Maternage & Parentalité positive

Pour des relations entre frères et sœurs harmonieuses…

En prévision de cette deuxième grossesse, je me suis pas mal intéressée à la question des relations dans la fratrie et je me suis demandée ce qu’on pouvait faire, en tant que parents, pour encourager des relations harmonieuses et saines entre frères et sœurs.

J’ai lu plusieurs ouvrages, mais celui qui m’a bouleversée, c’est « Frères et sœurs sans rivalité » de Faber & Mazlich.

frères et soeurs sans rivalité faber mazlich

Il m’a bouleversée, d’abord, parce que je me suis rendue compte que la plupart des parents font beaucoup « d’erreurs », par maladresse, par méconnaissance, en voulant pourtant bien faire… Dans de nombreuses situations, je n’aurais pas eu spontanément une attitude appropriée alors qu’à la lecture des pistes proposées par les auteurs, ça parait si évident ! Je me suis demandée quelles étaient mes failles, mes croyances, mes conditionnements, qui faisaient que j’avais tellement de réflexes à désapprendre en la matière ?

Il m’a bouleversé, beaucoup, car on s’attache au vécu des adultes en tant que parents de jeunes enfants, mais aussi à leur vécu en tant qu’enfant, en tant que frère, que sœur, en tant qu’ainé, cadette, en tant que petit préféré… On ne peut que constater à quel point les relations dans la fratrie et surtout le comportement que les parents ont eu par rapport à la fratrie laisse des traces indélébiles à l’âge adulte, qui nous conditionnent lorsqu’on devient à notre tour parents de plusieurs enfants, même quand on n’en a pas conscience.

Il m’a bouleversée, surtout, parce qu’il m’a fait voir autrement ma relation avec mon propre frère et m’a amené à porté un regard très différent sur la vingtaine d’années qui constituent notre vie commune, à lui, moi et nos parents, un peu comme si quelqu’un avait allumé la lumière dans une pièce que je pensais connaitre par cœur et me révélant ses couleurs et sa décoration telle que je ne l’avais jamais vue. J’ai senti la lumière s’allumer tout doucement au fil des pages, mais l’émotion de la découverte m’a prise d’un coup, au détour d’une phrase en particulier, à un moment où je ne m’y attendais pas. C’est l’intensité de cette émotion, que je ressens encore aujourd’hui, qui m’a donné le courage d’écrire à mon frère pour mettre des mots sur ce que j’avais compris ; une part de moi se disait « je suis peut-être totalement à côté de la plaque » (probablement la part de moi qui aurait voulu que je me trompe…), mais l’autre avait bien conscience que la force de cette émotion ne pouvait pas venir de nulle part, qu’elle ne pouvait pas se tromper… Et c’est cette part de moi qui avait vu juste.

frere et soeur relations harmonieuses

 

Plus que jamais, j’ai conscience de mes biais et de mes failles, conscience des biais q et des pièges qui m’attendent dans la façon dont je vais appréhender les relations entre mes filles et les relations que chacune a avec moi. C’est pourquoi j’ai eu envie de vous faire partager le fruit de mes lectures, en espérant que le jour venu, je serai capable de les mettre en pratique… #rdvdans10ans

1/ Accueillir les émotions, le nerf de la guerre

Pourquoi c’est si difficile ?

Je vous ai déjà parlé longuement de l’accueil des émotions de l’enfant, en toutes circonstances, comme d’une base incontournable de l’éducation bienveillante ; toutes les émotions sont à accepter, ce sont les comportements qui ne sont pas tous acceptables.

Non seulement l’accueil respectueux des émotions qui traversent nos enfants les fait grandir, les aident à mieux se connaitre, à développer leur empathie, mais c’est en plus la seule réponse appropriée quand on sait à quel point les tempêtes émotionnelles qui traversent les enfants sont violentes, du fait de l’immaturité de leur néocortex qui en permet la régulation.

Ce point est plus que jamais de mise quand il s’agit des relations au sein de la fratrie, car on touche à une corde sensible pour les parents ; on aime tellement nos enfants, on a tellement rêvé notre famille idéale, on aimerait tellement qu’ils s’aiment, qu’ils soient complices, tout le temps respectueux… que c’est très compliqué pour nous de recevoir leur animosité, leurs disputes, leur violence, leur désamour !

Pourtant, nos enfants sont des frères, des sœurs… mais ce sont avant tout des personnes avec leur individualité, leur caractère, leur personnalité. Comme nous-mêmes nous sentons parfois plus proches des amis que l’on s’est choisis que de notre famille, nos enfants ont le droit de ne pas s’entendre, de ne pas avoir d’atomes crochus, de ne pas se sentir d’affinité entre eux. Ils doivent se respecter, oui, c’est cette limite que nous devons tracer. Mais sinon, ils ne se doivent rien et ne nous doivent rien… A nous, parents, de faire le deuil des relations idéales qu’on a imaginé entre les fruits de nos entrailles nous faire une place à la réalité.

Et même s’ils s’aiment, même s’ils apprécient de partager des moments ensemble, ils ont aussi le droit de ressentir de la jalousie, de la colère, de l’envie, de l’ennui, de l’exaspération en parallèle. Finalement, quelle meilleure école de la vie que de vivre ces émotions ambivalentes avec son/sa/ses frère(s)/sœur(s) et d’apprendre qu’on peut ressentir des émotions violentes sans que la relation ne soit détruite ?

Concrètement ?

> Laisser l’enfant exprimer ses sentiments négatifs avec son frère/sa sœur, sans chercher à le raisonner, le détromper, l’apaiser …. A ce moment-là, dire à son enfant qu’il est méchant ou qu’il ne pense pas ce qu’il dit, parce qu’on voudrait SE rassurer et le ramener à la raison, ne va faire que renforcer sa rancœur et l’enfoncer.

> Derrière les exigences (« Ramène le bébé à la maternité ! » ou les paroles fortes « Je la déteste ! » ou « Je voudrais qu’il soit mort ! », reformulez l’émotion, le besoin la difficulté… : « Tu es très fâché, c’est difficile de partager ses jeux avec un petit », « tu voudrais m’avoir rien que pour toi », « quand je passe du temps avec ta sœur, tu as l’impression que je t’aime moins » ….

Si les mots sont accompagnés de gestes violents, c’est le geste qu’il faut immédiatement stopper et condamner, pas l’émotion et surtout pas l’enfant (#vilainpetitcanard) : « Tu as le droit d’être fâché mais je n’accepte pas que mes enfants se fassent du mal », « Dans cette maison, personne ne tape personne! », « Dis lui ta colère avec des mots, pas avec tes poings », « Dis à ton frère ce que tu n’acceptes pas / ce que tu attends de lui » … Si besoin, accompagnez ces phrases d’une proposition pour évacuer sa colère autrement (taper un coussin, bouteille de retour au calme, dessiner, découper du papier, etc).

2/ Les comparaisons, à fuir comme la peste !

Pourquoi sont-elles si difficiles à éviter ?

> Parce que ça sort tout seul ! Après tout, nos références en matière d’enfant, ce sont bien souvent… nos enfants ! Difficile d’analyser le comportement de l’un sans le mettre à la lumière du comportement de l’autre

Parce qu’on croit qu’elles peuvent être utiles. « Regarde ta sœur, elle fait toujours ses devoirs toute seule en rentrant sans que je lui dise ! », « Ton frère a toujours sa chambre bien rangé, lui ! », « Enfin, dépêche toi, Choupette est déjà en pyjama et prête à aller au lit elle !! »… ces petites phrases sortent parfois spontanément, avec l’idée de motiver l’autre enfant (#vilainpetitcanard), de lui mettre un coup de pied au derrière, de l’inspirer en lui montrant que c’est quand même pas sorcier de bien faire !

Pourquoi ça fait du mal ?

Parce qu’à la base de la relation fraternelle, il y a toujours le partage de l’amour parental. On a beau dire, beau faire, beau expliquer que l’amour ne se divise pas mais se multiplie, blablabla… Après tout, nous sommes nombreux à douter du concept quand on attend un deuxième, un troisième enfant, non ?

Alors le dire, c’est bien mais le montrer c’est carrément indispensable. Nos enfants nous attendent au tournant… Or derrière chaque valorisation du comportement d’un enfant au détriment de l’autre, l’enfant lésé entend ce que, pourtant, on ne veut pas dire : « il est génial, moi je suis nul », « papa/maman l’aime plus que moi ». Autant dire que c’est jeter de l’huile sur le brasier de la jalousie fraternelle.

Et franchement, est-ce que ca motive, d’entendre répéter combien l’autre enfant fait bien ceci ou cela ? Généralement, ça décourage plus qu’autre chose (« et bien puisqu’il est si fort, je n’essaye même pas ! ») et ça encourage les velléités de vengeances pour discréditer l’autre.

C’est aussi valable pour les comparaisons positives : « Wahou, tu es déjà propre alors que ta sœur a eu des couches jusqu’à 3 ans ! », « Tu es tellement plus organisé que ton frère », « Tu as réussi ce puzzle de 1000 pièces ? Machine, viens voir ce que ton frère a fait ! ». Les comparaisons positives font du mal à l’enfant lésé qui les entend et elles font aussi du mal à l’enfant valorisé (« ça pourrait être l’inverse, et alors je passerai pour un nul devant ma sœur », « j’ai eu de la chance cette fois, mais si je ne suis plus à la hauteur ? ») et cela peut encourager le rapport de force entre les enfants.

Concrètement ?

Comme disent Faber & Mazlich : tout ce qui peut être dit à un enfant, peut l’être sans mentionner son frère ou sa sœur. Quand l’envie prend de parler d’un enfant quand on est avec l’autre, demandons nous toujours « qu’est ce que ça apporte ? » et « puis-je le dire sans parler de X ? ».

Pour reprendre les exemples divers ci-dessus, on peut :

> Formuler une demande : « je m’attends à ce que tu ranges ta chambre avant de te coucher, j’ai besoin de place pour passer l’aspirateur en ton absence »

> Réfléchir aux solutions avec l’enfant : « je vois que le moment des devoirs est pénible pour toi. Qu’est ce qu’on pourrait mettre en place pour que ça se passe mieux et que les devoirs soient terminés dans les temps ? » > Utiliser les compliments descriptifs : « Tu as trié tous tes jouets par catégorie, c’est ce que j’appelle être organisé ! », « Quelle patience il t’a fallu pour terminer ce puzzle, c’était un travail de longue haleine ! »

Et d’une manière générale, s’en tenir à la description des faits : « Choupette, je vois que tu es prête à aller au lit, allons-y ». Puis : « Choupinou, il te reste ton pyjama à enfiler et tes dents à brosser et tu seras prêt » (sans rajouter TOI AUSSI).

 

3/ Les étiquettes, c’est pour les vêtements par pour les enfants !

Pourquoi sont-elles si difficiles à éviter ?

Là encore, dure des les éviter, ça sort tout seul : Machine est timide, Machin est sportif, Choupette est l’intello de la famille, Choupinou est le musicien !! C’est un peu montrer qu’on a « compris quelque chose de son enfant ». C’est aussi plus facile de partir sur la base d’une « vérité absolue et inébranlable » quand on appréhende nos enfants, que de partir du postulat qu’ils sont mouvants et ont un potentiel en perpétuel attente de réalisation…

Pourquoi ça fait du mal ?

Parce qu’une étiquette, qu’on parle de relations entre frères et sœurs ou pas, ça enferme ! C’est le pouvoir de la prophétie auto-réalisatrice ; un enfant à qui on répète qu’il est maladroit ne va pas faire attention à ses gestes. Chaque fois qu’il fera tomber quelque chose il se dira « ben oui, je suis maladroit » et c’est tout. Les enfants ont tendance à se conformer à ce qu’on dit d’eux : après tout, les parents savent mieux non ?

Dans une fratrie, coller des étiquettes à un enfant, enferme d’autant plus :

> Quand elle est négative, elle est dévalorisante (avec les mêmes conséquences que les comparaisons défavorables) et va renforcer le comportement qu’on voudrait voir disparaitre.

> Quand elle est positive, elle met la pression à l’enfant étiqueté (« si je ne suis plus ça, ils ne seront plus fiers… ») et elle empêche les autres enfants de se reconnaître dans le même rôle positif. C’est ainsi que si A est « la musicienne de la famille », B ne va pas se lancer dans la musique ou arrêtera si elle est moins douée, alors qu’elle y prend peut-être bien plus de plaisir ! Au sein d’une fratrie quand les rivalités sont fortes ou entretenues, les enfants vont donc chercher leur identité dans des rôles bien différents les uns des autres, pour ne pas risquer d’être mis en échec avec leurs frères et sœurs, alors qu’ils auraient pu davantage se réaliser dans un rôle proche.

Les étiquettes s’appliquent aux compétences, aux qualités/défauts mais aussi aux rôles que joue chacun au sein de la famille : souvent la victime/le bourreau, le grand/la petite… Les rôles de bourreau/victime sont particulièrement fréquents dans les familles et renforcés par les réponses parentales : le bourreau est accusé, la victime est consolée. Ce n’est rendre service ni à l’un, ni à l’autre : le « bourreau » a besoin d’apprendre à être doux, la « victime » a besoin d’apprendre à se prendre en charge et à se défendre…

Concrètement ?

> Pas d’étiquette : le comportement d’un enfant à un instant est le reflet de ce qu’il est à ce moment là, dans cette configuration là, rien de plus. Chacun, adulte ou enfant, a en lui le potentiel pour changer, pour évoluer, pour faire les bons choix et enfermer nos enfants dans des boites, mêmes dans des cages dorées, ne les aidera pas sur le chemin de l’autoréalisation.

> Face à un enfant qui se décourage parce que son frère/sa sœur réussit mieux que lui, on peut dire « Chacun a sa place ici pour faire ce qu’il aime. Tu prends du plaisir à jouer au basket/à danser/à apprendre les échecs et c’est la seule chose qui compte ». L’important c’est le chemin, pas le résultat !

> Changer notre regard sur notre enfant et le placer dans des situations où il peut sortir de son rôle : confier la responsabilité de quelque chose à notre enfant tête en l’air, faire passer du temps à notre ainée « responsable » avec ses grandes cousines qui la chouchoutent…

4/ Donner pareil, ce n’est pas être équitable…

Pourquoi c’est si difficile à éviter ?

Il semble que beaucoup de parents soient pris au piège de « donner exactement pareil » à chacun des enfants pour éviter les crises de jalousie : ne rien acheter à l’un sans acheter la même chose à l’autre, donner la même quantité de nourriture, la même somme d’argent, le même horaire de coucher, etc… Et il semble que c’est un cercle vicieux, puisque pas mal de parents finissent par se retrouver dans des situations improbables à compter les petits pois ou à essayer de couper un smarties en 2, sans que les enfants se montrent satisfaits pour autant. Et cela perdure jusqu’à l’âge adulte, où on compte l’argent qu’on donne pour donner un coup de pouce aux enfants, le temps passé à garder chaque petit enfant, etc…

Pourquoi ça fait du mal ?

Donner exactement pareil à des enfants différents, ce n’est pas être équitable !

Si j’ai très faim et que je n’ai rien mangé depuis 48h, que je retrouve mon conjoint au restaurant qui s’est fait un petit-déj pantagruélique 2h avant et que, sous prétexte que dans notre famille tout le monde est traité pareillement, on nous impose de manger la même quantité, est-ce équitable ?

Se focaliser sur la quantité (de biens, de temps, d’argent…) de ce qu’on donne, c’est passer à côté des besoins individuels, qui sont différents.

Derrière la question des quantités, il y a encore la question de l’amour ; les enfants cherchent les signes, dans ce qu’on donne aux uns et aux autres, d’une préférence… Quand on rentre dans ce jeu, ils se disent qu’ils tiennent une piste et leurs exigences peuvent devenir de plus en plus farfelues. Parce que leur vrai besoin de réassurance n’est pas satisfait. Pour se sentir rassurés sur l’amour de leurs parents, les enfants ont besoin de se sentir uniques, de savoir qu’ils sont spéciaux aux yeux de leurs parents, qu’on ne peut pas les remplacer…. Cela perd alors tout son sens de vouloir donner « pareil » à chaque enfant, au lieu de leur donner différemment parce qu’ils sont uniques et qu’on les perçoit comme tels !

Concrètement ?

> Donner à chacun en fonction de ses besoins, que ce soit concernant les quantités de bien matériels, les horaires, l’argent ou le temps d’attention !

Quand les enfants entrent dans les conflits et vous prennent à parti (« il a plus que moi »), centrez-votre réponse sur les besoins de celui qui vous sollicite.

Un enfant a besoin de chaussure, l’autre pas >> « tu pourras venir choisir avec moi quand tu auras besoin de chaussures ».

Un enfant est bouleversé/triste et l’autre dit « tu as passé trop de temps avec lui, à mon tour ! » >> « X. ne se sent pas bien du tout. C’est vrai que je passe beaucoup de temps avec lui, parce que c’est très important ce qu’il traverse. Je vais rester avec lui jusqu’à ce qu’il se sente mieux. Après ça, je te consacrerai tout le temps dont tu as besoin pour me dire ce que tu veux me dire ! ».

Les enfants se bataillent pour les quantités dans l’assiette : « Maman, elle a eu plus de purée que moi ! » >> « Ah, tu as très faim et que tu vas manger plus que ce que je t’ai mis ? »

> A la question des préférences, « qui est ton préféré ?», « qui aimes-tu le plus… ? », bannissez le très frustrant « je vous aime tous pareil ! ».

Répondez :

* Uniquement à l’enfant le demande, sans parler des autres enfants : malgré la tournure de la question, ce n’est pas le sujet ! Ce que l’enfant veut savoir, c’est pourquoi vous l’aimez LUI.

* En montrant sa singularité, son unicité, ce qu’il vous apporte… « tu es mon petit trésor, mon rayon de soleil, tu apportes de la joie dans ma vie ! »

 

5/ Intervenir oui, arbitrer non !

C’est très difficile d’entendre ses enfants se disputer, se battre, se critiquer, se parler mal… Et c’est d’autant plus difficile de ne pas intervenir dans leurs conflits qu’ils ont tendance à demander aux parents d’intervenir ! Derrière cette demande d’intervention, il y a surtout la volonté de voir à qui maman ou papa va donner raison…

Quand on se pose en arbitre des conflits des enfants, on :

> S’appuie sur notre vision, nos biais, nos tendances… C’est un jugement partial ; qui sommes-nous pour décider qui a tort et qui a raison dans un conflit qui ne nous concerne pas ?

C’est quelque chose dont j’ai pris conscience en lisant Faber & Mazlich ; au sein du groupe de parole animé par les auteurs, dans une même situation conflictuelles donnée, une partie des parents donnait raison à l’un des enfants, l’autre partie à l’autre… chacun étant influencé par sa propre relation avec ses frères et sœurs, ses blessures non guéries, ses failles, les rôles qu’ils attribuent dans leur propre famille selon l’âge ou le sexe etc…

> Aboutit à un gagnant et à un perdant… à un enfant qui a raison, l’autre qui à tort… un enfant que maman/papa aime, un qui se sent rejeté. Toute la famille a davantage intérêt à ce que les conflits se résolvent par une solution gagnant / gagnant !

> Les prive de l’expérience de la résolution de conflit et de la responsabilité de trouver eux-mêmes la solution ! D’autant plus que généralement, les enfants sont beaucoup plus créatifs que nous quand il s’agit de trouver des solutions satisfaisantes pour tout le monde, là où nous allons nous contenter de prendre à l’un pour donner à l’autre ou de confisquer l’objet du délit !

Concrètement, comment intervenir ?

1/ Stopper la violence, si besoin en séparant les protagonistes.

En cas de jeux de chahut, on peut intervenir verbalement si on a l’impression que ça dégénère : « On dirait que X ne s’amuse pas autant que vous, ce n’est plus un jeu si tout le monde n’est pas d’accord ! ».

2/ Donner un temps à chacun pour exprimer sa version et son ressenti, sans prendre parti. On peut utiliser des questions ouvertes, des reformulations….

3/ On peut rappeler les valeurs et les règles de la famille dans certaines situations… Par exemple, dans le cas des conflits de propriété, on peut rappeler que c’est celui a qui appartient l’objet qui a le choix de prêter ou non, ou que les objets qui sont sur telle étagère spécifique sont les objets de valeurs qui ne sont pas mis en commun (si vous avez mis en place cette règle), etc…

4/ Confier aux enfants la charge de trouver une solution qui soit satisfaisantes pour les deux parties et leur témoigner notre confiance.

5/ Quitter la pièce … et résister à l’envie de se mêler de la discussion et de l’élaboration parfois houleuse de solutions !

faber mazlich conflits frères soeurs

L’avantage d’une intervention qui ne vise seulement à accompagner sans décider / arbitrer / juger, c’est :

> que la recherche du « coupable » perd de son sens et les enfants ne s’enferment plus dans ce cercle ; petit à petit, ils apprennent à se centrer sur les solutions en cas de problème plutôt que s’accuser mutuellement, un grand pas vers la responsabilisation !

> que cela renforce la coopération dans la fratrie, la compréhension des besoins de l’autre, l’acceptation des différences, l’empathie… Du même coup, cela évite d’attiser les rivalités (« c’est toujours lui qui gagne, c’est le chouchou ! »)

> que ça libère énormément le parent !!!

 

6/ Et l’enfant préféré ?

Le sujet qui fâche.

« Mais non je n’ai pas de préféré, je vous aime tous pareil ! » (cf point 4.)

Comment peut-on aimer pareil des enfants pourtant parfois très différents ?

Autant, oui, mais différemment.

Parfois, on s’entend vraiment mieux avec l’un de ses enfants ; parce qu’il nous ressemble plus, parce qu’elle est facile, qu’avec lui tout roule, parce qu’elle correspond à l’image qu’on se faisait d’un enfant, parce qu’il fait toujours exactement ce qu’on attend de lui, parce qu’on se sent tellement fier de lui et qu’il flatte notre orgueil…

Parfois, on a vraiment du mal avec l’un de ses enfants : parce qu’il nous ressemble trop/pas assez, parce qu’elle nous rappelle quelqu’un qui nous a blessé, parce qu’il va toujours à contrecourant, parce qu’on a aucun point commun, parce qu’elle nous épuise et nous bouscule sans cesse, parce qu’on voulait un garçon, parce qu’il est différent …

Parfois c’est un peu moins net, ça va se dessiner dans certaines situations, à certaines périodes de la vie… Mais ça existe, souvent. Même quand on ne veut pas, même quand on lutte, même quand on voudrait que ce soit autrement.

Certains le revendiquent haut et fort, les enfants savent à quoi s’attendre, ils peuvent se blinder. Et ça fait du mal.

Certains essayent de le cacher, de compenser et les enfants sentent bien la distorsion. Et ça fait du mal.

Je crois que face à une préférence marquée, en tant que parent on doit d’abord la reconnaitre pour pouvoir la regarder en face. L’enfant n’est pas le problème, il a le droit d’être qui il est. C’est nous qui avons un problème avec lui. Qu’est ce qu’il nous renvoie, qu’est-ce qu’il bouscule en nous, qu’est ce que nous n’acceptons pas ?

Je crois que c’est le plus grand pas à faire en tant que parent ; donner le droit à nos enfants d’être qui ils sont, même quand cette personne est très différente de ce qu’on avait imaginé, souhaité, projeté, idéalisé. Accepter de mettre de côté notre idée de « ce qui est bon, ce qui est bien, ce qui doit être » pour l’adapter à qui on a en face de nous. Et valoriser ce singulier qui est face à nous !

C’est un peu la synthèse de tous les points précédent : c’est accepter de regarder chaque enfant d’un œil neuf et vierge plutôt que de l’analyser à la lumière de ses frères et sœurs. C’est ne pas l’enfermer dans un rôle ou une étiquette négative parce qu’on a confiance dans le fait qu’il peut toujours changer, évoluer, faire mieux, faire autrement, si on ne lui coupe pas les ailes en projetant sur lui l’ombre d’un autre. C’est l’accepter tout entier, dans ses émotions qui dérangent, qui débordent ou au contraire qui ne s’expriment pas autant qu’on le voudrait, accepter ce jardin secret intérieur qui nous reste inaccessible sans pour autant nous sentir rejeté. C’est faire confiance à cet enfant qui ne nous inspire pas confiance, c’est accepter la singularité de chacun de nos enfants, même quand cela veut dire qu’il est très différent de nous, très différent de son frère, de sa sœur, de la majorité, qu’il sort du cadre, de la norme, du normal. Et la valoriser ; pourquoi notre normalité à nous serait-elle plus positive que sa normalité à lui ? Accepter la singularité, même quand c’est synonyme de difficultés supplémentaires pour nous parents : parce que c’est fatiguant, ça questionne, ça remet en question, ça demande de s’adapter, d’être créatifs, d’être ouverts, patients, tolérants… là où c’est passé tout seul avec un autre enfant. Accepter qu’avec certains c’est plus difficile qu’avec d’autres, sans pour autant accuser cet enfant là…

 

En conclusion : y’a du boulot en perspective 😉

La prochaine fois, pour rester dans le thème, je vous proposerai quelques « outils » que j’ai glanés ça

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5 réflexions au sujet de « Pour des relations entre frères et sœurs harmonieuses… »

  1. Merci pour ce super résumé très complet. Je comptais lire ce lire quand on aura agrandi la famille, tu confirme mon choix. Après, c’est vrai que ça reprend quand même pas mal de chose que l’on voit déjà pour un enfant (accueil des émotions, étiquette) et j’aime beaucoup l’équité. D’une manière générale je trouve que l’on parle beaucoup trop d’égalité dans notre société mais on devrais plutôt parler d’équité, ça serait plus juste.
    En tout cas, ces rappel ne font jamais de mal. Encore merci 🙂

    Aimé par 1 personne

  2. Finalement ce que je retiens principalement de ce résumé complet, merci pour ce travail d’analyse et de synthèse, c’est qu’il faut absolument communiquer, parler, expliquer pour éviter toutes rivalités ou jalousies dans la fratrie. Car comment ne pas éviter la jalousie si l’on n’explique pas à l’un pourquoi on a donné plus à l’autre? C’est certainement à mon avis ce qu’il y a de plus difficile à gérer si on ne s’y prend pas suffisamment tôt.
    Merci encore.

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    1. Un petit hors sujet, quoique…
      Je viens de découvrir ce livre: « Ma maman a besoin de moi » de Mildred Pitts Walter. Très chouette. Un petit album qui permet de « dédramatiser » l’arrivée d’un second bébé dans la famille.

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  3. Je vous lis toujours avec plaisir et j’apprécie vos interrogations de maman qui rejoignent parfois les miennes. Je souhaitais juste vous livrer mes expériences qui ne valent que ce qu’elles valent. Maman de 3 enfants (une de 5 ans et des jumeaux de 11 mois). J’ai aussi crains cette perte d’amour pour l’aînée. Eh bien il n’en a rien été pour moi. L’arrivée des jumeaux à été très sereine et l’aînée à tout de suite compris sa place pour nous. Elle a beaucoup grandit depuis l’arrivée de ses frères. Il lui arrive parfois d’être en colère contre nous et de l’exprimer à travers ses frères. Mais nous veillons à lui dire qu’eux n’y sont pour rien et qu’elle a le droit d’être énervée contre nous. Elle l’a parfaitement saisi !
    Pour conclure je suis sûre que vos doutes sont connus et compris par vos enfants, même celui à venir, comme une preuve d’amour inconditionnel. Vous ne semblez pas enfermée dans vos certitudes et je suis assez convaincue que les enfants le sentent et ne l’interprétent pas comme une faiblesse ou autre. Mais bien comme l’amour que vous leur portez. Bonne fin de grossesse et au plaisir de vous lire !

    Aimé par 1 personne

  4. Merci pour cet article. Ce livre a l’air hyper intéressant. Et en effet les réflexes premiers sont parfois malheureux. On va corriger le tir! Et d’autres rappels nous feront du bien tout au long de notre vie de parent.

    Aimé par 1 personne

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