Accueillir bébé·Maternage & Parentalité positive

Devenir grande soeur pour de vrai

Cela faisait des mois que Mademoiselle Carrousel parlait de sa petite sœur à naître et qu’elle l’attendait avec impatience. Sa petite sœur est là, nous sommes passés de 3 à 4, je suis passée de maman à doublement maman, elle est passée de fille unique à fille ainée. Et cette reconfiguration familiale se fait dans une tempête d’émotions pour ma grande fille, encore si petite… Séquences choisies, prévoyez le pop corn… Et les boules Quies !

***

Scène n°1

« Mademoiselle Carrousel, viens [te laver les mains s’il te plait avant de toucher Bébé Fusée]*.

-Non, PAS ME LAVER LES MAINS. (ton catégorique, ferme, définitif, sans appel, bras croisés, sourcils froncés et tout et tout…)

-Tu préfères te les laver dans la baignoire ou au robinet sur ta tour ? (outil bienveillant n°1 : donner un choix fermé)

-Pas la baignoire, pas le robinet, RI’EN, je me lave PAS les mains. (Enfant malin qui propose une 3ème option).

-Tout le monde se lave les mains en arrivant de l’extérieur, pour se protéger des microbes et rester en bonne santé. Comme ça tu n’es pas malade et on protège Bébé Fusée aussi, c’est aussi ça être une grande sœur. (outil bienveillant n°2 : donner des informations pour responsabiliser)

-PAS.ME.LAVER.LES.MAINS !!!!!!!! (L’enfant trépigne et marque une pause à chaque mot pour bien marteler le message à Maman Poule, qui est visiblement débile)

–Allez, on y va ensemble, ça prend 10 secondes et ensuite on pourra jouer à la dinette (outil bienveillant n°3 : faire diversion, motiver)

-Non, mais aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaarghhhhhhh ! (hurlements de putois enragé à s’en péter les cordes vocales)

Mademoiselle Carrousel, tu as le choix : soit tu viens te laver les mains tranquillement toute seule dans la joie et la bonne humeur, soit c’est moi qui te les laves au gant de toilettes, je te force et je sais que tu n’aimes pas ça. (Maman Poule commence à perdre patience et à faire passer des menaces pour un choix).

AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAARRRRRRRRRRRRRRRGGGGGGGGGGHHHHHHHHHHH (barrissement d’éléphant en train de mourir en se jetant par terre)

Bon, très bien.

Maman Poule, soufflant fort par le nez pour essayer de retrouver son calme, part chercher un gant de toilette et lave les mains à sa fille contre son gré, laquelle se débat comme un diable, puis se roule par terre et crève le tympan de tous les habitants de l’immeuble, animaux inclus. Pour faire bonne mesure, et au cas où sa mère n’aurait pas bien compris le message, Mademoiselle Carrousel commence à vouloir la taper.

Là je ne suis vraiment pas d’accord, personne ne tape personne ici ! (outil bienveillant n°4 : ne pas accuser, ne pas rabaisser, ne pas pulvériser l’enfant, rappeler les règles). Si tu as besoin de taper, tu peux taper sur ce mur. (outil bienveillant n°5 : offrir une alternative).

NON pas le mur, je tape MAMAN !!!!!!!!! (enfant qui a clarifié ses intentions, au cas où le doute subsistait)

-J’ai compris, tu es très fâchée parce que je t’ai forcée, tu es très en colère. (Outil bienveillant n°6 : reconnaitre les émotions). Tu veux un petit verre d’eau pour calmer ton dragon ?

NON MAIS AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAARRRRRRGGGGGGHHHH !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Mademoiselle Carrousel court dans toute la pièce en hurlant et en frappant les murs puis se jette au sol. Maman Poule essaye de s’approcher pour proposer un câlin, mais elle se fait éclater le tympan et manque de se prendre une nouvelle claque. Maman Poule arrête le geste fermement et commence à voir rouge : « je ne te laisserai pas me faire mal, personne ne tape personne ici !!« . L’échange se reproduit 10 fois, Mademoiselle Carrousel devient de plus en plus hystérique et les gestes de Maman Poule deviennent de plus en plus fermes, sa main crispée trop fort sur le bras de sa fille. Dans cette maison, personne ne tape personne mais dans cette pièce, il y a maintenant deux personnes qui ont envie de se taper…

En désespoir de cause, Maman Poule veut quitter la pièce (« je ne me laisserai pas taper, je m’en vais!« ) et trouve encore un peu de ressource pour ajouter : « quand tu te sentiras mieux, je suis là pour un câlin« . Mademoiselle Carrousel, qui aura une extinction de voix le lendemain, redouble de hurlements en poursuivant sa mère et en s’accrochant à sa jambe pour la frapper. Maman Poule se retrouve comme une conne, car elle ne veut pas enfermer Mademoiselle Carrousel dans la pièce pour pouvoir partir mais elle est enfermée dans un échange stérile, elle se sent ridicule et dépassée et elle n’a plus ni outils bienveillants, ni patience, à sa disposition.

Heureusement, Papa Ours arrive sur ces entrefaites, patience et tympans intacts : « Oulalala mais c’est une ÉNORME colère avec un très très gros chagrin ça…« , Mademoiselle Carrousel se jette dans ses bras en pleurant à fendre le cœur et Maman Poule va se pendre dans un coin.

Fin de la scène.

*Peut être remplacé par : prendre ta douche / mettre tes chaussettes / enlever tes chaussures / te brosser les dents / partir pour la crèche ou toutes autres actions pas du goût de Mademoiselle Carrousel.

 

Scène n°2

Maman Poule est seule avec ses deux filles pour la journée et cela lui semble aussi insurmontable que de grimper l’Everest à mains nues et sans manteau. Mademoiselle Carrousel est en culotte, Maman Poule a Bébé Fusée en écharpe en train de lui vomir sur l’épaule et tente depuis 45 minutes de faire s’habiller son ainée, mais en vain. Ceci dit, 15 minutes plus tôt la culotte était sur sa tête, alors il semble que la situation progresse malgré tout. Bébé Fusée pleure, Maman Poule s’installe sur le canapé pour la faire téter, Mademoiselle Carrousel y voit une invitation à venir danser la salsa et faire des saltos arrière juste à côté.

« Mademoiselle Carrousel, c’est dangereux ce que tu fais, tu risques de te blesser« .

(Maman Poule a appris à ses dépends la veille que si elle disait « attention à Bébé Fusée avec tes pieds« , Mademoiselle Carrousel pouvait entendre : « Donne donc des coups de pieds à ta sœur c’est amusant!« , aussi elle prend garde à ses formulations pour ne pas réveiller la furie qui sommeille en elle actuellement).

Mademoiselle Carrousel ne se donne pas la peine de répondre ; elle est en train de faire le poirier contre le dossier en bavant sur la banquette.

«  Quand je donne la tétée, tu peux t’asseoir à côté de moi pour faire un câlin ou pour lire un livre! ». (Outil bienveillant n°103 : dire ce qui est permis plutôt que ce qui est interdit).

Maman Poule pisse dans un violon et Bébé Fusée risque d’être décapitée a tous instant. Apercevant la boîte de fournitures pour les loisirs créatifs rangée dans la table basse, Maman Poule propose a Mademoiselle Carrousel de mette son énergie au service d’une œuvre artistique. Avec un grand sourire aux lèvres, Mademoiselle Carrousel se jette sur la boite de petites gommettes en étoiles et entreprend de les balancer en pluie dans toute la pièce. Puis elle déchire minutieusement les pages de son livre de coloriage en regardant Maman Poule avec un large sourire, avant de lancer ses feutres en l’air comme des projectiles.

Maman Poule est au fond du bac (il y a des dizaines et des dizaines de putain d’étoiles partout, qui collent aux pieds quand on marche dessus, se foutent sous les meubles et te font glisser et te rétamer à coups sûrs) mais elle fait comme si elle n’avait rien vu, bien consciente que sa fille cherche à attirer son attention (outil bienveillant n°112 : renforcer les bons comportements, ignorer les mauvais s’ils ne sont pas graves).

« T’as vu maman j’ai fait un GROS bazar !« . Elle insiste, la bourrique.

« Ah bon? Ça ne m’intéresse pas, je préfère quand je te vois faire de beaux dessins avec les gommettes. (En vrai j’ai bien envie de t’étrangler mon enfant mais ce ne serait pas très constructif). Mais ça va être beaucoup de travail à nettoyer eet maman est déjà bien fatiguée, alors je compte sur ma grande fille pour m’aider à nettoyer ce joli GROS bazar…. »

Non je te t’aide pas, toi tu ranges. Sur ce, Mademoiselle Carrousel part dans sa chambre. « Maman l’est l’ou mon marchepied ? » – « Dans les toilettes !« .

Bon, Maman Poule a maitrisé la crise et a préservé l’intégrité physique de Bébé Fusée, ramasser 3526 gommettes ce n’est pas si grave, hein…

« Regarde Maman !« .  Mademoiselle Carrousel, juchée sur son marchepied, est en train de jeter par terre une par une les piles de linge franchement pliées et repassées posées sur la table de salle à manger. Maman Poule crie, Mademoiselle Carrousel rigole, Maman Poule hurle à 3 centimètres du visage de sa fille, Mademoiselle Carrousel pleure, Bébé Fusée pleure, Maman Poule pleure.

Fin de la scène.

 

 

Scène n°3 

Maman Poule a la tête dans le cul après une nuit fort merdique et elle tuerait père et mère pour prendre un petit déjeuner SEULE, dans le calme, à la terrasse d’un hôtel, de préférence sur une ile déserte très lointaine. Ce n’est pas a l’ordre du jour, puisque besoin Mademoiselle Carrousel est à côté d’elle en train de lécher le miel de sa tartine et que Bébé Fusée, allongée sur le canapé,f se met à pleurer.

Mademoiselle Carrousel est au taquet ; en 3 secondes elle a lâché sa tartine pour venir prendre la main de sa sœur.

« Maman la petite sœur elle pleure. Je crois elle veut téter !

Oui je sais, je vais lui donner.

Mais tout de suite maman !

Une minute je finis ma tartine… (Maman est au bout du rollmop à force d’être la vache à lait de la maison et, là tout de suite, elle a autant envie de donner une tétée que d’avoir une gastro.)

Bah sinon tu poses ta tartine, tu lui donnes la tétée et après tu la reprends ta tartine !! Les bébés peuvent pas attendre pour téter !

Maman Poule sourit, pose sa tartine et donne le sein à Bébé Fusée, en enveloppant Mademoiselle Carrousel de son bras libre.

 

Scene n°4

« Maman ze veux aller dehors« .

Maman Poule et Papa Ours sursautent. Ils étaient tous les deux profondément endormis. Normal, il est 3h du matin.

Mademoiselle Carrousel, c’est la nuit, tout le monde dort, recouche toi.

MAIS ZE VEUX ALLER DEHORS !!!! (L’enfant pense que si elle répète les choses suffisamment de fois et suffisamment fort, cela va se réaliser. Parfois, ça marche. Mais à 3h du matin un jour de pluie, aucune chance que cette demande là aboutisse…)

Chuuuuuut, tu vas réveiller Bébé Fusée !

Mais aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaargh ! (Petage de tympans, encore et toujours)

–  Mais bordel qui m’a foutu une gosse pareille c’est pas possible ! Achevez-là, achevez moi, n’importe, mais faites quelque chose !!!! (souffle très très fort) Bon, Viens dans mes bras, on va se câliner, le marchand de sable va repasser et demain on ira dehors faire de la balançoire…

Mais TOUT DE SUITE la balançoire !!!!! BALANÇOIRE BALANÇOIRE BALANÇOIRE BALANÇOIRE !!!!!!!! 5 minutes et c’est fini ! TOUT DE SUITE ! MAIS 5 MINUTES ! MAIS AAAAAAARRGHH !!!! 

Dans son énervement, Mademoiselle Carrousel bondit comme un cabri sur le lit, se ramasse sur un coin de table de nuit, hurle à la mort, réveille Bébé Fusée et toute la baraque. Maman Poule et Papa Ours, qui envisagent de la vendre sur Ebay, lui hurlent dessus de façon parfaitement pas bienveillante  (on en a marre de toi, c’est pas possible, ça ne va pas la tête et tout le tintouin…). Mademoiselle Carrousel sanglote puis s’écroule dans les bras de Maman Poule, les yeux pleins de larmes, la poitrine soulevée de sanglots et la tempe toute bleue. Culpabilité +++++++ et journée de merde en perspective.

Scène n°5

Maman Poule et Mademoiselle Carrousel sont cachées sous les draps.

« Maman on est bien dans notre cachette !

Oui et ce qui est super c’est que c’est notre cachette a toutes les 2, ici on est bien tranquilles, on entend pas Bébé Fusée pleurer… ici c’est interdit aux petits bébés qui pleurent, c’est la cabane de maman avec sa grande fille.

Mademoiselle Carrousel a un énorme sourire aux lèvres (alors comme ça maman critique le bébé??) et serre Maman Poule dans ses petits bras. Maman Poule a le cœur à la fois serré et gonflé d’amour pour la petite boule de nerfs et d’émotions qu’est sa fille.

« Oui ! Que maman et moi ! Mais quand Bébé Fusée elle grandit elle pourra venir quand même mais pas tout de suite parce qu’elle est petite et moi je suis grande et je sais faire pleins de choses! Allez maman, dit tout ce que je sais faire moi !  »

 

Scène n°6

Le soleil se couche. Lumière tamisée dans la chambre, diffusion d’huiles essentielles apaisantes. Maman Poule chuchote les histoires du soir à Mademoiselle Carrousel. Tout est fait pour favoriser l’endormissement.

« Pas Dodo, pas dodo, PAS DODO !!!!!!!! PIPI ! CACA ! Mais si ça sort ! ÇA SORT DANS LE LIT ! C’est papa qui me couche ! Encore un bisous à ma petite sœur ! Mais un seul et c’est fini ! C’est maman qui me couche ! PaS DODO ! Boire un petit coup ! Encore un livre ! Mais UN SEUL ! UN SEUL ET C’EST FINI ! Pas DODO ! Déjeuner déjeuner déjeuner ! Ze suis pas fatiguée !!!!

Roues arrières sur le lit, jetés de jambes sous draps, mouvements de tête saccadés.

Je vois que tu ne veux pas dormir j’ai compris… Allonge toi, on va juste discuter toutes les deux, tu ne dors pas si tu ne veux pas.

(Maman Poule a fini par comprendre, après 37 soirs à parlementer, négocier, raisonner, s’énerver et à sortir de la chambre en tempêtant, que la meilleure option était de lâcher)

Oui, juste discuter…. PAS DODO !

On discute, de la journée, de tout ce qu’elle a fait, de l’arrivée de la petite sœur, de ses pleurs. Que c’est difficile pour tout le monde, que Mademoiselle Carrousel a dit non non non, que Maman a crié et qu’elle est désolée, moi aussi ze suis désolée… On s’aime grand comme l’univers, comme deux univers, aussi haut que les arbres devant l’immeuble, on s’aime jusqu’au plafond, jusqu’à la lune, jusqu’aux étoiles..

Quand elle lâche prise, en 5 minutes Mademoiselle Carrousel s’endort, ses deux mains posées sur le visage de Maman Poule, son nez enfoui dans son cou, redevenue simplement un grand bébé vulnérable. Et Maman Poule s’endort à côté, soulagée par ce moment de tendresse dont elle a tant besoin, en espérant très fort que les preuves d’amour qu’elle donne sont plus fortes que ses moments de faiblesses, ses erreurs, ses cris et ses paroles qui blessent… En se promettant de faire mieux le lendemain.

 

***

C’est la tempête dans sa tête et dans son cœur. Elle aime sa sœur et elle est en colère qu’elle soit là. Elle est heureuse et elle est triste. Elle aime être grande et elle voudrait être petite. Elle adore s’occuper de sa petite sœur et elle n’aime pas qu’on doive autant s’occuper d’elle. Elle a besoin que Papa Ours et moi la rassurions mais elle nous repousse. Elle m’en veut mais elle ne le dit pas.

Elle est délicate, elle dit « fais bien attention à sa petite tête, tu peux la blesser« , elle dépose de doux baisers sur la joue de sa sœur, elle déteste quand elle pleure, elle veut toujours s’allonger près d’elle au lit, elle lui caresse le visage du bout des doigts et vlam elle lui tire sur le pied, lui mord la main ou lui serre la tête à l’étouffer. « J’ai fait mal à la petite soeur » dit-elle, avec un petit sourire. Puis elle est désolée, elle a pas fait exprès, elle a eu mal et elle a pleuré la petite soeur dit-elle toute chamboulée… mais oui ze le ferais encore !

Elle met le liniment sur le coton, me découpe les inserts jetables, me passe les langes et les culottes, va chercher un bavoir quand Bébé Fusée me vomit dessus, lui dépose délicatement une couverture sur les pieds quand elle dort, court sur le chemin de la crèche si elle pleure (« Pleure pas petite sœur, on se dépêche de rentrer pour que tu vas téter !« ), elle comprend que maman ne peut pas tout faire quand Bébé Fusée est dans ses bras ou en écharpe, mais soudain il faut poser le bébé TOUT DE SUITE pour la porter, lui mettre son pantalon ou la bercer dans les bras et ça ne peut pas attendre.

Elle sait raisonner, analyser, déduire, elle a une mémoire d’éléphant, elle compte dans son vocabulaire des mots comme « déambulateur », « stéthoscope » et « auriculaire », « je t’accompagne! », « mamie m’a proposé… » et « non, je coopère pas » mais en ce moment ce sont les cris, les hurlements et les pleurs sortent en premier pour s’exprimer, puisque c’est bien comme ça que sa petite sœur obtient l’attention.

Elle est très fière de Bébé Fusée, elle en parle à tout le monde, elle rayonne quand les enfants de la crèche s’intéressent à elle (« allez fais un bisous à ma sœur!« ), elle l’enlace en lui disant « ze t’aime petite sœur!« , elle pousse fièrement et TOUTE SEULE la poussette, elle demande sans cesse à la porter dans ses bras, elle me demande « allez dis à petite soeur que sa grande sœur fait ceci / fait cela« , mais elle se ferme comme une huitre quand on lui demande si elle est contente d’être grande sœur.

Elle veut faire toute seule, c’est ELLE qui appuie sur l’ascenseur, qui met ses chaussures, qui va chercher ses vêtements propres dans sa commode, qui se lave, qui se sèche, c’est elle qui décide, c’est elle qui choisit, c’est elle qui est GRANDE et elle n’a besoin de personne. Va t’en maman, laisse moi tranquille… Maman reste à côté de moi.

Elle veut Papa. Elle veut papa pour lui essuyer les fesses, elle veut papa pour jouer, papa pour le bain, papa pour lire une histoire. PAS TOI MAMAN !!!!!!! Elle fait un sitting dans le couloir jusqu’à ce qu’il rentre du boulot. Si Papa sort, elle DOIT aller avec lui à tous prix et si elle doit rester avec moi, on dirait qu’elle a été abandonnée à la DDASS. Elle veut papa pour se coucher, qu’elle dit. Alors que cela fait deux ans et demi qu’elle ne voulait que moi… Mais, dans le noir et allongée contre papa… appelle maman, c’est maman qui me couche. Elle hurle à s’en faire vomir quand je la dépose à la crèche. Maman ne part pas, reste avec moi.


C’est la tempête dans sa tête, c’est la tempête dans notre foyer, c’est la tempête dans mon cœur.

Parce que je n’ai pas la patience que je voudrais et devrais avoir pour réagir comme il le faudrait. Parce que je sais ce qui se joue pour elle, je sais qu’on vit un tournant dans notre vie familiale qu’il faudrait négocier en douceur et pourtant je me braque. Parce que, de nouveau, je sais ce qu’il faudrait que je fasse et je fais tout le contraire. Au point, amère constatation, de redouter les moments où je suis seule avec mes deux filles, tant je me sens vulnérable et sur le qui-vive dans ces moments là.

Parce que je me sens dépassée par les réactions de ma fille, non pas parce que je ne les comprends pas, j’ai toute la théorie qu’il me faut pour savoir que son comportement difficile a ses raisons, mais parce que je me sens jugée par le regard extérieur, alors que je devrais tellement m’en foutre. Parce que réagir avec bienveillance, ça ne « marche » pas au sens où les autres l’entendent et que parfois supporter un regard condescendant ou inquiet c’est juste la goutte de trop. Parce que j’ai l’impression de passer pour une quiche aux yeux de tous et en prime d’aller nulle part avec celle qui compte le plus.

Parce que j’ai l’impression parfois d’avoir perdu ma fille, dans le sens où elle a tellement changé en peu de temps, moi aussi et notre relation avec. J’ose croire que c’est provisoire, que c’est seulement un état transitoire de notre relation (comme c’est un état transitoire de mon corps…), qui explose pour mieux se reconstruire autrement, d’une façon tout aussi belle et encore plus riche. Mais moi je n’aime pas le changement, je n’aime pas perdre mes repères, je me sens perdue sans cette relation fusionnelle avec elle. La voir s’éloigner un peu, c’est sûrement très sain et naturel et je suis heureuse qu’elle ait son père comme allié dans cette aventure, sauf que je le vis comme un rejet de moi, comme si j’avais fait quelque chose de mal et que ça en était la conséquence.  Et on a beau être un de plus dans cette maison, sans ma fille telle qu’elle était, je me sens seule.

Parce que j’ai franchi trop de lignes ces derniers mois, que ça devient à chaque fois plus facile de les franchir et c’est ce qui m’angoisse le plus. Parce que quand on s’autorise une fois à crier, après on crie plus souvent. Puis on hurle. Puis on attrape le bras pour arrêter un geste et on serre un peu trop fort. On la regarde avec un regard dur et plein de colère, qu’est ce que je cherche à faire exactement là ? Je lutte pour ne pas la secouer, ne pas lui mettre une fessée, ne pas la repousser ou l’isoler dans un coin. Je dis des phrases qui ne sont pas moi, qui sortent de nulle part ou plutôt je sais très bien d’où elles sortent sauf que je m’étais jurée de ne pas les dire. Je m’entend dire et faire des choses avec l’impression d’être une étrangère qui assiste à la scène. Sauf que c’est pas une scène, c’est moi. Mais putain pourquoi je dis ça…  Je reste calme, j’essaye différentes astuces bienveillantes, j’essaye de ressentir les choses comme elle peut les ressentir, de me mettre à sa place d’enfant, je m’accroche à l’amour que j’ai pour elle et d’un coup tout se fissure et j’éclate en toute incohérence. Une mère inconsistante. Qu’est ce qu’elle va retirer de mon éducation ? Parfois je me le demande sincèrement. Car au cours de cette 3ème année de vie où les choses se sont bien corsées en terme d’éducation, il y a eu pas mal de sorties de route et d’entorses à mes principes, au point que je me demande si on peut toujours dire que j’élève ma fille dans la bienveillance. Je souhaite de tout mon cœur le faire, j’essaye chaque jour, j’y parviens en partie, mais régulièrement je dévie, je dérape, j’échoue. Alors oui, je demande pardon, je mets des mots, j’aurais pas du, tu as du avoir peur, j’étais en colère… Mais parfois je préférais que ma fille m’en veuille et m’en tienne rigueur, pour m’obliger à faire davantage d’efforts, à être moins complaisante envers moi-même, à moins franchir ces foutues lignes. Oui, c’est vrai que je suis fatiguée, que je suis hormonalement chamboulée, on est tous humains, on se traine notre éducation comme un boulet plus ou moins lourd, on fait du mieux qu’on peut avec les cartes qu’on a… tout cela, c’est vrai. Il n’empêche que ça ne change pas les faits, ça n’efface pas la peur qu’elle ressent quand j’éclate, il n’empêche qu’elle apprend à chaque fois des leçons que je ne voulais pas lui donner.  Il n’empêche que j’en veux à ma fille de 2 ans et demi de ne pas se maitriser alors que j’en suis incapable moi-même. Et Papa Ours idem…  Parfois, l’un prend le relais de l’autre et rattrape un peu les pots cassés. Parfois, on se rejoint l’un et l’autre dans notre médiocrité. On a une si faible capacité à gérer nos émotions, tous les deux, que je me demande si on réussira vraiment un jour à faire mieux et à apprendre de nos erreurs.

Quoi qu’il en soit, on essayera bien-sûr, on continuera sur cette voie parce que c’est la seule à nos yeux qui mérite d’être empruntée, même si on a parfois du mal à distinguer le chemin avec toutes les broussailles, le brouillard et le manque de signalisation…

 

Mademoiselle Carrousel est devenue grande soeur, il s’en passe dans sa tête… et dans la mienne encore plus, comme d’habitude ! Comme souvent, ses réactions et son comportements me poussent à l’introspection et en ce moment je n’aime pas trop ce que je vois. Mais j’ai bien conscience qu’on vit une grande période de changements et que, comme pour beaucoup de choses avec les enfants, le temps fera son oeuvre. J’espère simplement que cela ne laissera pas de traces trop moches….

Et maintenant que vous savez un peu plus comment est Bébé Fusée et comment Mademoiselle Carrousel a réagi à son arrivée, il ne me reste plus qu’à vous parler de la façon dont je vis cette deuxième maternité ! Promis, ce sera un prochain article moins amer puisque, spoiler alert, je me sens tellement plus sereine avec Bébé Fusée qu’avec Bébé Carrousel à l’époque 🙂

 

 

 

 

 

 

 

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64 réflexions au sujet de « Devenir grande soeur pour de vrai »

  1. Mon deuxième bébé est ne il y a 19 jours. Aujourd’hui c’est la date de mon terme. Mon grand bébé de 2 ans et 3 mois vit ce grand chamboulement avec beaucoup de similitude que melle Caroussel. Et nous on dérape bien trop souvent à notre goût. C’est tellement dur… je l’aime tellement et pourtant j’ai utilisé une main qui serre trop fort, ce regard plein de colère qui lui fait si peur… merci pour cet article que je relis et qui me donne espoir vu ou vous en êtes aujourd’hui… J’espère que les traces ne seront pas trop moches

    Aimé par 1 personne

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