Etre mère... et tout le reste !

Échec

Il y a des jours, ou des nuits comme celle-ci, où ma séparationa un goût d’échec plus amer que d’autres.

Le goût d’échec d’une vie.

 

C’est quand je me couche dans mon grand lit vide et que je payerai cher pour avoir à me contorsionner entre leur deux petits corps tout chauds. Mais elles ne sont pas là et j’ai 180 absurdes centimètres de cododo pour moi toute seule.

C’est quand il n’y a que le silence dans la maison, un silence qui fait du bien une heure ou deux ou cinq minutes, et que j’aimerais les entendre avoir besoin de moi. Je me demande comment je peux avoir tant de choses à faire, tant d’idées en tête et me sentir si inutile. Je sais comment remplir l’espace et le temps mais pas le vide dans mon coeur quand elles n’ont pas besoin de moi.

C’est quand je ne trouve pas toujours ma place dans notre nouvelle vie. Quand je suis avec mon téléphone et que j’hésite à appuyer sur le bouton. J’aimerais les entendre, je ne veux pas les interrompre si elles s’amusent, j’aimerais partager un bout de leur journée, je veux les laisser profiter de leur temps avec leur papa, je ne veux pas risquer de sentir une distance entre elles et moi,  j’aimerais qu’elles sachent que je pense à elles et qu’elles sont aimées à distance, je ne veux pas qu’elles s’inquiètent pour moi, je ne veux pas qu’elles soient tristes parce que je leur manque, est-ce que je leur manque un peu quand même ? L’ambivalence maternelle s’est étoffée et prend des allures de la schizophrénie.

C’est quand elles m’appellent « papa » après quelques jours sans moi et que les moments que j’ai manqués prennent corps dans leurs mots. Je pense à comment leurs émotions ont été accueillies, comment leurs peurs ont été entendues, comment leurs bobos ont été consolés, comment on a répondu à leurs questions, comment leurs joies ont été partagées, comment leurs querelles ont été accompagnées.

C’est quand je pense à tous les moments qu’il me reste à rater.

C’est quand je fais des schémas où elles passent la moitié de leur temps loin de moi alors que j’ai fait corps avec elles pendant presque 5 années : mon ventre pour les faire grandir, mes mains pour les accueillir au monde, mon sein pour les nourrir, mon dos pour les porter et leur faire découvrir le monde, mes bras pour les faire dormir. J’ai confiance en elles, j’ai confiance en lui aussi. Mais je n’ai pas confiance en moi pour encaisser la déconnexion brutale de nos corps. Elles me manquent dans ma chaire, là où leur corps a laissé tellement d’empreintes. Est-ce qu’elles se sentent abandonnées elles aussi, d’une façon ou d’une autre ? Faites qu’elles ne se sentent pas abandonnées.

C’est quand j’ai peur pour elles à en perdre ma rationalité. Quand j’imagine leurs cicatrices et j’ai la gorge tellement serrée que je n’arrive plus à respirer.

C’est quand il n’y a que des portes qui se ferment, des rêves à ranger dans un carton, des espoirs à remettre entre les mains d’un (in)certain plus tard.

C’est quand j’ai 30 ans dans 7 jours et que j’aimerais en avoir 3 pour me blottir dans les bras de ma maman, qu’elle me dise que ça va aller et qu’on me laisse recommencer depuis le début.

Ça ira mieux demain…

 

 

23 réflexions au sujet de « Échec »

  1. Wouaw… C’est déchirant, réel, tellement touchant.. Je n’écris jamais de commentaires mais là je me lance. Je suis dans le même cas ou presque, 2 enfants qui seront bientôt entre 2 maisons avec toutes les craintes que tu vis et décris parfaitement… Mais depuis le temps que je te lis et que tu précèdes mes aventures de vie de qques mois je sais et sent que tu es une maman formidable. Elles ont une chance exceptionnelle d’avoir cette super maman et des parents assez intelligents et bienveillants pour que tout se passe au mieux pour elles. Oui c’est difficile, déchirant, douloureux et il ne faut pas le nier il faut vivre tes émotions à 100% puis les laisser s’estomper mais oui crois moi demain ça ira mieux, tu as les ressources, elles les ont aussi et sauront s’adapter superbement et trouveront toujours l’amour dont elles ont besoin auprès de toi ou de leur papa. Les moments difficiles pour elles doivent aussi exister pour leurs propres expériences, leur apprentissage et elles sauront en tirer une grande force j’en suis sûre ! Je t’envoie tout mon soutien et mon amour.
    Merci pour tous tes partages ils m’aident tellement et sont un vrai soutien pour toutes les mamans qui sont confrontées aux mêmes expériences ❤️.

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    1. Merci Mélodie pour ton retour, oui je commence enfin à intégrer pour de vrai en quoi les moments difficiles ont leur place dans toute existence en tant qu’expérience qui fait grandir. J’ai un peu trop eu l’illusion que je pourrais leur proposer une vie sans peine et qu’elles partent dans la vie sans aucune blessure.

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  2. oh comme je te comprends, la séparation, etre loin de ma petite, ça était tellement dure!!!
    2 ans aprés, elle va bien, elle m’aime. Mais quand elle me parle de la copine de son papa, mon coeur se serre. Est-ce qu’elle l’aime plus que moi? Est-ce qu’elle l’a préfère? des questions d’adultes qu’un enfant ne se pose simplement pas. Parce que meme si j’ai le coeur brisé dans ses moments là, je veux simplement qu’elle soit heureuse et qu’elle ne se sente pas abandonnée, ni d’un coté, ni de l’autre.

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  3. Je lis tes mots et je me fais avoir à chaque fois… ta détresse m’envahit et la tristesse me gagne moi aussi. Moi qui n’aie même pas d’enfants! 🙂
    Il faut laisser le temps au temps, comme dirait un vieux monsieur qui travailla jadis avec toi…

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  4. Bonjour
    Lorsque je lis ton parcours , je me dis que l’écart que ns avons choisi pr nos deux enfants ns permettra sans doute de survivre .( le deuxième n’est pas encore conçu, soucis de procréation, nous commençons une fiv à la rentrée et ils auront minimum 5 ans d’écart de ce fait .
    Je pense que tu n’as pas eu le choix ni l’envie mais moi après une dépression à ses 6 mois,(je n’arrivais pas à faire le deuil de mon ancienne vie, et pourtant bebe désiré +++ 18 mois de PMA) j’ai décidé de prendre toute l’aide qui était la bienvenue . C’est à dire qu’on s’est autorisé sorties ponctuelles en amoureux , le mettre à la crèche sur un RTT…. et j’en passe jusqu’à même un voyage en amoureux au bout du monde . Nous sommes aussi des parents favorisant l’éducation positive, la bienveillance, et bien je peux te garantir que notre petit garçon est bordé d’amour, doux, affectueux, curieux … et que nous avons rempli son réservoir affectif à 100 %. Ne devrais tu pas t’interroger pourquoi as tu besoin de materner à ce point ? Pourquoi n’arrives tu pas à déléguer , à les laisser ?( Tout en prenant conscience que cela ne causera pas forcément de séquelles pour leur construction ).il y a un travail sur soi peut être à réaliser. Maintenant la séparation avec elles va être d’autant plus violente …. je ne suis pas dans le jugement (par écrit c’est pas facile) j’essaie juste de comprendre car je viens de lire un article de toi de 2018 ou tu tirais déjà la sonnette d’alarme… et dans tous tes articles on sent que vous vous sentiez dépassés
    Plein de courage pour la suite

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    1. Merci pour ton commentaire, j’entends et comprends ton point de vue. Je pense en effet que j’ai encore du travail sur moi à faire 🙂 Et je ferai un post avec davantage de recul, car j’ai aussi des moments où je suis capable d’analyser positivement cette séparation et le fait d’avoir des moments sans mes filles.
      Cependant je précise que materner mes filles n’a pas été un besoin viscéral, au départ il s’agissait de choix presque intellectuels car c’est ce qu’il me semblait juste et bon pour elles, et ça m’a demandé une part d’effort, de lâcher prise, de dépasser des choses en moi et de repousser mes limites. Toujours est-il qu’aujourd’hui ces années de maternage font partie de moi, on a tissé ce lien entre nos cœurs, nos esprits et nos corps et il y a des moments où se séparer est comme une bouffée d’air pour moi, et d’autres où ça me laisse sans aucun repère. Enfin, si papa Ours et moi avons fait peu de choses à 2 pendant ces années, ce n’est pas seulement à cause des enfants : je pense que ni lui ni moi ne trouvions de quoi remplir notre réservoir dans des moments à 2, puisque ni lui ni moi n’étions en demande de cela et que nous en partagions déjà peu avant. Mais ça ça appartient plutôt à mon histoire de couple donc je m’arrête là 🙂

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  5. Bonjour !
    Je n’ai jamais écris mais lis regulierement tes jolis textes.
    Ce que tu vis est une étape déchirante dans une vie de mère… Ma fille avait 14 mois, elle en a 5 et demi aujourd’hui.
    C’est assez triste à dire (mais aussi salvateur pour notre santé mentale), on s’habitue à l’absence et on a plus le souffle coupé pour autant de choses qu’au début, où tout est souffrance. La chambre vide, le départ chez le papa, les rentrées d’école sans nous le matin…

    Ce qui m’est le plus difficile encore c’est d’accepter cette notion de « rater »/ »louper » la moitié de sa vie et le fait que ce soit irréversible. Certaines blessures guérissent mieux que d’autres…
    Une chose est certaine comme je lui dis de temps en temps quand elle pose la question: la vie heureuse que l’on mène aujourd’hui ensemble l’est grâce à ce choix que l’on a fait de se séparer.
    Et ça je le penses à 100%. Je ne sais pas si c’est ton cas mais en tout cas cela m’a beaucoup aidé pour prendre cette situation comme la « moins pire » qui puisse être puis la meilleure quand on considère qu’on ne peut définitivement pas retourner à l’âge de 3 ans pour recommencer du début…
    J’ai relu aussi les accords tolteques si ça peut t’aider…. Tout ce que tu as fait, tu l’a fait du mieux que tu pouvais.
    Enfin, la question de l’amour que nos enfants ont pour nous ne se pose pas selon moi…
    Je t’envoie tout mon courage, de la patience aussi pour cicatriser et reprendre ton souffle.

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    1. Merci Gabrielle d’avoir pris le temps de poster ici. En effet j’arrive déjà à voir que, la plupart du temps, je me sens plus heureuse et donc que je partage une vie plus ensoleillée avec mes filles, grâce à cette séparation. Mais parfois je vois tout en noir, à l’inverse..

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  6. Je t’envoie beaucoup de tendresse. En ce jour de fête des mères en Belgique, je me dis que ce qui me manque le plus en étant maman, c’est d’être rien que quelques minutes une enfant pouvant aller chercher du réconfort dans des bras accueillants…

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      1. Sur ce thème-là, j’ai découvert la notion de « charge émotionnelle » chez Emma: https://emmaclit.com/2020/03/22/le-pouvoir-de-lamour/
        Je trouve ça très interpellant car je me rends compte avec le papa que je suis (aussi) la personne en charge de sa gestion émotionnelle … et que moi je me retrouve un peu seule. Il y a une démarche d’autonomie à acquérir là-dedans et je n’en n’avais pas du tout conscience.

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  7. Chère Happynaiss, Je t’envoie plein de courage face à cette détresse ! 😓 Ces petits êtres nous prennent tellement de temps et d’énergie, et sont sources de tellement d’émotions (positives.. et négatives parfois) que quand ils ne sont plus là on ne sait plus quoi faire et ils nous manquent vite ! Trouver d’autres moyens d’exister pour soit même et se faire du bien… En tout cas soit persuadée que tes filles t’aimeront toujours autant, elle ont la chance d’avoir une super Maman !! Et on a tous nos faiblesses et nos défauts malheureusement, on fait au mieux comme on peut, même dans des situations difficiles comme votre séparation.. Si comme tu dis cette séparation était difficilement évitable, ça semble la meilleure solution pour les années à venir 😘

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  8. Je comprends parfaitement tes mots pour avoir vécu une situation similaire lors de la séparation il y a plus de 4 ans. Mon fils avait alors 5 ans et demi, il entrait au CP et j’ai eu peur qu’il rate cette année si importante. Loin s’en faut, il a appris à lire très vite et et s’est vite habitué à la situation. Avec moi pendant 15 jours, puis 1 week-end sur 2 chez son père. Je l’ai emmené chez la psy pour être sûre que tout allait bien, que j’avais les bons mots, les bons gestes. La psy m’avait rassurée et surtout déculpabilisée. Seul le temps permet d’effacer ces heures de solitude terribles, où oui, on ressent ce manque de son enfant si fortement dans sa chair.
    Le 1er mois de vacances d’été sans mon fils a été difficile. Alors j’ai comblé le vide en sortant beaucoup, en voyant mes amis, en faisant de nouvelles activités.
    J’ai fais le deuil de la séparation depuis quelques années maintenant et j’ai vite été soulagée parce que la situation ne pouvait plus durer. Il faut surtout penser à soi, parce que s’aimer et se reconstruire, c’est aussi permettre à son enfant d’évoluer et de de progresser. La fameuse résilience.
    Et puis un jour, le soleil revient dans la vie, un nouvel amour très récent… Parce qu’être une maman ne peut pas suffire. Parce que nous avons tous le droit d’être à nouveau heureux. Et que nous le méritons. Parce que tu le mérites. Un jour viendra où cette séparation ne sera plus une épreuve, où vivre sans tes filles sera aussi des moments pour toi de vivre pleinement ta vie de femme. La vie te réserve, j’en suis sûre, de belles et formidables surprises. Courage…

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  9. Bonjour, c’est mon tout premier commentaire. J’ai connu tes articles il y a 4 ans ( date de l’arrivée de ma fille , avec cet article: Ces choses que j’aurai aimé savoir…), je « me » suis suivie à travers toi depuis (Allaitement long, encore d’ailleurs, maternage, DME,portage, IEF… bref tout ce que je pouvais, ressentais, et savais bon pour elle) .
    Et cet hiver, au fond de mon lit (malade d’une vie marital chaotique mais pas forcement depuis l’arrivée de notre fille) j’ai reçu cet article et cette phrase de toi:  » Avant c’était trop tôt, plus tard ça sonnerait faux !’ Et là , ce fut d’une telle résonnance, qui ajouté à d’autres m’ont fait prendre cette décision: STOP. A la veille du confinement, chacun à été chez soi.
    Hier il est venu la cherché et cette nuit (dans mes 2m30, je pensais à elle, qu’elle version son père lui donne, que comprend t’elle?,qu’elle éponge va t’elle decoir essorer un jour… Comment expliquer l’amour et le désamour à une enfant de 4 ans ?
    Notre bibliothèque compte les livres suivants: Le petit violon, Chez papa et Maman , le divorce aux enfants…je lui lis et ses réflexions sont désarmantes de simplicité.
    Je découvre comme toujours: si moi je suis bien , bien avec cette décision, alignée dans mon choix… elle le sera aussi !
    C’est son chemin, notre chemin… mais que c’est dur.
    MERCI, pour ces mots et cette profondeur dans tes articles.
    Au plaisir de te lire.
    Fanny

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  10. Tes mots sont très touchants. Je suis sûre d’une chose, c’est l’amour inébranlable que te portent tes filles.
    Ce qui me paraît le pire c’est d’imaginer mes enfants vivre tant de moments de leurs vies sans moi. Puis je me dis que c’est une phase pour accepter comme par exemple lorsqu’ils rentrent à l’école.
    L’avenir te réserve plein de belles choses et cette séparation fait partie de votre histoire pour y arriver.
    Belle pensées pour toi.

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  11. « le vide dans mon cœur quand elles n’ont pas besoin de moi », le but de la maternité n’est-ce pas cela ? Accompagner nos enfants à chaque étape pour qu’ils aient de moins en moins besoin de nous ? Se dire que nous les avons suffisamment entourés, aimés et leur avons donner confiance en eux pour que loin de nous ils n’aient aucun doute ni sur notre amour ni sur leur capacité à faire…sans nous. Mais cela oblige à venir se questionner sur ce que vient combler la maternité dans notre vie, quelle place nous lui donnons ce qui est bien différent selon moi de la place que nous donnons à nos enfants. L’identité de mère, leur identité. Cette fusion rassurante parfois mais cette nécessité absolue selon moi qu’elle ne nous englobe pas ni eux ni nous. Je me permets bien évidemment ces réflexions en toute bienveillance et en écho à mes propres questionnements.

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  12. Tes mots sont tellement touchants.
    J’ai vécu cette situation au travers l’histoire de ma soeur et j’ai senti sa détresse et ses sentiments contradictoires.
    Bon courage

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