VDM (Vie de Mum)

Un demi kilomètre à l’heure

De la crèche à notre appartement, il y a exactement 260m, selon notre ami Google Map.

Sachant qu’en moyenne, un adulte marche à 6km/heure, ce trajet devrait prendre 2 minutes 30.

Si on considère que cet adulte est parent, qu’il pousse une poussette, qu’il porte sur son épaule un sac et un sac de crèche, disons 5,5 km/heure soit 3 minutes.

Si on considère que cet adulte est une mère, que le sac à main pèse le poids d’un âne mort, qu’elle marche avec des talons de 5 centimètres, pousse la poussette d’une main et envoie un texto de l’autre, disons 4,5 km/heure, soit 3 minutes 30.

Alors POURQUOI est-ce que, bébé Carrousel et moi, on met en moyenne 40 minutes ?!

 

Parce quand Bébé Carrousel passe la porte de la crèche et voit sa poussette dans le local, elle secoue la tête comme son tonton qui pogote en plein concert de death metal : NON NON NON NON NON NON NON NON. Donc maman pousse une poussette vide pendant que sa fille marche à côté. 4 minutes supplémentaires.

Parce que quand bébé Carrousel voit des déchets par terre, elle dit « Non ! » l’air révolté, les ramasse et cherche une poubelle pour les jeter. C’est fou, je n’avais jamais remarqué à quel point c’est sale, par chez moi… et à quel point les poubelles sont éloignées les unes des autres. Un bon point pour la conscience écologique de bébé Carrousel, et 10 minutes dans la vue pour notre temps de trajet.

Parce que bébé Carrousel a une passion des marrons et s’émerveille chaque fois qu’elle en découvre un par terre, même si c’est le 23ème de trajet. « Ronron ronron » qu’elle me dit, t’as vu maman c’est trop beau hein ? qu’elle semble dire. Alors la poussette se rempli peu à peu de ronrons. Et de cailloux. Et de feuilles. Des jaunes, des vertes, des bouffées, des mortes, des rabougris, des sales.  +4 minutes au compteur.

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Parce que, en revanche, bébé Carrousel à bien intégré que la coque des marrons, ça pique.  Alors chaque fois qu’elle en voit une (tous les 30 cm), elle pense utile de me le rappeler : « Maman !!!!! » (=Hé, regarde par là maman!),  « hu hu hu hu ! » en montrant le sol (=vois-tu cette coque de marron par terre ?), « Non ! » + petit doigt qui s’agite (=et bien, il ne faut pas la toucher), « aie » + doigt en l’air (=sous peine de se piquer les doigts). Merci, bébé Carrousel, ça nous fera 2 minutes supplémentaires.

Parce que bébé Carrousel aime bien ses petites habitudes : tripoter sur les pavés sous l’immeuble en face de la crèche, passer par le parc même si ça rallonge le trajet, s’asseoir 30 secondes sur le marbre de cette statue chelou qui trône à l’entrée (et demander à maman de venir, elle aussi, présenter ses respects à la statut en marchant à son tour sur le marbre, allez comprendre pourquoi), faire quelques pas dans l’herbe (PELOUSE INTERDITE), saluer le mec qui fait de la guitare torse nu à la sortie du parc (et, quand il est n’est pas là, danser toute seule devant l’endroit où il devrait se trouver en disant « nan nan », genre « et non il est pas là aujourd’hui »), marcher systématiquement sur chaque plaque d’égout qu’elle croise dans son champs de vision, rentrer dans l’allée toujours ouverte de cet immeuble de notre avenue et aller toucher la porte d’entrée vitrée, tapoter sur toutes les boites aux lettre de notre hall, appuyer elle-même sur le bouton de l’ascenseur même si c’est vachement haut.  Où comment rallonger le trajet de 5 minutes.

 

Parce que bébé Carrousel aime d’amour le sol. A la maison, elle s’allonge par terre n’importe où, se retourne dans tous les sens, caresse la moquette, se roule sur les tapis. Et que parfois, elle a aussi envie de se rouler sur le bitume et de sentir la douce chaleur du macadam dans son dos. Ca lui prend d’un coup, elle ne résiste pas à ce sol tout crado. Et elle n’a que faire des regards perplexes des passants et de sa mère qui tente de prendre un air détaché comme s’il était parfaitement normal qu’une enfant de 20 mois soit étalée sur le trottoir avec un sourire béat en pleine avenue passante. Ceci dit, maman perd son air détaché quand ça se produit en plein passage piéton. Et bim, 3 minutes !

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Parce que quand il pleut, c’est tellement amusant de sauter dans les flaques. Même si, aujourd’hui, maman n’a pas pensé à mettre les bottes de pluie mais les nouvelles chaussures souples Pediped qui coûtent un bras (#gameover). Et puis, c’est bien aussi de toucher avec ses mains, pour voir ce que ça fait, ce mélange de boue et de pluie. Et puis, après c’est bien d’appeler maman en lui montrant nos mains froides et mouillées d’un air dégouté. Et puis, après c’est cool de s’essuyer toute seule avec un mouchoir. Et de chercher une poubelle pour le jeter. Et toutes ces expériences, c’est 5 minutes supplémentaires sur le trajet.

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Parce que, soudain, bébé Carrousel pense à son papa et répète en boucle « dada, dada, dada ? ». Mais dada n’est pas là, dada est au travail, dada est dans les bouchons, dada ne peut pas souvent venir à la crèche. Soudain, bébé Carrousel voudrait bien un petit calinou-bisous de maman. Et que maman en profite bien. Et 3 minutes de tendresse au milieu du chemin.

 

Parce qu’il y a tellement de choses à montrer à Maman, qui ne fait attention à rien avec ses œillères de grande personne ! Tant de voitures, de camions, de bus, de moto, de scooter, de vélo, regarde celle-là, celui-là, écoute, t’as entendu, wahou le bruit, t’as vu ?!!!!  « Ouh-ouh-ouh-ouh-ouh-ouh-ouh-ouh-ouh » répète Bébé Carrousel en boucle, en se figeant sur place, dès qu’un chien entre dans sa ligne de mire. « Bah ? » s’interroge bébé Carrousel devant ce bébé qui pleure ou cet enfant qui se fait gronder. Et les feuilles qui bougent dans les arbres et qui tombent, tu les vois ? « Viiiiiiiijjj » fait bébé Carrousel, imitant le bruit de la feuille qui tombe (??!) et faisant  retomber ses bras le long de son corps. « OUUUUUUGE » hurle bébé Carrousel pour me signaler que le feu des piétons est rouge et qu’il faut patienter. « VITE ! » hurle bébé Carrousel quand il passe au vert pour me signaler qu’il faut se bouger. « ‘TEN !! » hurle bébé Carrousel pour me signaler qu’elle voudrait bien revoir un coup, ou deux ou trois, le changement de couleur. Et le cargot, avec sa maison sur son dos, tu l’as vu ? « cargot, cargot maman !» et maman chante en boucle la chanson du petit escargot et de sa maisonnette. « Oh ! » fait-elle, déconcertée et en larmes quand ce monsieur enlève la barrière qui délimitait une zone de travaux depuis plusieurs semaines…  Et voilà, les 5 minutes qui nous manquaient, pour parcourir ces 260 mètres en  40 minutes.

 

Je croise des gens qui nous sourient, qui lui sourient. Je croise des gens qui nous dépassent sans nous regarder. Je crois des gens qui nous observent. Je croise des gens qui ne nous voient pas. Je croise des gens qui me souhaitent bon courage d’un air amusé. Je croise des gens pressés. Je croise des gens indifférents. Je croise des gens choqués. J’ai même croisé une dame qui m’a dit, un jour où j’attendais que bébé Carrousel ait fini de s’amuser sur 3 marches à côté du parc, qu’il fallait que je lui mette des limites (et j’ai eu envie d’être malpolie) !

 

Moi je dis, merci bébé Carrousel.

Merci bébé Carrousel pour ces 40 minutes que d’aucun diraient perdues et qu’il m’arrive aussi, dans mes mauvais jours, de voir comme telle. C’est en réalité 40 minutes de leçon de vie !

Merci de me rappeler que l’important n’est pas la destination mais le chemin, contrairement à ce que l’on dit. Quand on y pense, la destination, c’est le futur tandis le chemin c’est le présent. Et la vie passe pendant que l’on ne pense qu’au futur, à l’après, au but à atteindre, puis au prochain but à atteindre. Alors merci de me ramener dans le présent.

Merci de me forcer à ralentir, à se sentir, à regarder, à respirer, à observer, à toucher. Merci de n’être jamais blasée, de me rappeler que chaque jour des merveilles s’accomplissent dans la nature sans que l’on y pense. On pense tout savoir, on pense que les enfants ne savent rien, qu’on doit tout leur apprendre. En vérité, c’est eux qui sont au plus près de la réalité, de la vie, qui ont les connaissances les plus intuitives et les plus authentiques.

Merci de me forcer à remettre à leur juste place ces choses non essentielles qui pourtant occupent tellement de place ; l’état de l’appartement, la taille de ma corbeille à linge, les supports de réunion à boucler, l’heure qu’il est… Les enfants, si on les écoute, nous aident à redonner leur juste place à ces contraintes et à dégager du temps pour le bonheur, l’émerveillement, le partage…  Pour la vie, quoi !

Merci de m’inviter dans ton monde, d’avoir toujours le temps de partager avec moi tes trouvailles et de me montrer en permanence la joie que tu as à être avec moi. Comme je le disais ici, les enfants nous montrent chaque jour au travers de petits gestes l’importance que nous avons pour eux, ils nous invitent à partager ce qui compte pour eux et ils ont toujours une place pour nous… A nous de prendre le temps d’en faire autant 🙂

 

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12 réflexions au sujet de « Un demi kilomètre à l’heure »

  1. ah ah c’est tellement vrai !! nous on rentre en voiture, c’est moins poétique…mais il m’est arrivé de mettre 40 min pour sortir de la crèche 😉
    merci pr la poésie du matin ! bonne semaine

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  2. En train de tenter de rendormir mon bébé en faisant des squats dans la cuusine à 4h du matin (je suis au Canada ) je me disais justement que j’attendais ton nouveau post 😉
    Entre temps il s’est enfin rendormi (sur moi ) et je lis les articles que j’ai en retard et notamment ceux sur le sommeil !! Merci de ton blog !!

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  3. Merci pour cet article! Je tâcherai d’y penser ce soir et tous les autres jours en rentrant de l’école… même s’il pleut, même si bébékoala pleure dans la poussette ou se tortille dans l’écharpe pendant que ma grande de 3 ans collectionne les tickets de parking (bah oui, c’est gratuit pour 15 minutes, je me dis souvent qu’elle doit faire exploser les statistiques de la mairie sur le nombre de voitures garées dans cette rue!), même s’il y a encore le repas à préparer, le bain à donner… et juste l’envie de m’asseoir quoi!
    Tu as mille fois raisons, de mon côté, j’avoue ne pas toujours trouver la patience… Et pourtant, c’est bien ce chemin-là qui compte vraiment…

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    1. J’avoue que je n’ai pas (encore) un autre bébé à gérer en parallèle des découvertes de bébé Carrousel et ca complique la tâche. Si effectivement ton bébé pleure, c’est aussi un apprentissage pour l’aîné d’apprendre à prendre en compte les besoins du bébé… Mais chaque fois que c’est possible, je pense que c aussi bénéfique pour bébé koala de profiter de ces moments d’observation au gré des exploration de l’aîné ! Quoi qu’il en soit dans l’histoire c’est à nous de nous adapter et faut trouver la patience ce n’est pas tjrs facile 😉 mais je trouve que ça devient moins difficile quand on prend du recul et qu’on replace les choses à leur juste place comme j’ai essayé de le faire dans cet article. Merci pour le partage d’expérience en tous cas :£

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  4. Très joli article, comme toujours ! J’espère trouver les ressources (et le laché prise / oui y a les courses, le linge sale, le diner à faire ce soir …. ) nécessaires, quand mon petit bout commencera à marcher… En attendant, on s’émerveille quelques minutes matin et soir avec les feuilles des arbres qui bougent, sur le parking de la crèche…

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  5. J’adore, mon P’tit Loup a 19 mis tout juste (à peu de chose près le même âge que ton Bébé Carrousel il me semble !), et c’est tout à fait ça ! Je me reconnais dans l’élan de vie côté bébé, et parfois l’impatience côté maman, puis la reconnaissance en se disant que c’est bien eux qui ont raison de profiter de chaque instant. 😉 Ta conclusion est magnifique ! ❤ Bébé Caroussel a de la chance d'avoir une maman qui prend le temps de lui laisser faire ses découvertes ! (J'ai hier encore croisé au bois une mamie qui menaçait son petit fils de le laisser tout seul dans les bois s'il ne venait pas immédiatement…)

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  6. Merci pour cet article !!! Ma fille n’a que 7 mois et pour l’instant on dépasse les mamans comme vous qui ont leur trajet allongé, mais je les regarde en souriant et me dis que ce sera bientôt mon tour 🙂 et j’adore vos petites leçons en fin d’articles car effectivement c’est bien tout cela le plus important !!

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  7. Merci pour ces articles! Vous ire me fait du bien, fait du bien à la mère, à la femme que je suis, qui a pris conscience de ses conditionnements éducatifs qui ont tendance à se reproduire de générations en générations et qui depuis la reprise de ses études en psycho et sophrologie (et notamment en éducation bienveillante) dévore des bouquins. Enfin là je vois une mum’férue d’éducation bienveillante qui ose pousser des coups de gueule contre tous les jugments de celles et ceux qui ne peuvent remettrent en question leur système éducatiif, qu’ils ont reçu et qu’ils s’évertuent à transmettre au-delà des souffrances occasionnées.
    Merci merci merci!

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