de conjuguer entre ce que nous offre et nous permet la société occidentale (accès aux soins, éducation…) en restant centré sur le plus important : nos désirs et nos besoins.

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  5. Ce livre fait écho à ce que j’ai vécu : dans les 7 premiers mois de vie de Poucet (avant qu’il ne tienne assis seul), le portage m’a largement libérée ! Il m’a permis de ne pas passer mon temps à le bercer en rêvant de le poser dans son cocoonababy (qui n’a pas cocooné grand chose en l’occurrence), sans qu’il se mette à pleurer dans les 5 secondes. Malheureusement j’ai quand même fait ça à 50% de mon temps. Mais l’autre moitié du temps, j’ai eu le plaisir de vaquer à des occupations en le gardant dans l’écharpe ou le sling. Aujourd’hui quand il réclame encore les bras et que j’ai autre chose à faire, il atterrit dans le meitei. Et tout le monde est content ! OK, mes occupations quand je ne travaille pas, c’est aussi étendre le linge dans mon petit appart d’une autre banlieue-sur-Marne (avec vue sur la Marne, soyons conscients des points positifs !), faire la vaisselle, éplucher les patates, me balader dans le parc, et honorer les rendez-vous chez le monsieur en blouse blanche qui me dit combien de mL de purée Poucet doit avaler chaque soir. Pas très exotique effectivement, sachant que j’ai l’âme baroudeuse. Mais je me contente de ma vie tout en sachant que ce sont des compromis avec chacun et la société, et que je suis tout de même heureuse.
    Toi aussi, je vois sur les photos que tu portais bébé Carrousel quand elle était rikiki. Tu vois, tu as fait un peu ta part de continuum. Tu peux voir le verre à moitié plein 🙂

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    1. Oui bien sur et je la porte encore de temps en temps d’ailleurs ! Mais je ne l’ai pas portée non stop et partout malheureusement… Mais merci 🙂 et merci pour le partage d’expérience, tu es dans quelle banlieue sur Marne ? 😉

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      1. Est ce qu’ils expliquent dans la livre comment et à quel age les enfants se separent de la mere ? Comment ils apprennent a marcher ? A quel age ? Je fais le lien avec la motricité libre qui laisse l’enfant se développer selon le processus inné que l’enfant a programmé en lui pour apprendre a marchersans aucunz intervention de l’adulte. Mais pour cela il faut que l’enfant soit posé au sol a un moment donné … alors comment cela se passe chez eux ? Si il y a des infos dans le bouquin, je prends !! Merci

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      2. Ce n’est pas évoqué précisément, mais personnellement j’y ai réfléchi. Si j’appliquai ce mode de fonctionnement, je me verrai bien poser mon bébé au sol sur le dos quand je suis près de lui, disponible… et le porter le reste du temps quand je vaque à mes occupations et qu’il en a marre d’être au sol. Mais ce n’est pas précisé dans le livre, mis à part que la période des bras dure autour de 1 an.

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  6. Je l’adore ce livre! Il a été un vrai chamboulement pour moi, surtout quand on sait en quelle année il a été écrit !
    Dans notre société actuelle, nous ne pouvons qu’essayer de nous adapter au mieux. Il est certain que mon deuxième enfant sera porté dès la naissance et le plus possible jusqu’à ses 9 mois.
    Maintenant le gros soucis dans nos sociétés c’est que rien n’est fait pour continuer notre vie avec nos bébés.
    Mais ce que j’ai tiré de ce livre c’est de faire confiance à ma fille. Et de fait elle sait relativement bien repérer le danger.
    Par exemple, nous n’avons pas mis de barrière à notre escalier. Si nous avons pu déplorer un chute à cause d’un manque de vigilance de ma part, elle n’est plus retombé ensuite et fait maintenant bien attention.
    Nous ne pouvons pas changer le monde dans lequel nous vivons ni changer l’éducation que nous avons reçu mais nous pouvons faire bouger les choses, faire notre part du colibri.

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      1. Mais nous ne sommes pas dans la même société, ni n’avons la même histoire. Il ne faut pas non plus être trop exigent avec nous même.
        En ce moment, je lit le livre « au dodo les petits » et je pense que je vais me lancer dans la cure. Ce livre est très intéressant et même si je ne suis pas d’accord avec tout, offre un éclairage intéressant.
        Nos lectures et surtout nos enfants et notre remise en question nous font avancer 🙂

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  7. Waouh… je te comprends. Respire, pleure sur cet immense gâchis irréparable… Et dis toi que grâce à des blogs tels que le tien, à toute cette vague de bienveillance (j’ai vu en couverture de magasine cette semaine que c’était chic la bienveillance maintenant), tes enfants seront plus à l’écoute d’eux mêmes que nous ne le sommes, et petit à petit ça ira. ( suis une optimiste!) C’est un peu comme planter un chêne dans un jardin : tu sais que ce n’est pas toi qui joueras dans ses branches, qu’il ne sera pas assez gros de ton vivant pour y construire la cabane dont tu rêves… mais que si toi tu ne le fais pas, des enfants dans le futur ne pourront pas non plus.
    Allez, rien dans ton blog n’est inutile, et je préfère lire les expériences de quelqun d’imparfait mais qui cherche que d’un je sais tout (comme ces médecins qui te disent combien ton enfant dont boire 🙂

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  8. Ce livre, je l’ai lu, j’y ai cru à fond, j’étais sur le forum dédié au livre, j’essayais de me rapprocher au mieux de ce mode de vie idéal ( idéalisais très certainement ! ! Qui a été voir comment ça se passe chez les Yekwana?), et … J’en suis revenue!

    Ce livre nous fait croire qu’on est irrémédiablement cassés, que la civilisation est essentiellement pourrie, qu’il n’y a pas de solution… À sa lecture j’en ai été également bouleversée, mais maintenant avec le recul ( c’était il y a 10 ans) je suis très critique. Ce livre m’a ouvert les yeux sur pas mal de choses mais au final je me sent mieux sans qu’avec !!

    Oui, on peut être heureux même si on ne vit pas en tribu chez les Yekwana!

    Combien de victimes a fait ce livre, et combien on fera-t-il encore ? !

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  9. On va souvent malheureusement contre notre instinct, mais c’est aussi un peu dans notre instinct de vouloir suivre la société… On n’a qu’à regarder cette expérience sur le conformisme social pour voir à quel point c’est puissant en nous de s’adapter aux règles de l’environnement dans lequel on vit : https://www.youtube.com/watch?v=o8BkzvP19v4 (en bref, dans une salle d’attente, des gens se lèvent debout au son d’une cloche; une femme arrive et malgré que c’est franchement bizarre, elle s’adapte au groupe assez rapidement, en quelques sons de cloche elle fait comme tout le monde. Même une fois tout le monde parti, elle continue. Un homme entre dans la pièce, et ça continue, il s’y plot aussi, la règle a été établie). Donc malgré qu’on voudrait bien suivre le continuum avec nos bébés, en même temps, on se bat un peu contre notre propre instinct de « faire comme les autres », d’où nos combats intérieurs…

    Comme ça a été mentionné, même si on voulait « continuer nos vies comme avant » en traînant notre bébé comme si de rien n’était, dans le contexte dans lequel on vit, ce ne serait pas chose facile; nos vies sont tellement plus sédentaires, et les gens moins tolérants d’avoir des enfants dans les pattes qui risquent possiblement de ralentir les choses.

    Par exemple, aller au dentiste avec un bébé, de le faire tarder 5 minutes pendant qu’on retire le poupon du porte-bébé pour lui faire faire ses besoins dans un petit pot qu’on traîne avec nous (parce qu’on n’est pas dans la jungle et lui faire faire caca par terre à côté de la chaise d’examen, ça risque de mal passer!), ben le dentiste risque de s’impatienter, on est tellement axé sur la productivité, le résultat.

    Ou bien continuer notre travail de bureau, assis devant l’ordinateur toute la journée, ça risque de ne pas plaire à bébé. Je me rappelle pour mon précédent congé de maternité, j’ai beaucoup porté ma fille. Mais lorsqu’elle avait besoin de dormir, m’asseoir et vaquer à mes occupations et projets du moment, qui étaient en majorité très sédentaires comme surfer sur le net, Facebook, ou encore dessiner, ça ne fonctionnait pas, alors ce moment d’endormissement je devais le consacrer à ranger la vaisselle ou accrocher le lavage, parce qu’elle avait besoin de bouger un minimum pour s’endormir, juste être là sur maman assise, ça ne doit pas correspondre à ses besoins du continuum où les mamans sont actives physiquement. Alors continuer mon boulot habituel? Ça serait difficile.

    Beaucoup d’activités (souvent payantes) sont offertes pour maman-bébé pour les occuper et les sortir de leur isolement pendant le congé de maternité, mais ils sont justement créées un peu artificiellement parce que ce n’est pas facile de trouver des occupations normales d’adultes où les bébés sont les bienvenus.

    Mais ce n’est pas impossible non plus, et parfois il faut juste tenter notre chance. Lorsque j’étais en congé pour mon 3ieme, je voulais reprendre le tai chi, mais contrairement aux cours de yoga maman-bébé, il n’y avait pas l’équivalent version tai chi. Alors j’ai envoyé un courriel à mon groupe local de Fung Loy Kok Tai Chi Taoïste pour savoir si j’avais la permission, et l’instructeur qui m’a répondu a été très invitant. Ainsi j’ai pu pratiquer mon tai chi en trainant mon bébé avec moi durant ce congé et le suivant. Durant les cours de jour, c’était principalement des personnes retraitées, et personnes âgées et bébés font plutôt bon ménage. La plupart était très tolérantes et même contentes que j’amène bébé avec moi; les nouveaux bébés sont comme de petits anges et les gens sont souvent reconnaissants de pouvoir en côtoyer un régulièrement, même s’ils ne le prennent pas dans les bras eux-mêmes. J’ai peut-être emmerdé une seule personne ou deux de par ma présence pendant ces 2 années environ (c’est certain que je devais parfois m’interrompre et quitter le groupe pendant un enchaînement de tai chi pour répondre aux besoins du bébé tel qu’allaiter, donc ça pouvait déconcentrer certaines personnes). Mais comme j’ai des bébés portés, que je ne laisse pas pleurer, qui ont la chance d’être en santé et qui ont peu de maux de ventre que j’attribue à l’HNI, ils étaient très peu dérangeants, et s’ils étaient en mode pleurs parce que trop fatigués juste avant leur dodo, je sortais du local jusqu’à ce qu’ils s’endorment (le tai chi est un peu lent, une bonne petite marche avait des résultats plus rapides pour les moins bonnes journées). Donc j’ai pu répondre à mon besoin d’exercice et de rencontrer d’autres adultes, « presque » comme si bébé n’était pas là. C’est sûr que j’avais des interruptions, ce n’était pas comme si je pouvais utiliser à 100% ce temps de tai chi, mais j’ai adapté mes attentes en conséquences. J’étais reconnaissante si je réussissais à faire au moins un enchaînement de 15 minutes sans interruptions durant la durée du cours. Et il va sans dire qu’avec un bébé en porte-bébé, certains mouvements ne peuvent pas être faits à leur maximum pour ne pas incommoder le bébé. Mais ça valait tout de même la peine, selon moi. D’autres auraient pu trouver cela frustrant, si notre but est de rentabiliser le cours à 100%. Moi j’y allais plus simplement au rythme du bébé et j’en tirais quand même des bénéfices.

    C’est ce rythme qui est trop effréné selon moi dans notre société actuelle, et qui nous fait aussi « repousser » les petits lorsqu’ils cherchent de par leur nature à nous aider. Ça ralentit d’avoir notre 2 ans et demi qui essaie de nous aider à balayer sous la table après le repas…. Si notre but est de finir de ranger au plus vite pour faire autre chose, ce n’est pas la même chose que ces mamans indigènes qui probablement ont un rythme plus accomodant pour les petits et les accueillent mieux dans les tâches quotidiennes.

    (Tiens, j’en profite pour mentionner une autre raison qui m’empêchait de laisser mes petits m’aider. Lorsqu’ils voulaient aider au lavage de la salle de bain, je ne voulais pas les laisser faire à cause des produits chimiques utilisés et ma peur qu’ils s’en mettent dans les yeux, sur la peau, etc. Depuis quelques temps, je suis passée à mes propres recettes de produits d’entretien maison, qui contiennent seulement des ingrédients peu inquiétants, par exemple bicarbonate de soude, vinaigre, savon de Castille. Alors lorsqu’un enfant veut m’aider, je le laisse volontiers parce que je n’ai plus cette inquiétude. Ils peuvent aussi nettoyer la table après les repas avec mon produit maison en vaporisateur, sans grand danger.)

    Outre les bébés, nos sociétés sont peu tolérantes envers les petits, qui bougent beaucoup, sont parfois bruyants etc. donc selon moi encore plus difficiles à traîner partout que les bébés portés. Les regards qu’on peut recevoir des étrangers lors qu’ils ne sont pas « sages » et sont turbulents en public… Mais on n’est tellement pas habitués à ce qu’ils soient « inclus », on les cache bien en garderie le jour, et on évite parfois de les amener faire les courses le soir par souci, encore une fois, d’efficacité… Donc leur absence fait qu’on oublie ce que c’est à cet âge. Perso, j’étais la plus jeune de la famille élargie, et je n’ai jamais côtoyé de bébés ou de tout-petits avant d’avoir mes propres enfants, d’où mon inexpérience et mes craintes lorsque je suis devenue maman (contrairement à mon mari qui lui, était le plus âgé). Dans une communauté moins individualiste, on aurait la chance d’intégrer bébés, jeunes, vieux dans les activités de tous les jours, plutôt que de cloîtrer chacun dans sa petite cage (les petits à la garderie, les enfants à l’école, les adultes au boulot, les vieux en maison de retraite). Mais difficile d’avoir un vrai continuum dans la société compartimentée par âge actuelle.

    Une note sur l’autonomie et ce qui est considéré dangereux : je trouve que les papas s’en sortent mieux que nous parfois à ce chapitre, du moins moi j’avais tendance à vouloir réfréner les ardeurs de mes petits grimpeurs, alors que papa avait un meilleur jugement de ce qui était réellement dangereux ou pas. Mais beaucoup de gens sont inquiets voir outrés lorsqu’on laisse les enfants en situation de potentiel danger, que ce soit par eux-mêmes ou avec les aînés. Plusieurs éducatrices avaient l’air surprises lorsque je laissais mes petits de 4 ou 6 ans prendre leur bébé soeur ou frère dans les bras avec peu de surveillance, ou de 2 ans tout court même avec surveillance. Comme si un bébé était trop fragile et des enfants trop peu fiables pour prendre la responsabilité de tenir un bébé, et des parents tels que nous vraiment trop négligents. Encore une fois, difficile sur le continuum ces jugements…

    Finalement, la manière indigène d’élever les bébés en fait des bébés très physiques, agiles. Notre manière en fait des êtres plus intellectuels de par l’accent qu’on met sur le language, etc., mais par conséquent plus adaptés à notre société occidentale…. Il y a sûrement moyen de trouver un juste milieu quelque part, mais l’expérience de ces sociétés traditionnelles sont un très bon point de départ pour respecter nos besoins ancrés dans la biologie.

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  10. Sujet très intéressant mais ne te chamboule pas tout… J’ai eu cette période bébé dans les bras j’ai passé tout le début de ma vie de mère a suivre mon instinct 🙂 mais dans nos sociétés ce n’est pas simple… J’emmène mon enfant partout depuis toujours elle fait un max de choses avec moi mais la journée je bosse et j’aime mon boulot. J’ai donné et je donne encore tout l’amour que je peux à ma fille. Elle a dormi sur moi dormi contre moi en porte bébé etc… On cododote encore à ses 3 ans… Comme je peux j’écoute son rythme. C’est elle même qui a préféré un jour faire ses siestes dans son lit que dans mes bras…ca se fait petit à petit tout ça. Mais on a des contraintes
    … Un jour l’école… Tout ça n’empêche pas les crises souvent dû à la fatigue. Et là bienveillance est là… Pour accepter les crises et arrêter de croire que les enfants sont des diablotins des leur premier mois car ils savent quand pleurer pour qu’on les prenne à bras… Alors que c’est le seul moyen d’exprimer leur besoins puis plus tard leur désaccord. On vit dans une société tellement différentes…heureusement que tu pronnes la bienveillance. Si j’avais un jour un deuxième enfant il est certain que je ne ferais pas pareil. Je le porterai plus je lecouterais plus et je lui laisserai du temps plus encore. Car je sais que cette période est finalement courte alors que quand on est dedans la première fois on a juste l’impression d’être embarqué dans un tourbillon qu’on ne maîtrise pas et on veut juste soufflé…

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  11. Encore un article très intéressant, merci ! (Et merci aussi pour celui sur les couches lavables : je m’organise pour stocker et sécher avant de me lancer !). Je comprends très bien que ce livre vous ait remuée, j’aurais sans doute ressenti le même genre de chose : ayant grandi à la campagne je suis traumatisée à l’ idée d’élever ma fille en ville… alors si je lis ce livre, je risque d’avoir envie de tout envoyer balader 😉
    À défaut de pouvoir m’installer de nouveau au vert, je me dis que je peux essayer de vivre mon congé maternité sans me renfermer sur mon foyer mais en écoutant dans la mesure du possible mes envies de sorties et d’activité. Ainsi l’autre jour je suis allée faire un tour au boulot avec ma petite merveille, juste pour rencontrer quelqu’un de manière informelle. Ça parait simple mais je suis dans une branche un peu snob et où beaucoup de gens n’ont pas d’enfant ; du coup, débarquer avec la Yoyo rose fuchsia, c’était un petit défi… Et bien quelle joie de recevoir les compliments d’une collègue pour mon initiative !
    Certes, ce n’est pas grand chose mais si nous sommes nombreuses à cesser de vouloir absolument isoler nos bébés, à les cacher, petit à petit les mentalités changeront… Et un blog aussi inspirant qu’Happynaiss y sera pour quelque chose 🙂

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  12. Je ne sais pas… Sans avoir lu ce livre, j’ai porté mon bébé, non-stop, allaité à la demande, cododoté, et il pleurait. Beaucoup… Aujourd’hui à 4 ans, il est plein d’angoisses. Parce que nous n’avons pas ce village, le continuum, la sécurité et la prédictibilité d’une vie toujours pareille avec toujours les mêmes gens dans toujours le même environnement…

    Mais est-ce que je veux ça, moi ?

    Pourquoi comparer ce qui n’est pas comparable ? J’ai l’impression, d’après ce que tu en dis, que ce livre fait plus de mal que de bien, en présentant un idéal (auquel je veux bien croire) absolument inatteignable dans nos sociétés actuelles, et donc en créant un… désespoir ?

    Moi, après 4 ans de maternité, j’ai un critère : si un livre ne me fait pas me sentir mieux, s’il n’a pas la bienveillance de me faire passer le message que « il n’y a pas d’erreur, juste un apprentissage », s’il me fait penser que ce que j’ai fait est irréparable, s’il me donne le sentiment que j’ai tout faux et qu’il identifie la source de mes « problèmes » à ma place, je n’adhère plus. Beaucoup de livres, sous couvert de bienveillance qui n’en était en fait pas (bienveillance pour l’enfant sans bienveillance pour la maman ? hum, je doute), m’ont fait du mal.

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  13. Bonjour,
    Perso ça me laisse tres mitigée, au contraire de tout ce que j’ai pu lire avant sur ton blog.
    Je ne crois pas trop au fantasme du paradis perdu et que nos pauvres vies d’occidentaux seraient systématiquement tres malheureuses et vides de sens.
    Ni que TOUT se joue dans les premiers mois de vie, en dépendant des bras de la Maman.
    Et le papa alors?
    Je ne crois pas non plus à la transmission d’un instinct primitif…
    Finalement comment l’auteur du livre peut savoir si cette tribu est plus heureuse que les habitants de Banlieue sur marne? Comment ca a ete quantifié?
    le concept de bienveillance me paraît beaucoup plus moderne, il induit aussi que beaucoup de confiance est donnée, et ca me semble la clé de voûte.

    En tout chère Happynaiss, à 26 ans tu as encore le choix d’être plus bienveillante envers toi meme et de trouver un boulot qui te ressemble plus, meme sans faire une reconversion complète. Ou une reconversion complète, tu es si jeune.
    Amicalement, bonne semaine

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  14. Mon papa avait lu ce livre avant ma naissance, et c’est comme ça que j’ai dormi avec mes parents jusqu’à 5-6 ans, ainsi que mon petit frère (qu’ils ont donc réussi à faire 😉 ) Je ne l’ai pas encore lu mais il est sur ma lecture liste.
    Tu as l’air si désespérée de ta lecture alors que pour moi ce qui en ressort c’est que Isa et Cath comme tu dis ont bien raison, et nous donne des outils pour adapter notre vie en société occidentale aux besoins de nos bébés. Ma puce a 10 mois et je me fie un max à mon instinct, elle dort avec nous (sur décision du papa) on ne sait pas quand elle ira dans sa chambre – ça sera à elle de voir. On l’a beaucoup portée bébé – et encore beaucoup – du coup elle fait plein de choses avec nous, la DME, la motricité libre, on avait adopté avant de savoir qu’il y avait des mots à mettre dessus juste parce que ça nous semblait juste – instinctif et je pense que ça l’est. En gros on se fait beaucoup confiance et les conseils des livres bienveillant aident à mettre des théories sur des instincts.
    En tout cas très bel article (mais je sais pas si j’arriverai à convaincre le papa de le lire vu la longueur et qu’il va me dire « ben oui c’est ce qu’on fait, adapté à nos vies »).

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  15. Je suis rassurée de lire les commentaires…. Je suis très mitigée aussi… Beaucoup beaucoup de culpabilisation. Et je pense qu’on en souffre assez pour tout type de sujets ! ! ! ! !
    Mais forcément je repense aussi aux mois sans sommeil, aux essais de cadrage, aux siestes dans le lit alors que mon bibou hurlait…… J’en ai les larmes aux yeux.
    Une chose nous rassemble : si jamais un jour j’ai un 2e enfant, je ferais différemment c’est sûr. (Mais ça ne changera rien pour mon fils. :-/ )
    Et sinon moi aussi je vis depuis peu dans une « banlieue-sur-marne » et je dis quand même F**K à la région parisienne trop chère trop polluée trop peuplée! 😉 :-p
    Courage à toi, je compatis totalement et sache que tu n’es pas seule ^^

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  16. Bonsoir,
    Merci pour cet article.
    J’ai lu, il y a 10 ans, ce livre, la partie sur les Yekwanas m’a beaucoup intéressée. En revanche, les « interprétations » qu’elle en tirait m’ont laissée parfois sceptique. Au fil de mes autres lectures, je l’ai un peu oubliée… Pour la redécouvrir dans ton article, et au détour d’un autre livre que j’ai lu tout récemment : il s’agit du livre « Libre pour apprendre » de Peter Gray.
    Il a été traduit en français et publié par Actes Sud assez récemment, je ne peux que le recommander, je l’ai trouvé très intéressant ! Il prolonge bien le travail de Liedloff, l’élargit et le modernise, sans avoir la même tendance « culpabilisante », qu’au vu des commentaires, je n’ai pas été la seule à ressentir comme gênante 😉

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    1. Je suis d’accord, je suis moi aussi gênée par les interprétations parfois peu étayée. C’est vrai que je n’ai parlé que de ce que le livre a suscité comme « adhérence » de ma part, mais j’ai également eu des choses qui m’ont laissé sceptiques ou ne m’ont pas plu.

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  17. Merci pour cet article…cela fait un peu paradis perdu, mais je serais assez terre à terre: rien de sert de se lamenter, dans la vie on joue avec les cartes qu’on nous a donné, et je suis sûre que l’on peut être heureux même sans ce mode de vie. De plus, dans notre société cela fait tellement longtemps que nous y avons renoncé (pas sûre que même les gauloises portaient leurs enfants toute la journée!) alors, est ce que cela nous correspond vraiment encore?
    Je pense (mais c’est assez personnel), qu’il faut en garder ce besoin de naturel, de simplicité, de confiance envers nos enfants, envers nous. Garder cette aspiration et prendre ce qu’il y a de bon dans notre culture qu’on ne retrouve pas là bas (même si ça ne leur manque pas!)… Bref, s’adapter à notre environnement, ici et maintenant, avec bienveillance tout en gardant à l’esprit que… l’essentiel est au cœur de nos familles, pas dans le tourbillon de distractions plus ou moins futiles 🙂

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  18. Ce livre me donne envie de le lire…

    Je suis une adulte avec plein d’angoisses (comme beaucoup je crois, sauf que je les accepte ^^ même si des fois je ne sais pas trop d’où elles viennent!) mais j’ai eu la chance d’être élevée avec beaucoup de ce « continuum ».
    Ma maman, infirmière, m’emmenait beaucoup avec elle (contrainte et forcée parce que maman seule) J’ADORAIS aller dormir à l’hôpital quand elle était de garde… je m’étais fait un « rôle » où je ne gênais pas: je livrais les radios ou les compte-rendus d’examens d’un service à l’autre 🙂 Quand les gens attendaient aux urgences et qu’ils avaient le feu vert de l’équipe soignante, j’allais leur chercher de quoi boire et manger (si pas d’opération en vue) L’effet d’une petite puce de 5-6 ans en train de demander si on veut une madeleine et un chocolat chaud, je crois que ça en a dé-choqué pas mal LOL Quand j’étais fatiguée, je dormais dans la salle de pause, ou alors dans la cafèt… Tout le personnel me trouvait mignonne (et moi je me sentais tout à fait bien)
    Puis quand ma mère est devenue libérale, j’ai aimé la suivre partout où je pouvais. Dans les maisons de retraite, j’allais aérer les chambres, taper les lits, ramener les petits pépés et mémés perdus jusque chez eux, faire des bisous à ceux qui aimaient me voir passer 😀
    J’ai grandi capable de faire la majorité des soins dont je peux avoir besoin (coup de bol, parce que j’ai une malade génétique qui me rend très fragile -> souvent des pansements et des bandages à me faire)

    Si notre société ne cherchait pas à exclure les enfants, comme s’ils étaient incompétents ou stupides, à leur mentir… on aurait déjà moins de soucis pour respecter un continuum! Il suffirait d’emmener les enfants avec nous, de leur permettre de voir, et de dire quand ils gênent, gentiment, sans les rabaisser. Ils pourraient expérimenter de leur côté, ou quand un adulte peut leur permettre d’essayer (par exemple avec des outils, ou des choses vraiment dangereuses)
    Je me rappelle une fois où (alors que je cherchais à m’occuper aux urgences) un interne m’a demandé d’aller dans la salle d’attente et de ne pas en sortir. Accidenté de la route. C’était pas joli. Evidemment, j’ai désobéi ^^ Le monsieur, allongé sur un brancard, avait l’air d’avoir tellement mal (ou était tellement shooté) qu’il était en choc, très calme. Il avait plusieurs fractures sur tout le bas du corps. Il a attendu quelques minutes (le temps que le bloc se prépare) et je suis allée le voir. J’étais une toute petite fille blonde, dans le couloir des urgences, alors il m’a regardée bizarrement (il devait se demander s’il hallucinait LOL) Je lui ai dit que ma maman travaillait là, et que tout le monde se dépêchait pour qu’il soit soigné vite. Il a fait oui de la tête. Je lui ai demandé si ça allait et il a fait oui à nouveau, avant de croasser « ça va ». Evidemment un brancardier est arrivé, a fait la grimace en me voyant là (je n’étais pas censée y être) mais devant le sourire du monsieur, il s’est détendu et lui a dit que c’était parti direction le bloc pour réparer tout ça. Le blessé m’a fait un faible coucou auquel j’ai répondu.
    Oui le monsieur était un peu « en kit », mais ce n’était pas parce que j’étais une enfant que j’étais niaise. J’ai toujours su (enfin très tôt, puisque ma mère est infirmière) qu’une blessure, c’est pas beau. Le sang, le gore, tout ça. Mais ce n’est pas une raison pour tourner de l’oeil. Il vaut mieux aider la personne. J’aime à me dire qu’en parlant un peu avec quelqu’un de détendu, ça lui a remonté le moral 🙂
    Moi en tout cas j’ai grandi pas du tout perturbée par les plaies, les blessures, les soins, et tout ce qui va autour!
    Ca a été « mon » continuum. aujourd’hui, je ne suis pas infirmière 😀 même si j’aurais aimé devenir vétérinaire (comme quoi la pomme ne tombe pas loin de l’arbre)
    En tout cas je retrouve chez moi cette capacité à me sentir responsable de moi-même, assurée dans ce que je fais, sans avoir besoin qu’on me supervise sans cesse. Je suis moi, j’ai appris plein de choses, de compétences, je les recoupe et je les utilise.
    Mais dans ma vie de tous les jours, je suis choquée devant tous ses adultes qui disent ne rien savoir faire, et qui se montrent incapables d’apprendre ou de faire quoi que ce soit si on ne leur « tient pas la main »… :-/

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    1. C’est fantastique comme temoignage, mais vous êtes née en quelle année pour que cela ait été possible ? Je ne suis pas certaine qu’aujourd’hui on puisse emmener ses enfants sur le lieu de travail (productivité mais aussi les assurances toussa…) alors un hopital !!! C hallucinant ! Quelle riche enfance vous avez du avoir !

      Votre expérience me rappelle un extrait du livre « professeur cherche eleve desirant sauver le monde » et qui contient un passage qui decrit ce que serait la vie, si les enfants, au lieu d’etre parqués dans les écoles, suivraient leur parents dans la vie réelle, au travail etc.

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  19. Merci pour cet article fort intéressant.
    J’ai lu ce livre il y a 7 ou 8 ans et il m’a beaucoup marqué à l’époque. Aujourd’hui, je préfère me détacher d’une certaine culpabilitée induite par son auteur et prendre son récit et ses analyses comme une source de compréhension dans les réactions de nos enfants (et des adultes). Mais sans me dire « qu’on est forcément dégénéré dans notre société moderne »… Le plus important pour moi est de garder une vision positive du monde et de l’humain. Le monde attend d’évoluer à travers du positif et de l’enthousiasme (il fait des essais, des allers-retours, c’est normal…) !

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  20. Merci pour ce belle article, Perso j’ai 5 enfants et au fur et à mesure des naissances, j’ai explosé toutes les vérités de la société pour ne suivre que mon instinct…. Résulat un bonheur simple et profond, accompagner la vie au travers de ces enfants et les laisser être qui ils sont ! Je les ai porté à n’en plus finir, et jamais quitté plus de 24 heures avant leur 3 ans. Pour moi l’essentiel de la parentalité c’est d’être à son écoute profonde, de voir notre véritable nature et de là, voguer dans les flots de la vie avec l’absolue confiance en la Nature de l’homme et en l’Univers !

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  21. merci pour votre article sur ce livre, je l’ai lu il y a quelques années et j’ai beaucoup aimé. j’y ai retrouvé tout ce que j’ai pu ressentir lors de mon voyage au BurkinaFaso. mode de vie « communautaire », des bébés calmes, des enfants cools,adultes et enfants partageant casiement tous les activités ( bien que les roles hommes/ femmes sont assez « codifiés » comme partout en faite) par contre ces marrant car sur certain points je n’ai pas eu la même « lecture » (hormis la sensation du paradis perdu, effet de perdission garantie lol) bref, la notion de continuum est (pour moi) une sorte de « théorie » applicable pour definir un contexte. par exemple (et c’est la que j’ai vraiment compris et intégrer cette notion) il y a quelque temps je me posais beaucoup de question sur nos rapports amoureux, le couple la fidelité, la jalousie etc, et j’ai decouvert le matriarcat Moso (paradis perdu lui aussi des relations naturelles amoureuse^^) société Matrilinéaire sans père ni mari, mais pas sans oncle, cette société s’organise autour du clan maternelle, pour illustrer concretement, je vivrai avec ma mere, mes soeur et mes frere, ainsi que les enfants de mes soeurs. je n’aurai pas de pere reconnu, et ce sont mes oncles maternelles (frères de ma mere) qui aurai le role de figure masculine. Mon père biologique, amant d’un soir et/ou amoureux intime d’une vie de ma mère, vivrai ans son clan à lui, chez sa mère et s’occuperai de ses propres neuveux et nièces.
    le clan maternelle est « guidé » par la plus « mature » des femmes qui transmettra sa sagesse a l’une de ses filles, a sa mort, c’est tout le clan qui heritera de la maison maternelle etc etc.
    Les relations amoureuses sont tres intimes et discrete, assez codifié, mais tres libre, les hommes et les femmes peuvent avoir les nombre d’amant qu’ils veulent (ou pas d’ailleurs) mais le viol , l’ inseste et pedophilie, sont casiement inexsistente et puni de mort si cela devait arrivé.
    pour faire le lien avec le livre , le maternage y est le même.
    et pour faire le lien avec mon propos, je me suis dis c’est cool le matriarcat moi aussi je veux etre moso, et avoir des amants de nuit^^ et mon clan maternel…
    Sauf que bah voila notre continuum nous rattrape, notre culture EST notre continuum, et par rapport a notre mode de vie familiale, nous sommes de culture Patrilinéaire /partriarcale, ( attention je parle de notre organisation social, organisé autour de la filiation Paternelle ,je ne parle pas de domination masculine etc) et j’ai eu beau vouloir faire comme les mosos, eh bien je me suis vite appercu que non, j’etais exclusive, et que je voulais vivre sous le meme toit que mon chéri et certainement pas avec ma mere et encore moins ma fraterie.
    enfin voila tout ca pour dire que le COntinuum, pour moi , ce n’est pas le mode de vie des Yekwanas, de l’ethnie rencontrer au Burkina, ou le matriarcat Moso, mais notre propre héritage, et le fait, pour moi, de ne plus lutter contre , mais plutot de le comprendre dans son contexte, et de l’acoeuillir tel qu’il est avec ses qualités et ses defauts, me rend plus detendu, plus à ma place, et que l’évoluton de la vie et de lhumain a des raisons d’etre que la raison ignore^^
    je ne me demande plus Pourquoi on est trop ceci ou pas assez cela mais Comment je fais pour etre le mieux dans ma peau et en accord avec qui je suis et dans le monde dans le quel je vis ( qui est tres relatif finalement)
    pour le maternage, c’est pareil, je connais des familles qui sont a dix mille lieux des notions intellectuel de la parentalité positive, eh bien des fois je les trouve beaucoup plus bienveillante que d’autres tres à fond dans la théorie ( sans generaliser) les premieres sont dans leur instints, leur continuum, les enfant sont cool, equilibré, pleins d’amour, malgré quelques coins ou fessé de temps a autres, et certaines autres a fond dans le maternage dit proximale( j’en suis passé par là) sont tres dans le controle d’eux meme, en luttant, contre leur emotions, suivant a la lettre les livres, et pourtant leur enfants sont plein d’angoises, malgré tout l’amour, ils absorbent les angoises de leur parents, celle de mal faire, de ne pas reproduire le mauvais, etc… il n’y a pas de détente en faite.
    Les premiers absorbent la détente, l’ecoute de soi, et l’amour propre de leur parents, et les second les angoises et les peurs , c’est vraiment ce que j’ai pu observé au fil du temps sur mon entourage et moi meme,
    ceci dis je ne cautionne pas le fait de frapper , de punir , dhumilier etc par ce que c’est « notre » continuum! un continuum evolue, se modifie, au fil du temps mais c’est lent, tres lent, jusqu’a ce que cela deviennent une seconde nature.
    je pense que beaucoup de detente (interieur), du bon sens, un peu de lecture , et surtout du lacher prise,ainsi que de retrouver la confiance en ses propres ressentis est peut etre la moins pire facon de materner… perso observer les animaux (chien et chats notemment) m’a pas mal aidé et fait relativiser, et chaque fois que je me prend la tete pour un truc , je me demande « mais comment ils font en Afrique/ amazonie » (au choix) « bah ils font avec! ou sans …  »
    Ps: j’ai trouvé génial le film documentaire « Bébés » produit par alain Chabat (me semble t’il)
    Je vous le recommande

    bon j’arrete mon roman^^

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  22. Wouaw! Merci pour cet article remplie d’émotion. Il donne vraiment envie de lire le livre mais en même temps j’ai peur d’être trop bouleversé… rien que ton article m’a bouleversé 🙂 Et en même temps je suis convaincu de tout ceci depuis un moment. Merci

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  23. Merci pour cet article !

    Qui me donne l’occasion d’un témoignage…
    J’ai lu ce livre à mes débuts de maman il y a 7 ans, j’avais beaucoup aimé. Il m’a beaucoup inspirée, il faut dire. Pour le portage, pour le contact, pour le continuum, pour la sécurité aussi, où j’ai retrouvé des éléments de la motricité libre. Et pour ce plan là, je valide totalement ses propos : un enfant élevé dans la motricité libre et apprenant à gérer sa sécurité se fait beaucoup moins mal que les autres, et est très prudent ! Mon fils a eu des couteaux très tôt et il ne s’est jamais fait mal. Après, dans notre société il est évident qu’ils ne peuvent pas expérimenter les prises électriques, ou la circulation automobile… mais ce serait dommage de remttre en cause le reste à cause de ces exceptions.

    Je pense qu’il faut voir son propos comme un témoignage des conditions « attendues » par un bébé à sa naissance, que nous pouvons recréer dans la mesure de nos possibilités. J’ai porté mon fils le plus possible, nous l’avons bercé, allaité très longuement… je pense que ça lui a été très bénéfique. Comme toutes les mamans occidentales, j’ai dû faire face à des crises de colère, des pleurs… mais je travaillais à l’extérieur, il était gardé à la maison. Et surtout, je pense que ça vient aussi de ma propre histoire qui m’empêchait d’être à l’écoute.
    C’est vrai que parfois le livre m’a fait culpabiliser en tant que jeune maman, de ne pouvoir offrir le meilleur : j’y ai du coup appris à faire en fonction des conditions, à ne plus culpabiliser parce que je ne vis pas dans la forêt, mais simplement à prendre cela comme une information, à observer, à suivre mon intuition.

    Il y a une autre chose que vous ne citez pas : nous, en tant que parents, n’avons pas été élevés comme ça. A ce titre, nous traînons beaucoup de casseroles émotionnelles et traumatiques qui rendent les relations avec les enfants plus difficiles, car les enfants font remonter nos blessures d’enfants à la surface. Chaque petit pas compte ! Mais n’exigeons pas de nous l’impossible….

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